Il règne une grande cacophonie sur le marché du Faso. En effet, à la suite de la décision gouvernementale de baisser les prix des produits de grande consommation, le marché burkinabè bouillonne et personne ne le maîtrise, à cause de la contradiction entre le discours officiel et la réalité du terrain. À l’annonce des nouvelles mesures, les Burkinabè, tenaillés de toutes parts par la vie chère, ont applaudi. Mais leur joie pourrait être de courte durée, s’ils ne déchantent pas totalement, car la montagne pourrait accoucher d’une souris.
Rien que les chiffres communiqués par le gouvernement lui-même laissent entrevoir que la baisse annoncée à coups de grande publicité ne produira aucun effet sur les couches défavorisées. En effet, à en croire le ministre en charge du Commerce reçu sur les plateaux de la TéNéBreuse, le prix du sac de riz passera de 16 950 à 16 000 F CFA. Cela signifie que la diminution est de 950 sur le sac de 50 kg. Le consommateur final qui ne peut pas s’offrir le luxe de payer un sac de riz ne ressentira absolument rien, puisqu’au bout de la chaîne la diminution sera tout au plus de 10 francs. La mesure risque donc de créer l’effet contraire.
La première crainte est du reste déjà perceptible avec le désordre sur les marchés. Les commerçants, qui veulent certainement obtenir quelques faveurs fiscales ou des compensations, soutiennent mordicus qu’ils ont fait d’énormes efforts pour atténuer les difficultés des ménages. A y regarder de près, c’est le remake de 2007. Il y a quelque quatre ans en effet, l’Etat avait pris la même décision de baisse de prix de produits de première nécessité pour lutter contre les effets de la vie chère. Tout comme cette année, il avait été institué des boutiques témoins dans lesquelles les populations devraient s’approvisionner. Ce fut juste une promesse, qui n’a pas tenu deux mois. Pire, à la suite de ces baisses supposées, les prix ont pris l’ascendeur de façon vertigineuse. Les couches vulnérables ont durement ressenti cette époque.
Le ministère en charge du Commerce donne l’impression de n’avoir pas tiré les leçons de cette expérience pour mieux maîtriser l’opération actuelle. Les populations restent confrontées au même manque d’information et les hommes de médias sont chaque fois obligés de revenir à la charge pour demander des informations sur les sites des boutiques témoins. Et pourtant, ce sont ces boutiques témoins qui devraient tirer les prix par le bas, parce qu’elles pratiqueraient des tarifs qui attireraient les consommateurs afin que, par le jeu de l’offre et de la demande, les autres commerçants révisent à la baisse les prix pratiqués dans leurs surfaces. Toute autre démarche ne relève que d’une approche politicienne pour endormir les populations quelques semaines avant qu’elles ne soient de nouveau rattrapées par la réalité.
Dans un système libéral comme le nôtre, le système du contrôle des prix a très peu d’influence sur le marché. Une des solutions reste une plus grande libéralisation du marché. L’opinion pense – à tort? – que son sort alimentaire est entre les mains d’une minorité plus ou moins connectée au système en place. Le gouvernement doit alléger les conditionnalités pour permettre l’entrée d’autres opérateurs économiques sur le marché du riz par exemple. Les enjeux de la lutte contre la vie chère sont énormes et les pouvoirs publics savent qu’ils jouent gros, très gros.
Dans cette situation de crise sociale aiguë, l’Etat doit tout mettre en œuvre pour que ses décisions aboutissent à des résultats concrets et palpables par les populations et dans le panier de la ménagère. Pour l’instant, le risque est grand que les décisions ne fassent l’effet d’un coup d’épée dans l’eau.
Adam Igor
Journaldujeudi.com




