La jeune société de transformation de fruits tropicaux DAFANI SA, sise à Kourinion dans la province du Kénédougou n’a pas ouvert ses portes depuis janvier 2010. Dans le même temps, les produits de sa transformation sont devenus rares sur le marché aussi bien à Orodara, chef-lieu de la province, que dans d’autres villes du Burkina Faso. Dans cette localité, les langues ont du mal à se délier quant aux raisons de cette fermeture. En attendant que les premiers responsables de la société se prononcent, quelques acteurs aussi bien directs qu’indirects ont accepté de dire ce qu’ils savent de la situation que traverse Dafani.
Depuis quelque temps, les produits Dafani, essentiellement les jus de mangue, d’orange et les cocktails de fruits ne se trouvent plus sur le marché. De Banfora à Orodara en passant par Bérégadougou, trouver un bidon du jus Dafani relève désormais du parcours du combattant. Les quelques rares boîtes que l’on rencontre dans quelques super-marchés se vendent à prix d’or : 700 à 750 F CFA la boîte de 50 centilitres et environ 1200 F CFA celle de 100 centilitres. Même dans la cité de Diongolo Koné, Orodara, qui abrite le siège de la société, il n’y a plus la moindre trace du jus griffé Dafani SA. Et pour cause : les portes de la si jeune société de transformation de produits alimentaires sont restées fermées depuis janvier 2010. Un tour à l’usine sise à Kourinion, commune rurale située à 5 kilomètres de Orodara, le 6 avril dernier, nous a permis de nous rendre compte qu’à part les vigiles, aucun agent de Dafani SA n’a repris le chemin de l’usine depuis environ 3 mois.
Un directeur intérimaire atone
Le vigile que nous avons trouvé sur place à notre passage, nous a appris, sur un ton peu rassurant, que l’arrêt de la production date seulement de trois semaines. Selon lui, une panne « de machine » serait à l’origine de l’arrêt de la production du jus. Auguste Thiombiano, intérimaire du directeur général et par ailleurs chef du service de la comptabilité, que nous avons rencontré au siège de la société, s’est refusé à tout commentaire. Pourtant à Orodara, la fermeture de Dafani se trouve au centre de tous les débats et de toutes les préoccupations. Ce qui traduit tout l’intérêt que la capitale du Kénédougou et son hinterland accordent à cette société qui a produit sa première goûte de jus le 24 décembre 2007 et qui a été inaugurée par le Premier ministre Tertius Zongo en janvier 2008. Impuissante, la population de Orodara assiste au « coma » de DAFANI. Des personnes bien informées de la localité lient cet arrêt de la production à une crise financière, elle-même due à une mauvaise gestion. Selon eux, la jeune société qui était toujours à la recherche de bases solides a servi de vache laitière à certaines personnes au sommet de l’entreprise. Son directeur général, un Burundais, a-t-on appris, aurait même été « remercié » et aurait regagné son pays natal. « Si d’aventure tu crées une société, ne confie jamais les premiers rôles à un Noir. Il faut y placer des Blancs qui, eux, sont soucieux de l’épanouissement de leur outil de production », nous a même confié un opérateur économique de la ville qui, visiblement, avait placé un réel espoir en la société. Pour l’heure, la quasi-totalité des travailleurs de Dafani, exception faite de quelques cadres que nous avons vus au siège de la société, est en congés « forcés » comme le disent les Orodaralais. Ce qui amène la population à se demander si elle se relèvera de cette crise financière qu’elle traverse. Pour elle (la population), Dafani SA ne tardera pas à mettre la clé sous le paillasson.
Fournisseur de mangues et distributeur agréé des produits DAFANI à Orodara, Lacina Traoré confie que la société traverse une crise financière qui, selon lui, serait la cause de l’arrêt de la production. Il dit avoir été informé par la société, tout comme d’autres fournisseurs au cours du mois de janvier 2010, que la société fermerait ses portes en raison d’un manque d’emballages. En tant que propriétaire de verger, Lacina Traoré déplore la situation. « La campagne de mangues bat son plein et Dafani qui nous a habitué à vendre au kilogramme n’a toujours pas rouvert ses portes ». Selon lui, la variété Amélie, la plus prisée et couramment appelée « grosse greffe » connaîtra incessamment une rupture.
Estelle Zerbo et Alassane Traoré sont des manutentionnaires à Dafani SA. Tous deux précisent qu’ils travaillent dans cette société comme des agents contractuels depuis bientôt trois ans. Ils nous ont servi une version différente de celle du vigile. Selon Estelle Zerbo, c’est au milieu du mois de janvier que les premiers responsables leur ont dit que certains produits nécessaires au bon fonctionnement de l’usine n’étaient plus disponibles. Par conséquent, ils allaient observer un arrêt dont la durée n’a pas été précisée. « Ils nous ont dit de rester à l’écoute, qu’ils vont nous rappeler au moment venu », a-t-elle conclu. Selon Alassane Traoré, les responsables ont évoqué un manque d’emballages. Toutefois, il dit ne pas croire à cette version. Selon lui, les responsables de Dafani SA ne leur ont pas dit les vraies causes de l’arrêt de l’usine.
Mamoudou TRAORE
Source : lepays.bf




