C’est donc parti pour une nouvelle forme de promotion dans la haute administration publique burkinabè. En effet, depuis le 10 février dernier, ce que l’on pourrait appeler la «Commission Bonoudaba» a été officiellement installée par le Premier ministre Tertius Zongo. Avec pour mission essentielle de donner corps à la volonté de changement dans la gestion du service public local.
Promise à l’opinion nationale depuis quelque temps déjà, le nouveau mode de casting des «grands» gestionnaires de l’Etat se faisait attendre. Et le premier report de la cérémonie officielle d’installation des membres de la commission chargée de leur présélection (pour cause de coïncidence de calendrier, faut-il le noter) continuait de susciter bien des interrogations.
Ces inquiétudes, pourrait-on dire, sont désormais (partiellement) levées avec la prise de fonction des commissaires désignés ès qualités. Au dire de leur mandant, ces chercheurs de perle rare sont pétris de «grandes qualités professionnelles et managériales», en plus de disposer d’une «profonde culture de résultat». Merci pour la «prodada» sans frais!
Une chose est certaine, ils sont neuf membres, dont huit permanents, à siéger dans ce «panel». On retiendra au passage qu’une seule femme y figure. Ce qui laisse un goût d’inachevé, et contredit quelque peu la volonté de promotion du genre maintes fois affichée par les dirigeants. Du reste, après l’occasion manquée à travers la formation du nouveau gouvernement, il était de bon ton de penser que Tertius Zongo, qui, à l’occasion, avait admis un pincement au cœur du fait de la faible représentativité féminine, se rattraperait sur ce coup-ci.
Manifestement, ce ne sera pas le cas. Et Somkinda Traoré, l’actuelle secrétaire générale du ministère du Travail et de la Sécurité sociale, sera bien seule au milieu de tous ces cadres, issus de plusieurs ministères directement concernés par le sujet.
Il s’agit, outre de la Présidence du Faso et du Premier ministère représentés par trois personnalités, de l’Economie et des Finances (deux titulaires), du Commerce (un membre permanent), et enfin de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, lui aussi détenteur d’un siège de membre permanent.
A cette équipe devra s’adjoindre un membre «non permanent», qui représentera «le ministère de tutelle technique concerné par le recrutement» en vue. De cette manière, l’on espère apporter le maximum d’objectivité dans l’exécution de la mission, qualifiée de «noble» par le chef du gouvernement en personne.
En termes d’attributions, la mission de la commission se décline comme suit: arrêter, à partir des propositions émanant des départements ministériels assurant la tutelle technique, les «Tdr» relatifs aux différents postes de directeur général ou assimilé à pourvoir. Puis lancer les avis d’appel à candidature, réceptionner et examiner les offres des éventuels postulants en vue, dit-on, de la sélection des candidats «sur la base du mérite».
Quant au domaine de compétence, il s’étend aux établissements publics de l’Etat, aux sociétés d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat, de même qu’aux sociétés d’Etat et assimilés.
En outre, les commissaires devront élaborer et proposer au Conseil d’administration concerné le contrat d’objectifs à conclure avec l’heureux ou l’heureuse élu(e). On peut le dire, elle est investie d’une mission historique, à savoir: donner la preuve que les temps ont changé, et qu’une nouvelle approche est à l’œuvre au sommet de l’Etat.
Du reste, tous les regards sont actuellement tournés vers les premiers arbitrages. Lesquels seront sans aucun doute des plus difficiles. Car il est légitime de penser que les bonnes graines existent bel et bien dans notre pays. Elles n’attendent que d’être mises à contribution, pour apporter leur pierre à la construction de l’édifice national.
Et Tertius Zongo, qui n’ignore pas les attentes des Burkinabè en la matière, promet de rester attentif non seulement aux critiques, mais aussi et surtout à la capacité d’ouverture des «neuf», afin d’améliorer le travail de recherche de l’excellence.
Pour Bonoudaba Dabiré, le président dudit comité, c’est assurément un retour en grâce sur le devant de la scène nationale. Et ce après une brève parenthèse gouvernementale. Ce dernier rassure d’ailleurs que le maître mot au sein de son équipe sera la transparence.
À dire vrai, le contraire eût été surprenant. Du reste, de nombreux acteurs sont à l’écoute, et attendent de voir en actes concrets ce qu’ils peuvent attendre de ces changements. C’est le cas de l’opposition politique qui n’a eu de cesse de dénoncer la politisation de l’administration publique et l’accaparement des postes de responsabilité par la majorité.
Malheureusement, il faut le reconnaître, certains manquements graves de gestion étant restés impunis, des compromissions à peine voilées avaient fini par donner le sentiment que les amitiés politiques étaient la règle.
Bonus «malus» à la burkinabè, prime à la médiocrité ou à l’incompétence, tous les ingrédients semblaient jusque-là réunis pour rendre le système aussi opaque que possible. Il faut croire alors qu’un jour nouveau s’est levé sur ce cher Faso, le 10 février dernier, et que plus rien ne devrait être comme avant.
Il fut un temps, en effet, où des «DG» s’entendaient dire qu’ils n’avaient jamais passé de concours, encore moins de test d’aptitude, pour être à leur poste. En clair, ils ne devaient jamais oublier qu’ils étaient redevables à une main, plus ou moins invisible, d’avoir œuvré à leur promotion. Une situation qui, bien évidemment, ne pouvait que les fragiliser dans l’exercice de leur magistère.
À ce jour, fait remarquer la «Commission Bonoudaba», des appels à candidature ont été publiés pour le compte de dix-sept postes de directeurs généraux mis en compétition. De nombreux dossiers ont été reçus, et font en ce moment l’objet d’examen de la part des différents responsables.
Ils seront, à l’évidence, scrupuleusement passés à la loupe. Et pour cause, au-delà de la tronche de chaque individu, de son curriculum vitae, de ses états de service, c’est l’avenir du pays qui se joue.
C’est dire si les uns et les autres ont intérêt à s’en tenir à leur feuille de route, et à bien mémoriser leurs formules. C’est à ce prix que l’on évitera les situations fâcheuses et regrettables telles que le «faux départ» de la Cameg!
Petit bémol cependant, l’offre publique de proposition à candidature n’est pas extensible à l’infini. Dans cette perspective, des entreprises «à caractère stratégique» ne sont pas à prendre. Il s’agit principalement de la Sofitex, de la Sonabhy, pour ne citer que ces deux exemples.
Comme quoi, l’ouverture prônée a aussi ses limites. Mais n’est-ce pas déjà une petite révolution que la mise sur pied de cet outil de promotion des ressources humaines au Burkina? Et il faut s’en féliciter.
A. Traoré
Journal du Jeudi




