Avec l’apparition de l’Internet très efficace en recherche, on a remarqué un engouement autour de cet outil. Mais derrière ce lot de bienfaits, il traîne des facettes : escroquerie, chantage… Les victimes sont nombreuses et la liste continue de s’allonger, vu l’ignorance de beaucoup d’internautes. Avec tout cela, la loi burkinabè n’est toujours pas claire sur cette nouvelle forme d’escroquerie.
S.S est un agent de la Fonction publique. Le 10 mars 2010, elle se présente au ministère de la Sécurité avec pour motif : déposer une plainte. » J’ai reçu un mail me notifiant que je suis gagnante de plus de 10 millions de dollars mais qu’il me faut quelques procédures avant d’entrer en possession de mon gain. Dans le mail, on faisait état d’un tirage au sort à une loterie où mon compte mail a été retenu.
Un formulaire m’a donc été envoyé. Je l’ai rempli avec mon nom, prénom, numéro de téléphone ….On m’a par la suite demandé de l’argent pour le transfert. J’ai expliqué cela à un ami qui m’a conseillée de déposer la présente plainte ». C’est ce qu’a expliqué S.S. Ce cas n’est pas isolé. S.S n’est que la énième victime de ces escrocs. Ceux-ci prolifèrent sur la toile. Et toutes ces histoires finissent par des plaintes déposées contre X.
Par bonheur, S.S l’a échappé belle, n’ayant pas franchi l’étape du transfert d’argent (pour des frais que seule l’imagination des cyberescrocs sait justifier). Il y en a bien d’autres à qui l’appât du gain facile a laissé un mauvais souvenir. Et A.G, lui, l’a appris à ses dépens. En décembre 2008, il a reçu son premier mail du genre. Il était de ceux qui fréquentent les cybercafé, fouillant le Net à la recherche d’un emploi à l’étranger. Un matin alors qu’il s’était rendu comme à l’accoutumée dans un cyber pour naviguer, il reçoit un mail d’un inconnu l’informant qu’une société canadienne recherche des jeunes pour sa filiale en Angleterre. « Quel jackpot ! » s’était-il écrié. Le miracle de l’année venait de se produire en sa faveur.
Il fallait coûte que coûte entrer en contact avec cette société « salvatrice » basée au Canada. Après des échanges, le correspondant inconnu lui a demandé le numéro de son passeport, ses photos, son identité complète… Et pour lui permettre d’avoir le visa, 500 000 F CFA. Somme qu’il trouvera, malgré son statut de chômeur et qui sera transférée à un représentant de ladite société chargée du recrutement en Côte d’Ivoire.
Au fil des échanges téléphoniques, on réussira à lui extorquer près de 1 500 000 F CFA. » Cela aurait pu me servir ici dans mon pays « . Tous les efforts de AG se révéleront infructueux, et ses bienfaiteurs disparaîtront sans laisser d’adresse. Contrairement à S.S, lui n’a pas voulu déposer une plainte, trouvant cette démarche inutile. Des victimes comme lui, on en trouve à la pelle. Selon le dictionnaire Le Petit Larousse » l’escroquerie est un délit consistant à s’approprier le bien d’autrui par des tromperies ou des manoeuvres frauduleuses ».
Et les formes d’escroquerie, il en existe mais la plus courante et en vogue, c’est celle qui foisonne sur le Net. C’est une nouvelle forme d’infraction venue avec la vulgarisation de l’Internet. La législation n’a pas encore légiféré sur cette forme d’arnaque et l’assimile à l’escroquerie simplement, et le phénomène prend de l’ampleur. L’émergence des Technologies de l’information et de la communication (TIC) ne fait que nourrir ce commerce illicite. En Afrique, il prend sa source au Nigeria et au Cameroun selon le journal Jeune Afrique n°2372 du 25 juin au 1er juillet 2006 . Elle se manifeste sous la forme d’échange-amitié-proposition d’affaires-arnaque-plus de contact. Il ne se passe pas un jour sans qu’un internaute ne reçoive dans sa boîte mail un écrit du genre : « je suis canadienne, 29 ans, infirmière, riche héritière atteinte par une maladie incurable en phase terminale et cherche une personne ayant la crainte de Dieu pour lui léguer ma fortune ».
Happez cet hameçon et vous tombez dans le piège. Ceci est le résumé d’un mail provenant d’un inconnu que nous recevons presque tous les jours, et sous plusieurs formes. Si ce n’est une canadienne, c’est la fille d’un milliardaire tombé sous les balles d’une rébellion dans son pays et qui cherche un protecteur pour déplacer un coffre-fort plein de dollars ou de diamant… L’approche consiste à prendre en compassion la future victime, à lui promettre monts et merveilles et à l’amener à consentir à des dépenses même exorbitantes pour accéder aux promesses qui lui ont été faites.
Des sommes d’argent lui sont demandées afin de pouvoir dédouaner un container plein de marchandises entreposées aux ports d’Abidjan, Lomé, Cotonou, Accra, etc. L’imagination de ces individus est sans borne. Si l’emballage est différent, le thème reste le même. L’autre formule consiste à demander à la victime de recevoir sur son compte bancaire une somme colossale que l’escroc veut faire sortir d’un pays, moyennant une commission de 20 à 30%.
Une fois que la cible, faisant taire scrupules et soupçons, s’est convaincue de la réalité de l’opération et y a donné son accord, il ne reste plus qu’à l’amener à envoyer des fonds à titre d’avance pour permettre au transfert principal d’être effectué.
Ce qui n’arrive jamais. Les prétextes sont variés : taxes, frais de dossiers, corruption d’un employé de la banque, déplacement… Comment font-ils pour avoir les Emails ? « Nous partons sur Yahoo ; Google ou n’importe quel navigateur pour chercher les comptes mail. A partir du nom ou du prénom, on peut avoir le compte mail de la personne. Il suffit de lancer un avis de recherche du nom, du prénom … et tout ce qui est relatif à ces données s’affiche. Nous le faisons avec un genre de virus qui est un système informatique et seuls les experts du domaine ont ce virus », explique I.O Burkinabè, condamné pour escroquerie d’une société européenne.
Il a écopé de 24 mois fermes à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Il dit avoir pris des millions à la dite société mais insiste-t-il : « si je purge ma peine et que je sors d’ici je vais refaire ma vie loin de l’Internet ». Comment procédez-vous ? « L’internaute reçoit un mail avec des propositions d’affaires alléchantes. Par exemple, s’il est fabricant de voitures, de pagnes ou même vendeur, vous lui dites que vous êtes intéressé par sa marque mais il vous faut un échantillon avant la grande commande.
Mais avant cela vous vous présentez sous une fausse identité et à la tête d’une grosse boîte avec un capital énorme en lui fournissant des papiers (falsifiés qu’il ne saura pas) pour avoir sa confiance. A partir de cela, il va se décider et si vous gagnez sa confiance, c’est parti pour l’arnaque. L’internaute peut être appelé à se déplacer dans votre pays et là, vous louez une villa bien équipée, juste le temps de son séjour », explique I.O.
Et pour le contact téléphonique ? « Vous payez un numéro sur la place publique pour éviter d’être identifié.Vous masquez ou pas le numéro et si l’argent ou la marchandise est encaissée, vous coupez le contact et jetez ce numéro », notifie-t-il. Généralement, c’est l’escroc qui vous dit où il se trouve, et le plus souvent il est juste dans le cyber de votre quartier car avec le système roaming, on peut avoir des numéros avec des index de l’Europe, des Etats-Unis… mais étant peut-être juste dans votre quartier. A la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, on trouve des détenus pour escroquerie de nationalités diverses mais celles nigériane, camerounaise sont les plus nombreuses.
Deux d’entre eux ont d’ailleurs refusé de parler, prétextant ne pas comprendre le français. De l’avis de I.O, ils ne sont pas prêts à laisser cette basse besogne une fois libérés et n’entendent pas divulguer ce secret.
Il est difficile de reconnaître ceux ayant été incarcérés pour escroquerie sur le Net. Rachel Tiendrébéogo, contrôleur GSP (Garde de sécurité pénitentiaire) du service Greffe de la MACO note que « dans les mandats de dépôt, cela n’est pas notifié. Il n’ y a pas la mention escroquerie sur le Net ; ce n’est pas marqué escroquerie, donc difficile de le savoir sur les papiers », a indiqué Rachel Tiendrébéogo.
Et les services de sécurité ?
Toute chose qui confirme le vide juridique existant à propos de cette facette de l’escroquerie par la juridiction nationale. Dans la grande maison des détenus, on note des peines allant de 12 mois avec sursis à 5 ans fermes pour l’infraction « escroquerie ». On y dénombre pour le premier trimestre de l’année 2010, plus de 40 prisonniers.
Des plaintes omme celle de S.S, le service Interpol en enregistre tout le temps mais sans suite. Au Burkina Faso, la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) créée en 2004 est une institution qui s’occupe de la protection des données personnelles. Mais pourquoi n’arrive-t-elle pas à protéger les citoyens contre ces « pirates » ?
La présidente, Mme Alimata Ouattara/Dah répond : « Les techniques ont tellement évolué qu’aussitôt un principe mis en place, les prédateurs mettent des systèmes pour le contourner avec des logiciels pour aspirer les comptes mail des citoyens à telle enseigne qu’il est difficile de les en empêcher « . Et la présidente de la CIL de poursuivre : « Les pirates peuvent intercepter les messages pour avoir des informations afin d’arnaquer les gens ou même de les faire chanter « .
Au Burkina, ce sont les mêmes lois qui régissent l’escroquerie. La cybercriminalité étant transnationale, des conventions internationales ont été signées par le Burkina pour une collaboration efficace et pour appréhender ces arnaqueurs. Lors d’un séminaire international tenu en juillet 2010 à Ouagadougou sur la cybercriminalité, il est ressorti qu’un système était en train d’être concocté pour repérer les émetteurs des messages suspects à base d’un signal automatique pour tous les pays concernés.
Mais en attendant, Mme Alimata Ouattara/Dah conseille : « Il faut éviter de communiquer sur Internet à un inconnu, votre mot de passe, ne pas répondre aux messages inconnus, même les alertes du genre : veuillez confirmer votre mot de passe, ne jamais cliquer sur un lien proposé par un inconnu « .
Elle note par ailleurs que la copie de passeport diplomatique d’un Burkinabé circule sur le Net. La personne ayant probablement répondu à ces mails inconnus. Des photos de jeunes filles sont extrapolées les faisant chanter pour les arnaquer ; des bulletins de salaire usurpés pour des prêts…
Ces escrocs usent de plusieurs méthodes d’approche pour piéger leurs victimes qui sont soient ciblées ou « pêchées » au hasard sur le Net. Elles sont contactées par téléphone, celles sciemment choisies et par un mail celles captées par pur hasard. Ils vous trouveront des tas d’arguments pour vous convaincre qu’ils vous connaissent par l’intermédiaire d’un ami (ami que vous ne connaissez pas, mais ils ont déjà pris le soin de se renseigner sur vous). Ils ont un vaste réseau et des complices partout dans le monde.
En somme, ce sont des millions de francs CFA qui sont extorqués à d’honnêtes citoyens au Burkina Faso. Vivement donc qu’il y ait des systèmes et aussi des internautes conscients pour éviter cette forme d’escroquerie car, comme le dit si bien cet adage populaire, « en voulant trop gagner on perd tout ». Aussi faut-il qu’une loi la réprime, comme au Nigeria où l’article 419 du code pénal réprime sévèrement cette forme d’escroquerie allant même jusqu’à la prison à vie.
Wendyam Valentin COMPAORE
Source : sidwaya.bf




