Que sont devenues les mesures prises ces dernières années pour assainir le secteur douanier ? Des pratiques malsaines se déroulent, souvent de façon flagrante, dans ce milieu. La corruption, par exemple, semble être un sport favori. Comme si le mal était incurable, les importateurs continuent d’être rançonnés, au quotidien, par des gabelous. Le poste de Ouagarinter est présenté comme une bien triste référence dans le domaine.
De multiples efforts ont été déployés ces dernières années pour éradiquer ou, à tout le moins, endiguer la corruption et les autres pratiques peu recommandables qui minent le secteur douanier: instauration de postes juxtaposés, inspection par COTECNA à l’origine, guichet unique des formalités douanières, etc. Mais la situation reste préoccupante. La corruption, le racket, le trafic d’influence et autres faux frais de route demeurent des pratiques quasiment légalisées. Et cela n’est qu’un secret de polichinelle. Le poste de douane de Ouagarinter fait figure de véritable citadelle où le racket des camionneurs et autres importateurs est une réalité implacable. Les témoignages sont accablants. C’est apparemment un rançonnage systématique des usagers qui se pratique au quotidien dans ce poste, considéré comme un haut lieu de racket. Au grand dam des dispositions en vigueur. La situation est si grave que certaines victimes ne cachent plus leur désarroi et menacent de le manifester publiquement, si rien n’est fait. Même s’ils font tout pour satisfaire aux exigences officiellement énoncées en matière d’importation, les infortunés importateurs disent être chaque fois obligés de verser indûment des sommes souvent faramineuses pour voir leurs marchandises sortir de douane. Selon le nombre de camions et la valeur des produits, les sommes vont parfois au-delà de 2 millions de FCFA. Plusieurs importateurs et camionneurs disent être obligés de verser ces sommes à des agents indélicats, sans reçu ni aucun document en contrepartie. Le hic dans cette affaire, c’est que ce sont les importateurs qui ont décidé de travailler dans l’honnêteté et le respect des règles établies qui se trouvent pénalisés. Même si leurs marchandises ont été soumises à toutes les formalités exigées, depuis la déclaration préalable d’importation (DPI) au dédouanement final, en passant par l’inspection COTECNA à l’origine, le bordereau électronique de suivi de cargaison (BESC), les frais de colisage et autres certificats de conformité et de qualité, ils doivent encore donner ce «quelque chose» qui fera mouvoir l’agent. Sinon, leurs marchandises et leurs camions peuvent être indûment confisqués, pendant plusieurs jours, dans les locaux de la douane. Selon des témoignages concordants, à Ouagarinter, les choses fonctionnent comme si les agents de douane n’avaient pas de salaires pour le travail qu’ils font.
La fraude comme voie de salut ?
Lorsqu’un camion rentre dans cette enceinte, tant que le propriétaire ne graisse pas la patte des agents chargés d’effectuer les formalités d’usage, ils ne se meuvent point. Et les camions peuvent traîner, là-bas, au-delà des délais prescrits, faute de ce «quelque chose» que les douaniers attendent du propriétaire. Par exemple, «pour un camion transportant des produits alimentaires divers, une fois le dédouanement normal effectué, le chemin reste encore bien long pour que le camion sorte. D’abord, à l’intérieur du bureau, il faut laisser au minimum 200 000 FCFA. Ensuite, pour l’agent vérificateur, couramment appelé «vérif», il faut 100 000 FCFA avant qu’il ne se déplace pour jeter un coup d’œil furtif et autoriser le départ du camion. Après lui, suivent trois groupes installés dans la cour. Il s’agit de la BI, de la DVE et de la BM. A chacun d’eux, il faut un minimum de 100 000 FCFA», témoigne un opérateur économique. Bien entendu, toutes ces sommes sont «perçues sans aucune trace». Et un autre d’ajouter qu’ «il n’est pas non plus question de leur délivrer un chèque. Que du cash ! Après tout cela, il faut aller affronter la concurrence des fraudeurs qui, eux, n’ont pas eu besoin de payer si cher, puisque leurs marchandises ne passent pas par ce poste. Ceux-là se contentent de soudoyer les postes routiers avec à peine la moitié de ce qu’ils auraient dû payer normalement et leurs camions sont escortés jusqu’à destination». Selon certains témoignages, la pratique est si ancrée que les douaniers n’aiment plus les importateurs honnêtes. Avec ces derniers, ils n’ont pas grand-chose. Or, avec les fraudeurs, ils gagnent gros ! Si bien que lorsqu’un douanier se retrouve en face d’un camion avec un dossier en règles, donc sans reproche, il est agacé. A cette allure, de nombreux importateurs ont fini par penser que la fraude était la seule issue qu’on leur imposait. «Tout le monde sera obligé de frauder pour s’en sortir…», affirme un importateur, avant d’interpeller le Premier ministre: «Il avait dit qu’il mènerait une lutte farouche contre la corruption et la fraude dans le milieu de la douane. Mais depuis lors, la pratique s’est aggravée». Le Premier ministre saura-t-il, enfin, passer du discours aux actes concrets ? On attend de voir.
Y. Ladji BAMA
Le Reporter




