Elu à l’unanimité le 29 mars 2010 comme président du conseil de gestion de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), en remplacement de François Traoré démissionnaire, Karim Traoré a été accueilli triomphalement le 4 avril dernier dans son fief à Ouarkoye par les siens. Agé de 44 ans, ce polygame à trois femmes, père de 15 enfants, ambitionne de dynamiser la filière coton en atteignant la barre des 600 000 tonnes. Dans l’entretien qui suit, il dévoile son programme, évoque les raisons de la crise qui a secoué l’UNPCB et tend la main à tous les producteurs pour une cohésion, afin de booster davantage la production de l’or blanc.
Le 29 mars dernier, vous avez été élu président du conseil de gestion de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) par 26 voix sur 26. Comment l’unanimité s’est-elle dégagée autour de votre candidature ?
Personne ne s’est opposé à ma candidature. Il n’y a certes pas eu de consensus au départ, mais l’unanimité s’est faite autour de ma modeste personne et je remercie l’ensemble des 26 membres votants qui ont placé en moi leur confiance. Je ne saurais vous en dire plus.
Comment vous est-il venu l’idée de briguer la présidence d’une aussi grosse structure nationale comme l’UNPCB ?
Ce sont des gens qui vous suggèrent l’idée. Et si des propositions vous viennent de partout pour vous demander d’être à la tête de leur union nationale, vous comprenez que vous n’avez pas de raison de décevoir par un quelconque refus.
Un programme, vous en avez sans doute. Quelle est votre feuille de route ?
Le mandat est placé sous trois grands axes. Premièrement : la consolidation des acquis. Vous n’ignorez pas que le Burkina occupe aujourd’hui une place parmi les pays producteurs de coton et demeure le premier pays producteur africain. Nous devrons mettre tout en œuvre pour non seulement maintenir ce cap, mais aussi et surtout battre ce record de production. Le deuxième axe est la valorisation de nos structures faîtières. Nous voulons donner à l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina, le rôle qui lui est dévolu, c’est-à-dire rester la courroie de transmission entre la base et les différents acteurs de la filière coton. Depuis un certain temps, l’information était coupée à partir de la base. Enfin, le troisième axe reste la dynamisation de la filière coton. En plus des efforts consentis par l’Etat pour soutenir la filière cotonnière (subvention des intrants, introduction de la semence OGM), la nouvelle équipe mettra l’accent sur l’assainissement de la gestion dans les GPC à travers la réduction du taux des impayés. Le coton transgénique qui constitue l’atout majeur, sera mis à profit pour atteindre la barre de 600 000 tonnes. En outre, la montée progressive du cours mondial de l’or blanc depuis janvier 2010, de même que le dollar qui est la monnaie déterminante dans les échanges mondiaux, sont pour nous des facteurs favorables. Pour y parvenir, nous devons travailler dans la cohésion et la transparence. Il nous faudra aussi renforcer les relations avec nos partenaires incontournables qui ne sont autres que les sociétés cotonnières, de sorte qu’il y ait le feed-back afin de remonter la pente. Je puis rassurer les uns et les autres que nous mettrons tout en œuvre pour privilégier la masse paysanne et particulièrement celle des producteurs de coton, pour l’émancipation et le développement de notre bien- être.
Quels résultats ces réformes pourront apporter dans la vie des producteurs ?
Ce sera un changement positif dans la vie des producteurs. En faisant la comparaison, on sent qu’il y a une différence entre les producteurs des régions productrices de coton et ceux des régions qui n’en produisent pas. Mieux, le prix du coton sera amélioré. Nous comptons également sensibiliser les producteurs sur des techniques pour la culture du coton BT en vue d’augmenter le rendement. Si on augmente le rendement et on diminue les charges, nous pensons que ce revenu peut être consistant.
L’une des grosses difficultés qu’éprouvent les producteurs reste indéniablement le retard dans le paiement du prix du coton. A l’instant t, beaucoup ne sont toujours pas entrés en possession de leur dû, alors que la saison des pluies est proche. La nouvelle équipe dont vous avez la charge va-t-elle s’attaquer à ce nœud gordien ?
Le retard dans le paiement ne relève pas des organisations paysannes. C’est plutôt les sociétés cotonnières. Cela est dû au marché mondial et à la crise que traversait la filière. Aujourd’hui, le prix du coton commence à remonter sur le marché mondial. Mieux, le DG de la SOFITEX a signé ces derniers temps beaucoup de protocoles d’accords qui permettront sans doute d’améliorer la situation. S’il plait à Dieu, cette année, on n’aura pas de retard de paiement. Il faut aussi reconnaître que le retard des paiements n’est souvent pas inhérent aux sociétés cotonnières. Le processus est souvent long et j’avoue que tous les producteurs ne maîtrisent pas ce processus. Notre travail consistera à les sensibiliser en leur donnant les informations nécessaires qui leur permettront d’écouler facilement leurs productions et d’accélérer les demandes de paiement.
Votre élection met-elle fin à la crise ?
Je crois. Une crise a toujours un début et une fin. L’objectif était de mettre en place un bureau définitif. Ce bureau qui vient d’être mis en place travaillera de sorte à ce qu’il y ait la cohésion. La crise est née de la volonté de certains de faire l’amalgame entre les groupements de producteurs de maïs et les groupements de producteurs de coton. Booster la production du maïs n’est pas une mauvaise chose. Nous allons même encourager la surproduction du maïs et trouver des solutions d’écoulement de ces excédents avec nos partenaires. Des réflexions sont en cours, mais nous disons qu’il faut éviter l’amalgame entre ces deux groupements. Autrement, ça va ressembler à des groupements villageois des années 1995.
Pensez-vous que c’est cela qui a « emporté » François Traoré ?
Dans sa lettre de démission, M.Traoré a dit que c’est pour des raisons personnelles. Nous, nous n’en dirons pas plus. Ce que nous savons, c’est que sur les 26 unions provinciales de production de coton, 21 ont rejeté l’idée du rattachement des groupements de production et de commercialisation du maïs à l’UNPCB, étant donné qu’il a été recommandé une structuration par filière.
Que devient François Traoré ?
Si je ne m’abuse, François Traoré reste toujours membre de l’UNPCB. C’est un cotonculteur qui a de l’expérience, il est le premier président de l’UNPCB. Donc , quelqu’un qui a des atouts. Sur cette base, nous n’hésiterons pas à lui demander conseil sur certains aspects dont nous n’avons pas la maîtrise.
La révision de la loi 14 serait-elle à l’ordre du jour au sein de votre structure dont les textes stipulent que le président est élu pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois ?
Nous ne pouvons pas décider de la révision d’une loi. C’est une prérogative de l’Assemblée nationale. Toujours est-il que, pour l’instant, le sujet n’est pas à l’ordre du jour. Les crises dans les structures d’associations débutent généralement par là. Il est écrit noir sur blanc que le président de l’UNPCB est élu pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Si vous faites un maximum de 6 ans, il n’y aura pas de problème.
Quelles sont les priorités des priorités du nouveau président que vous êtes ?
La priorité des priorités c’est de descendre à la base pour donner rapidement l’information des prix du coton et des intrants aux producteurs et voir ensemble comment nous allons remonter la production. Dans deux semaines (NDLR l’entretien a eu lieu le 4 avril 2010) nous aurons le prix du coton.
Qu’attendez-vous des producteurs à la base ?
Ce que nous attendons de la base est énorme. Les producteurs attendent un prix de revient du coton graine élevé. Ils attendent aussi que le prix des intrants soit à leur portée et que beaucoup d’actions soient menées en leur faveur. Nous en sommes conscients et la nouvelle équipe travaillera de sorte que les actions des projets puissent profiter à la base.
Vous venez d’être accueilli triomphalement dans votre fief par vos siens. Comment appréciez-vous cette forte mobilisation ?
L’accueil qui m’a été réservé me réconforte. Depuis mon élection, j’ai senti le soutien des uns et des autres. En témoignent les nombreux coups de fil que je reçois régulièrement. Un adage de chez nous dit que l’œil peut regarder dans une direction qui n’est pas voulue, mais la jambe ne va jamais là où elle ne veut pas. A travers mon élection, c’est toute la région de la Boucle du Mouhoun, d’une manière particulière, qui est aujourd’hui honorée. Cela dénote de l’importance que cette région accorde à notre produit de première exportation. Première région cotonnière au plan national selon les statistiques de la SOFITEX avec une production de 65 000 tonnes cette année.
Un cri du cœur, des doléances ?
Je voudrais rappeler à tous que je tends la main à tous mes camarades producteurs de coton, sans distinction aucune, pour qu’ensemble nous puissions porter haut le flambeau déjà allumé.
Propos recueillis par Serge COULIBALY
Source : lepays.bf




