Echaudé par la destitution de Ousmane Guiro, pris la main dans les cantines, le sinistre de l’Economie et des Finances panique et déclenche une chasse aux gabelous, membres du staff de l’administration douanière, de plus 15 ans de service. Seulement, voilà. A peine a-t-il nommé un nouveau DG que des bruits de casseroles se feraient de plus en plus vifs sur une fortune surprenante de Kuilbila Jean Sylvestre Sam. De quoi se demander si le gouvernement n’a finalement pas ouvert la boîte de Pandore en ne clarifiant pas la question des richesses brusques et ostentatoires qui a assombri le béret noir de nos gabelous.
C’est notre confrère L’observateur paalga, dans sa livraison de vendredi dernier, qui a levé le lièvre de la «purge» que le «beau’» Lucien Marie Noël Bembamba voudrait imposer aux responsables de l’administration douanière qui ont plus de quinze ans de service. Il envisagerait ainsi de les pousser soit à la retraite anticipée, soit à se redéployer dans une administration autre que la douane. Il s’agirait d’une proposition aussi indécente que discrète qui se serait passée dans les bureaux du grand argentier, quelque temps avant la propulsion de Kuilbila Jean Sylvestre Sam comme nouveau DG des douanes.
La nomination de ce jeune inspecteur divisionnaire des douanes, qui totalise à peine 15 ans de service, est passée comme une lettre à la poste au Conseil des ministres du 11 janvier dernier. Mais le projet ministériel qui consiste à purger l’administration douanière des «vieux» gabelous, sans autre force de procès, passera-t-il aussi facilement? Rien n’est moins sûr.
Que l’objet de cette fameuse réunion secrète s’ébruite aussi rapidement, c’est la preuve du malaise qu’il a dû susciter au niveau des principaux concernés qui seraient une quinzaine de collaborateurs directs ou indirects de l’ex-DG et désormais prisonnier, Ousmane Guiro.
On comprend le souci du sinistre Bembamba de permettre au nouveau promu de ne pas avoir à gérer de vieux brisquards sous les ordres de qui il avait travaillé, ou qui ont été ses directeurs de mémoire ou ses maîtres de stage. On peut également comprendre que sous la pression d’une opinion publique très critique envers l’administration douanière, l’argentier cherche à donner des signes d’un patron fouettard. On comprend enfin que les enveloppes découvertes dans les cantines de Guiro révèlent des noms qui obligent à nettoyer les écuries pour éviter des déballages compromettants. Mais de là à croire que le remède de la corruption qui gangrène la douane viendrait de la seule purge des anciens au profit de la jeune génération, ne serait-ce pas déclencher la chasse aux sorcières?
Pour peu qu’on permette à l’ex-DG, Ousmane Guiro, de répondre des chefs d’accusation qui pèsent sur lui devant une juridiction régulière, il paraît incongru de mettre à la retraite anticipée ou dans une autre administration des douaniers de plus de quinze ans de service sans leur signifier clairement ce qui leur est aussi reproché. Ce serait même les jeter en pâture à une certaine opinion qui veut voir casser du douanier que de les stigmatiser ainsi comme ceux qui seraient à l’origine des dérives que connaît le corps des douaniers ces dernières années.
Du reste, il paraît difficile, voire suicidaire, à l’heure actuelle, de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie sans mener des enquêtes objectives et impartiales.
Le béret noir des gabelous a été véritablement pris dans un tourbillon d’enrichissement rapide et illicite qui a été favorisé par le silence coupable, voire complice, des autorités elles-mêmes. L’agonie de la morale au sein du corps de la douane ne dépend point du nombre d’années de service. Ils sont tous, ou presque, trempés dans cette course aux feuilles et aux cantines. Il suffit de voir le nombre de duplex, villas cossues et de célibatoriums dont se prévalent certains douaniers en ville comme dans les bourgades pour comprendre la profondeur du gap qui sépare les douaniers des autres fonctionnaires. Quand on sait que le salaire d’un préposé des douanes tourne officiellement autour de 45.000 F CFA, on se demande par quelle gymnastique certains d’entre eux arrivent à se taper villas, voitures et tout le reste en très peu de temps.
La guerre entamée est aussi celle de l’opinion qui a beau jeu de broder sur les faits. Comment ne pas écouter ces bruits qui courent autour de biens personnels de celui-là même que le sinistre de l’Economie et des Finances vient de choisir comme «l’homme de la situation»? Comment ne pas entendre parler d’un collège privé dans un quartier de Ouagadougou ou encore d’une ferme agropastorale réalisée dans la zone de Sapouy?
Une certaine logique aurait voulu que le gouvernement profite de l’impair de l’ex-DG pour mettre un terme à ces soupçons qui n’honorent pas la noble mission des douanes et des personnes qui les incarnent. Mais hélas! Lorsque le sinistre de l’Economie et des Finances croit trancher dans le vif sans crever l’abcès, on n’est pas étonné d’entendre susurrer que le système se mordrait la queue. A quelles fins un chèque de plus de 30 briques aurait-il été perçu à la fin de l’année, au titre des ristournes -qui ne tournent pas rond- sur des saisies effectuées par la douane en 2011? Info ou intox?
En choisissant de se débarrasser de certains de ses collaborateurs de la haute administration douanière, le «beau’» Bembamba doit désormais montrer patte blanche. Et pas seulement. Avant de nommer quelqu’un ou quelqu’une à la tête des administrations chargées de collecter et/ou de gérer les deniers publics, il doit assurer l’opinion publique que ces derniers ou ces dernières ne vont pas passer le plus clair de leur temps à se remplir les cantines au détriment des caisses de l’Etat.
F. Quophy
Journal du Jeudi




