La Banque mondiale, en collaboration avec l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE), a organisé le lundi 31 octobre 2011 à Ouagadougou, une vidéoconférence dans le cadre du suivi-évaluation de la politique nationale de lutte contre la corruption au Burkina Faso.
Le Burkina Faso, depuis un certain temps, a entrepris la révision de sa stratégie nationale de lutte contre la corruption, sous la direction de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE).
La vidéoconférence organisée le 31 octobre 2011 à Ouagadougou, s’inscrit dans cette dynamique. Elle devrait permettre de guider le gouvernement et les parties prenantes dans l’identification des conditions nécessaires pour la mise en place d’un système efficace de suivi et d’évaluation de la stratégie et des plans nationaux de lutte contre la corruption. La vidéoconférence animée par des spécialistes de la Banque mondiale depuis Washington (aux Etats-Unis ) et Kampala (en Ouganda) visait aussi à permettre aux acteurs présents, de prendre en compte les expériences d’autres pays, dans l’élaboration de mécanismes semblables.
Au nombre des acteurs au plan national, le contrôleur général d’Etat, Henri Bruno Bessin et ses plus proches collaborateurs ont pris part à la rencontre. La représentante-résidente de la Banque mondiale, Galina Sotirova et son équipe, ainsi que des représentants de la société civile, à l’exemple du Pr Claude Wetta du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC), y ont également participé.
Les animateurs de la vidéoconférence ont défini la gouvernance comme étant la manière dont l’Etat acquiert et exerce son autorité pour fournir des biens et des services publics et la corruption comme étant l’utilisation de la fonction publique pour des intérêts privés. De ces deux définitions, il s’en suit que la corruption est un résultat, c’est-à-dire la conséquence d’une faible ou d’une mauvaise gouvernance et que la réforme de la gouvernance aide à combattre la corruption en s’attaquant à ses causes sous-jacentes. Par ailleurs les intervenants ont souligné que la corruption est de plusieurs types, à savoir celles existantes dans les marchés publics, dans la gestion du budget et du personnel, sans omettre la corruption judiciaire/réglementaire.
Au Burkina Faso, la corruption reste un défi à la croissance et à l’utilisation efficace des ressources.
Pour preuve, selon des enquêtes réalisées sur les entreprises en 2009, 71% des entreprises identifient la corruption comme une contrainte majeure.
Mettre l’accent sur les données objectives
Selon les spécialistes de la Banque mondiale, les caractéristiques émergents du défi de la corruption reposent sur la réalité politique, institutionnelle et culturelle qui varient selon les pays, les différentes formes de corruption, les différents niveaux de compétence et de ressources, l’implication de divers acteurs et parties prenantes (locales, nationales et internationales). Sans oublier aussi la redistribution importante des pouvoirs et des rentes dans le pays. Afin de relever ce défi, les experts recommandent la conception d’une politique de lutte contre la corruption qui soit spécifique à chaque pays. Celle-ci doit permettre de suivre les progrès et de s’adapter aux nouvelles circonstances, de comprendre à la fois des éléments à court et moyen terme. La lutte doit pouvoir également encourager et maintenir la coordination et la collaboration entre les différents acteurs et enfin favoriser le renforcement des capacités locales. Pour y arriver, les spécialistes de la Banque mondiale préconisent de mettre l’accent sur des données objectives et des indicateurs concrets et voir comment ceux-ci peuvent être diffusés et mis à la disposition du public.
L’importance des indicateurs
Selon les experts de la Banque mondiale, il arrive que les différents acteurs n’aient pas recours aux mêmes outils et indicateurs pour mesurer la corruption. D’où la nécessité de trouver un consensus dans la mise en place des indicateurs.
Les conférenciers de Washington ont mis l’accent sur les indicateurs agrégés et ceux dits désagrégés. Ils ont relevé que les indicateurs agrégés sont élaborés par plusieurs institutions. Leur avantage majeur est de fournir un instantané généralisé des niveaux perçus de la corruption. Ce qui, selon les experts, est utile dans la sensibilisation et la promotion des réformes de lutte contre la corruption.
De plus, ces indicateurs composites réduisent l’erreur de mesure qui peut exister pour une source unique.
L’inconvénient majeur est qu’ils ne sont pas comparables dans le temps et qu’ils ne fournissent pas d’informations suffisamment précises pour aider les pays à identifier la façon d’améliorer les divers aspects de la gouvernance. A en croire les conférenciers, les indicateurs désagrégés eux, mettent l’accent sur des aspects spécifiques de la gouvernance ou de la corruption . Les indicateurs désagrégés fournissent aux décideurs et aux parties prenantes, des renseignements détaillés pour appuyer la réforme politique et surveiller l’impact des mesures des politiques. Vu qu’il n’y a pas de meilleur indicateur de mesure, il est donc nécessaire de s’appuyer sur un ensemble d’indicateurs et de sources de données.
L’expérience ougandaise
Au cours de l’exposé, les experts sont largement revenus sur l’expérience Ougandaise. Alors que le pays baignait dans une corruption marquée par l’absence d’obligation de rendre compte, le manque de consensus parmi les donateurs et dans le dialogue public, l’Ouganda a pu mettre au point l’outil DTM de surveillance de la corruption en 2009. L’outil est actuellement composé de plus de 70 indicateurs agrégés et désagrégés, couvrant un large éventail de fonctions et de secteurs du gouvernement.
C’est au regard de cette avancée notable qu’une équipe de l’ASCE, grâce à l’appui de la Banque mondiale se rendra prochainement en Ouganda pour s’instruire de l’expérience ougandaise.
A la fin de la rencontre, Mme Sotirova a estimé que cette vidéoconférence entrait en ligne de compte de la coopération entre son institution et l’ASCE sans omettre les autres ONG œuvrant contre la corruption. Selon elle, la Banque mondiale appuiera toujours le Burkina dans cette lutte qui conditionne le développement et la croissance.
M. Bessin s’est réjoui de la rencontre et a assuré que son équipe tirera les enseignements nécessaires lors du voyage d’étude que l’ASCE effectuera en Ouganda.
Tilado Apollinaire ABGA
Abdel-Aziz NABALOUM
Sidwaya




