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Salif Kaboré, Directeur général de la SONABEL : « Nous demandons à nos abonnés d’être patients, tolérants »

La ville de Ouagadougou et d’autres localités du Burkina Faso vivent des moments de délestage électrique depuis plusieurs mois. Le directeur général de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), Salif Kaboré à travers cet entretien explique les causes de cette situation difficile, tout en s’excusant auprès de l’ensemble des abonnés de sa société.

Sidwaya (S). : Pourquoi le programme de délestage annoncé n’est pas respecté ?

Salif Kaboré (S.K) : Le programme de délestage que nous avons élaboré, je l’avais expliqué, est un programme très pessimiste en attendant que la situation de la Côte d’Ivoire s’améliore. Les informations que nous avons venant de ce pays, révèlent que des efforts sont en train d’être déployés pour améliorer la capacité de production.

Nous travaillons avec la partie ivoirienne et on reviendra d’ici là avec un nouveau programme de délestage qui sera soit meilleur, soit dans les proportions, comme je l’avais dit, assez pessimiste avec deux grands groupes.

S. : La Sonabel a-t-elle sabordé ses centrales de production thermique au profit de l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire ?

S.K. : Il est vrai que les désagréments actuels amènent les uns et les autres à être frileux, mais il faut relativiser. Car lorsque la Côte d’Ivoire va régler ses problèmes techniques et avec les nouvelles centrales en construction, la Côte d’Ivoire sera le pays de l’Afrique de l’Ouest qui offrira le plus d’opportunités en termes d’exportation.

Nous sommes connectés avec la Côte d’Ivoire, le Mali est en train de le faire, le Liberia aussi. Si tous ces pays croient en la Côte d’Ivoire, c’est parce qu’ils pensent qu’elle peut leur servir de façon optimale, leurs besoins énergétiques.

S. : Face à la situation actuelle, on a envie de vous dire que l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire n’est pas un choix judicieux ?

S.K. : Il faut rappeler qu’au Burkina Faso, nous avons trois types de production : 64% de production thermique, 18% hydraulique et 18% d’énergie importée de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo-Bénin. Avec 64% de production thermique cumulée à la facture pétrolière que nous avons, la situation devient intenable.

Et avec un baril qui a frôlé entre-temps les 140 dollars en 2008-2009, la situation financière de la SONABEL ne peut que s’être fortement dégradée. Les pays côtiers sont interconnectés depuis les années 1980, le Niger en 1983. Aussi, il ne faut pas perdre de vue que la ville de Bobo-Dioulasso est connectée à la Côte d’Ivoire depuis avril 2001.

Depuis cette date, la ville de Sya n’avait pas connu de difficultés. Lorsqu’avec la communauté des bailleurs de fonds nous avons pris l’option de l’interconnexion, deux choix s’offraient à nous : le premier était le prolongement de la ligne de Bobo Dioulasso jusqu’à Ouagadougou et le 2e choix était une interconnexion avec le Ghana.

Or depuis 2000, la Côte d’Ivoire était un pays en situation nette d’exportation d’énergie. C’est donc pour cela que nous avons choisi, en 2002, avec l’entièreté de la commission des bailleurs de fonds, de réaliser la ligne Bobo Dioulasso-Ouagadoguou. N’eut été les retards que nous avons accumulés dans la conduite de ce projet, la ligne devrait être opérationnelle en 2007. Nous sommes en train de chercher aussi des voies et moyens pour avoir une énergie à moindre coût.

Cela veut dire qu’il faut optimiser les investissements et chercher les sources de production les moins chères possibles. La réunion des chefs d’Etat de la CEDEAO, en 2002, a pris la décision de créer le système d’échange de l’énergie électrique d’Afrique de l’Ouest (WAPP). L’objectif est de construire un marché communautaire d’échange d’énergie.

Et le Burkina Faso s’est inscrit dans cette politique d’interconnexion qui n’est ni le fait de la direction générale de la SONABEL ni du ministère de l’Energie, mais des chefs d’Etat. Nous sommes donc en train de construire un système intégré dans la zone A du WAPP, un autre dans la zone B qui fusionneront à un certain moment pour créer un marché communautaire incluant la Mauritanie.

S. : Ce n’est pas l’interconnexion qui est mise en cause, mais le choix du pays. N’était-ce pas plus judicieux de la réaliser avec le Ghana, un pays stable et plus proche ?

S.K. : Nous avons l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire depuis 2001. A cette époque, le pays n’était pas en crise.

La décision a été prise de faire l’interconnexion avec ce pays en 2002, précisément au cours de la réunion du WAPP à Accra. Même avec la crise, la Côte d’Ivoire a toujours réussi à fournir de l’énergie à la ville de Sya. Entre le Ghana et la Côte d’Ivoire au moment où l’on prenait la décision, ce pays disposait de beaucoup plus de possibilité en termes d’exportation d’énergie.

Il ne faut pas occulter le fait que le Ghana a longtemps acheté l’énergie de la Côte d’Ivoire. En 2002, il était normal que notre choix se porte exclusivement sur ce pays. Le projet d’interconnexion avec le Ghana doit prendre fin en 2012. Le Ghana peut actuellement exporter de l’énergie, ce qui n’était pas le cas en 2002-2003.

S. En attendant qu’est-ce qui est fait dans l’immédiat pour soulager les populations ?

S. K. : La Côte d’Ivoire est en train de réhabiliter le groupe d’Azito. La Compagnie africaine de production d’électricité (CIPREL) est en révision actuellement. Il y a aussi des possibilités de location de groupes, car étant un pays côtier, il est facile à la Côte d’Ivoire de louer des groupes avec des sociétés qui offrent ce service. Dans un mois et demi ou deux, nous serons dans une situation assez stable et il faut compter avec l’installation de la pluviométrie. Nous demandons à nos abonnés d’être patients, tolérants.

En plus de nos attentes de la Côte d’Ivoire, nous sommes en train de développer nos moyens propres avec une première tranche de 18 MW à Komsilga. Les banques de la place veulent nous accompagner pour 40 MW et les appels d’offres sont lancés et 40 MW doivent être disponibles en mars 2011. A cela, il faut ajouter une option d’interconnexion avec le Ghana à l’horizon 2012.

Ce sont les schémas, à moyen terme, qui permettront à nos abonnés de sortir de cette situation non réconfortante et non confortable pour chacun d’entre nous. En premier, la SONABEL parce qu’il y a un manque à gagner en termes de chiffres d’affaires, de qualité de service, de satisfaction de la clientèle.

S. : Avec la situation actuelle que vit la SONABEL, comment vous vous sentez dans votre rôle de directeur général ?

S.K. : Même sans cette situation, un directeur général de société n’a pas le sommeil facile parce que les problèmes peuvent arriver à tout moment, même dans une situation où l’offre est supérieure à la demande.

C’est le cas de mes collaborateurs aussi, car nous sommes dans un secteur où nous sommes interpellés à tout moment, à la limite 24 h/24. C’est un service public, un sacerdoce que nous assumons pleinement.

S. : Que répondez-vous à ceux qui pensent que la SONABEL a besoin d’un nouveau souffle au sommet ?

S.K. : Je n’ai pas de commentaire à faire sur ce point.

S. : A quand la fin du calvaire pour les Ouagalais ?

S.K. : Nous admettons les critiques, mais nous n’acceptons pas qu’on dise que nous avons fait de mauvais choix d’investissements avec l’interconnexion. Ce sont des options qui s’imposent tôt ou tard. On ne peut pas vivre en autarcie dans un monde globalisé, il faut rechercher l’énergie là où elle est moins chère. C’est parce que nous avons voulu vivre en autarcie que pendant 49 ans, nous sommes restés à 45 localités électrifiées.

La Côte d’Ivoire, si elle vivait en autarcie, n’allait pas pouvoir importer l’énergie aujourd’hui du Ghana pour faire face à ses difficultés. Dans un pays où tout le monde se plaint, il faut travailler à avoir des coûts de production moins élevés. Et pour le réussir, il faut rechercher des sources favorables.

Nous traversons une période difficile. Mais avec le rétablissement de la situation en Côte d’Ivoire, la nouvelle centrale de Komsilga en cours, on devrait voir le bout du tunnel assez rapidement.

Entretien réalisé par :

Rabankhi Abou Bakr ZIDA,

Enok KINDO,

Sié Simplice HIEN

Source : sidwaya.bf

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