Le groupe date de 20O1, année où l’économiste Jim O’Neill de Goldman Sachs a inventé l’abréviation BRIC pour cerner les quatre économies émergentes à forte croissance où il recommandait à ses clients d’investir. En décembre dernier le président chinois a invité son confrère sud-africain à assister à la troisième conférence du regroupement qui s’est ouverte ce jeudi sur l’île chinoise de Hainan.
A première vue l’invitation de l’Afrique du Sud parait illogique. Les BRICS sont les grandes économies émergentes à forte croissance, et le pays africain avec ses 3.5% de croissance prévus en 2011 (contre 9.6% pour la Chine et 8.4% pour l’Inde) et ses $366 Mds de PIB ($6 MMds pour la Chine et pas moins d’un billion, le « trillion » des anglo-saxons, pour les autres) a l’air bien menu dans la cour de ces géants. Mais… l’Afrique du Sud est la plus grande économie africaine, et l’appétit des usines chinoises et indiennes pour les matières premières en provenance du continent est à ses plus hauts. Ce qui explique qu’à Sandton, quartier de Johannesburg qui fait office de centre d’affaires pour l’Afrique subsaharienne, le bâtiment le plus récent et le plus reluisant est celui du chinois Sinosteel. Et ce qui explique la lettre d’invitation adressée par Hu Jintao à Jacob Zuma.
Une considération politique est aussi en jeu. Le pays de Mandela jouit depuis a transition démocratique d’un statut moral considérable, et sa voix dans l’union africaine ne fera que prendre de l’ampleur avec la chute du frère leader libyen. L’on peut voir dans la réunion de Hainan un effort par la Russie et la Chine de s’accaparer une importance dans un regroupement non-occidental, pour remplacer le mouvement des non-alignés (dont le Brésil non plus ne fait pas partie). A Hainan les BRICS se sont déjà prononcés en faveur de la non-intervention et contre l’usage de la force, même si l’Afrique du Sud a voté en faveur de la résolution de l’ONU qui a permis les frappes de l’OTAN en Libye. Mais le groupe ferait bien d’adresser en priorité les tensions qui existent entre deux de ses membres : la frontière indo-chinoise demeure disputé et la Chine appuie le Pakistan dans la dispute autour du Cachemire.

Pour ce qui est la coopération économique, il existe des tensions foncières entre les intérêts de ces nations. L’Inde et la Chine veulent importer les matières premières et ajouter de la valeurs chez eux, tandis que le Brésil et l’Afrique du Sud cherchent à exporter des produits plus finis pour garder la valeur ajoutée de leur coté des docks. Des exportations chinoises à bas prix ont eu des effets dévastatrices sur les industries ailleurs. La faiblesse de la devise chinoise y est pour quelque chose, mais quand même les américains n’arrivent pas à obtenir une réévaluation il est douteux que la Brésil puisse obtenir gain de cause. En revanche la China Development Bank s’est engagée à prêter 10 Mds de yuan ($1.5 Mds) aux quatre autre pays pour des projets énergétiques et d’infrastructure. Ces prêts illustrent aussi une initiative depuis longtemps partagée par la Russie et la Chine : de diminuer le rôle du dollar dans le commerce international.
On peut anticiper que la conférence de Hainan aboutira à d’autres initiatives de ce genre : plus symboliques que concrètes. Mais tous les regroupements transnationaux commencent de cette façon.
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