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Un trou de près de 300 millions à l’hôpital de Bobo

Le constat des insuffisances et des irrégularités sur la gestion administrative et financière du Centre hospitalier universitaire Sanou Souro (CHUSS) a révélé les faits suivants :
– Des malversations d’un montant de soixante deux millions quatorze mille trois cent vingt-deux (62 014 322) F CFA.
– L’existence d’arrièrés de paiement pour le compte des fournisseurs d’un montant de deux cent vingt-six millions vingt-deux mille sept cent dix-huit (226 022 718) F CFA. C’est une partie des conclusions du rapport général 2009 de l’ASCE (Autorité Supérieure de contrôle d’Etat). Un rapport établi après le contrôle approfondi qu’elle a mené sur le CHUSS. L’affaire des malversations à l’hôpital de Bobo-Dioulasso avait fait déjà l’objet d’une première inspection qui avait conclu à l’existence de manquements et recommandé un contrôle approfondi pour faire un point précis sur la situation. D’où la saisine de l’ASCE quand cette structure s’est mise en place en 2008.

Qui a détourné l’argent de l’hôpital ?

La disparition de la somme de plus de 62 millions et la dette de plus 226 millions à payer aux fournisseurs de l’hôpital constituent désormais un grand trou dans la caisse. C’est évident que quelqu’un ou des gens ont creusé ce gap qui se répercute désormais durement sur le devenir de l’hôpital. Car, il faut absolument solder la dette et combler le manque à gagner occasionné par le détournement d’argent. La recommandation de l’ASCE à l’adresse du Ministre de l’économie et des finances, à l’issue de son contrôle approfondi, est de « faire procéder au recouvrement de toutes les sommes dues ». Où en est le ministre à propos de ce recouvrement ? A-t-il eu le courage ou aura-t-il le courage de le faire ? Nous n’en savons rien. Pas plus que nous ne savons rien sur l’identité du responsable ou des responsables de ces malversations. En revanche, nous savons seulement qu’elles ont eu lieu à une certaine période. Selon madame Korotimi Ouattara, l’actuelle DG, au moment où elle prenait fonction à Sanou Souro, l’hôpital avait des réels arriérés de paiement vis-à-vis de ses fournisseurs. Visiblement, on ne faisait que différer les différents paiements au fur et à mesure qu’on faisait de nouvelles commandes. Lorsque que la nouvelle DG est arrivée, en même temps qu’elle devait solder les dettes qu’elle a trouvées sur place, elle devait aussi faire face aux graves difficultés liées au manque et à la vétuste du matériel. Une gymnastique pas évidente, surtout pour une personne à peine installée. Elle était sous pression de tous les côtés. A l’interne, face au personnel et face aux créanciers de fournisseurs à l’externe. Et inévitablement, le problème du matériel technique s’est accentué. Le CHUSS, qui accueille tous les patients de la partie ouest du pays, est entré dans une phase où il lui manque le minimum pour fonctionner. Sur la question des responsabilités à situer dans les causes de ce chaos, madame Ouattara qui clame son innocence dit ne pas savoir qui indexé véritablement. Elle n’a pas eu connaissance du rapport sectoriel du contrôle de l’ASCE censée contenir toutes les clarifications à ce sujet. Elle pense tout simplement que son hôpital , comme d’autres hôpitaux du pays, a besoin d’être pris en compte dans une nouvelle politique de rédynamisation. Sanou Souro le mérite davantage à cause de son état actuel de dénuement et en raison de sa forte sollicitation. Du côté de l’ASCE où on sait sans doute qui a fait quoi, le rapport général 2009 a choisi de rester sans précisions. Il n’a pas révélé, ni les noms de ceux qui ont contribué à creuser le trou financier, ni les comportements spécifiques qui ont entrainé ce déficit. Avant madame Ouattara, le pharmacien colonel Lassandé Bagagné était le Directeur Général du CHUSS. Il y a passé sept (7) ans et plus. Il importe de le rencontrer pour recueillir son point de vue sur la question de cette déficience. Pour le moment, nous n’avons pas pu le joindre. Ses déclarations seront intéressantes en ce sens que même si, lui aussi, ne sait rien sur l’identité de ceux ou de celui qui a commis ces indélicatesses, il peut au moins situer ses débuts et dire comment il est arrivé à les dominer à son temps. En rappel, c’est juste après son départ que le problème de fonctionnement est devenu insurmontable, du moins pour les travailleurs. Est-ce que l’ex DG sait qui a fait des commandes d’un montant de 288 017 040 F CFA sans être capable d’honorer la facture ? Peut-il nous dire qu’elle était la nature de ces commandes ? Pourquoi la caisse de l’hôpital n’avait pas de l’argent pour payer ? Par quelle stratégie l’ex DG arrivait-il à gérer la situation générale de l’hôpital en dépit de ce manque ? Des questions auxquelles celui qui se retrouve actuellement comme DG de l’Hôpital Yalagado de Ouagadougou devrait répondre pour permettre d’apporter une clarification. Cela pourrait permettre de faire taire les critiques insuniatrices proférées par certains observateurs. Lorsque nous avons posé la question de comprendre pourquoi les problèmes de caisse ne se faisaient pas sentir au moment où le colonel Bagagné était là, ce proverbe dont le sens n’est pas du tout voilé nous a été servi par des gens qui suivent la situation : « C’est seul le bossu qui a le secret de la manière dont il place sa bosse en se couchant ». Nous n’affirmons rien. Certaines personnes parmi les travailleurs critiquent aussi, de manière sévère, la construction d’un bâtiment administratif par l’ex DG. Pour eux, cet édifice R+2 n’était pas un investissement opportun quand l’hôpital manquait d’éléments basiques pour son fonctionnement. Pour notre part, ce qu’il faut dénoncer aujourd’hui, c’est que pendant que le CHUSS est tenaillé par de multiples problèmes, dus en partie à un manque d’argent, ceux qui ont soustrait ses fonds se la coulent douce.

Sanou Souro est malade !

Le 17 et 18 août dernier, les travailleurs du CHUSS, réunis au sein du SYNTSHA (Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale) étaient encore en grève pour la même raison liée à l’absence et à la mauvaise qualité du matériel technique nécessaire à son fonctionnement efficient. Cette fois-ci, l’Etat a réagi favorablement à leur revendication, qui, il faut le dire, est plus que légitime. La directrice a annoncé qu’une somme de 600 millions a été débloquée pour le renouvellement du plateau technique et un architecte est déjà entrain de se pencher sur le volet de la réalisation. Par ailleurs, une délégation du ministère de la santé a pu apaiser le climat. C’est un début, car de l’avis de plusieurs travailleurs, les problèmes sont nombreux. Le SG du SYNTSHA sur place, Bahan Damoudo, a laissé entendre que tout ce qui a été annoncé ne restera que des promesses tant que les travaux ne commenceront pas concrètement. Il semblerait aussi que les 600 millions sont inscrits dans une action ponctuelle qui vise à permettre à l’hôpital de supporter la fête du cinquantenaire. Le SG a ajouté que les problèmes en radiologie, au laboratoire et au bloc opératoire restent entiers. Le CHUSS manque du strict minimum en laboratoire. Il peine sérieusement à assurer la prise en charge des malades. On rapporte que même pour détecter un paludisme, le laboratoire n’est pas à mesure de faire une goutte épaisse. La Directrice avoue que des appareils tombent en panne et provoquent des interruptions de prestations. A ce problème de matériel, il faut aussi ajouter le manque de personnel qualifié, qui a d’ailleurs été mentionné par le rapport de l’ASCE. Le cocktail est effroyable et mortel. Voilà pourquoi, à tous les malades, avec leur proches, qui ont subi le préjudice, parfois jusqu’à trépasser, on doit la réparation morale minimale. C’est-à-dire contraindre, au moins, les detourneurs des fonds à les rembourser.

Samba Bila

Source : L’independant.bf

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