C’est une révolution culturelle qui s’annonce à la tête de Nokia. Le groupe finlandais a choisi un Canadien pour remplacer Olli-Pekka Kallasvuo, son actuel directeur général, dont la côte auprès des actionnaires déclinait au même rythme que celle de l’action du premier fabricant mondial de téléphones portables en Bourse ces derniers mois. Nokia est allé chercher son nouvel homme fort chez l’Américain Microsoft. Stephen Elop, actuel patron de la division Business du groupe, remplacera le dirigeant remercié à partir du 21 septembre prochain. «Son expérience solide dans les logiciels et ses performances reconnues dans la gestion du changement seront des qualités précieuses alors que nous nous efforçons de mener à bien la transformation de l’entreprise», s’est réjoui le président du conseil d’administration, Jorma Ollila.
Ce débarquement n’est pas un scoop. La presse avait largement relayé en juillet des rumeurs d’éviction prochaine d’Olli-Pekka Kallasvuo, rendue semble-t-il inéluctable par l’essoufflement du fabricant de téléphones et ses nombreux avertissements sur résultats lancés ces derniers mois. Aucun nom précis n’avait circulé, mais le « Wall Street Journal » avait indiqué que les administrateurs de Nokia avaient contacté au moins deux patrons de grands groupes high-tech américains. Et la seule précision d’un changement de nationalité -et donc de culture-à la tête du Scandinave, une première pour lui, avait suffi à redonner quelques couleurs au titre du groupe, en berne. L’effet dopant s’est confirmé aujourd’hui : l’action Nokia a passé la journée dans le vert à la Bourse d’Helsinki.
S’il reste le leader incontesté sur le marché du mobile, avec 111 millions d’appareils vendus au deuxième trimestre 2010, Nokia souffre énormément du succès de l’iPhone d’Apple et autres smartphones, comme le BlackBerry de RIM et les téléphones utilisant Android, le système d’exploitation de Google. Ces équipements n’ont pas de réel concurrent chez Nokia, champion du volume mais pas de la valeur. Apple, poids plume de la téléphonie mobile mais spécialisé dans le haut-de-gamme, dégage ainsi plus de profits que le géant scandinave, qui écoule pourtant quotidiennement plus de 1 million de téléphones. Mais ses modèles plus basiques, -le groupe ayant pour philosophie d’essayer « d’atteindre un nombre toujours plus élevé de consommateurs »-, voient leurs prix s’éroder chaque mois.
Nokia n’est pourtant pas resté les bras ballants face aux innovations de ses concurrents. Le groupe, qui a réorganisé plusieurs fois sa direction pour changer la culture maison -très orientée ingénieurs télécoms-, a développé son propre système d’exploitation, Symbian, et sa boutique d’applications en ligne, Ovi. Mais sans rencontrer l’immense succès d’Apple et de son AppStore. Nokia mise désormais beaucoup sur le N8, équipé de la dernière version de Symbian, pour se relancer et stabiliser ses prix d’ici à la fin de l’année. « Nous approchons de la fin de notre transition douloureuse sur le marché des « smartphones » haut-de-gamme », avait promis en juillet Olli-Pekka Kallasvuo. Une fin que le Scandinave, qui a passé plus de la moitié de sa vie chez Nokia, verra peut-être, mais comme simple spectateur désormais.
Clémence Dunand
Les Echos.fr




