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L’Euro menacé ! Dévaluation imminente du franc CFA !

Que se passe t-il en Europe ? Le sort du franc CFA pourrait se jouer en Grèce. La Grèce, petit pays de la zone euro, est presque en état de faillite, de défaut de paiement, de bankruptcy. La crise hellène concerne aussi la monnaie européenne, parce que les dettes de l’Etat grec sont en Euro. C’est une crise majeure pour la monnaie unique européenne qui concerne 16 pays des 28 de l’Union et à laquelle on a le malheur d’avoir arrimé notre monnaie bien plus pour des raisons d’irresponsabilité politique et de lâcheté de nos chefs d’Etat que pour des raisons historiques.

Nous l’avons maintes fois dit dans les colonnes de l’Indépendant : en 1994, il ne fallait pas accepter la dévaluation imposée de Balladur à Dakar. Il fallait quitter la zone franc : prendre nos billes et aller jouer notre sort ailleurs entre nous, comme de grands garçons. Mais hélas, les dirigeants des pays de la BCEAO et de la BCEAC de l’époque dans leur tête étaient et le demeurent toujours des bébés qui ne voient pas le monde en dehors du giron français. Jouer en dehors de la cour familiale française leur parait un jeu trop dangereux. Le monde leur paraît trop hostile sans leur « mère ». Même si la mère poule gloutonne picore tous les grains d’or, qu’importe pour eux, on est en famille, on reste en famille, maman poule pensera à ses petits avortons incapables de penser et d’agir par eux-mêmes.

Que fera l’Europe pour la Grèce, que ne fera t-elle pas pour elle ? La plupart des analystes pensent à une éventuelle dévaluation de l’Euro, ou à un appui financier à la Grèce, une sorte de bail out, normalement interdite par les règles de l’Union, mais le risque que la crise grecque s’étende au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie voire à la France font que cette éventualité est la plus probable. Au cas où le scénario catastrophe devrait se produire, c’est l’Euro qui serait totalement menacé, l’Union européenne au plan monétaire se briserait comme un canari d’eau et chacun irait chercher son bonheur tout seul, ou l’Allemagne dans le pire des cas, abandonnerait ses pauvres amis. Dans les deux cas, la situation du franc CFA sera mauvaise, il sera dévalué. « Mais Dieu, que l’Euro aura fait des dégâts gigantesques ! Et comme tout le monde se porterait mieux si ce monstre n’avait jamais vu le jour ! » Voilà ce que dit de l’Euro un des experts européens.

La crise actuelle de la Grèce serait due selon certains à la « monnaie unique » européenne. La Grèce n’arrive pas à payer sa dette trop lourde parce qu’étant en Euro, et sa compétitivité est faible dans sa principale industrie, le tourisme, à cause de l’Euro. C’est pourquoi l’Etat grec accumule les déficits et n’arrive plus à payer ses créanciers. Pourtant, l’Union européenne a des règles très strictes en matière de déficit public. Mais comme les deux puissances l’Allemagne et la France refusent d’observer les règles prudentielles, personne ne les observe. La Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne etc. ont des déficits budgétaires de plus en plus lourds. Les spéculateurs jouent maintenant sur les dettes des Etats qui peuvent être poussés à la faillite par les agences de notation.

L’Euro est en chute libre depuis un mois par rapport au dollar et la crise grecque lui a fait faire un bond en bas et il était coté à 1,2748 dollar le 5 mai 2010. Cette chute de l’Euro, loin de réjouir les européens, montre que l’Union est en crise et que la situation de la Grèce et des autres pays de l’Union, excepté l’Allemagne, est très préoccupante. En d’autres temps, l’Europe sauterait de joie car la baisse de l’Euro doperait les exportations, mais c’est une crise d’insolvabilité que cette chute annonce. Si les investisseurs doutent des pays européens et de leur monnaie, ceux-ci auront d’autres chats à fouetter que de s’occuper du petit CFA accroché à leurs basques. La BCE et la Banque de France aujourd’hui font tout pour se protéger elles-mêmes, mais pas à jouer aux bons samaritains. Un proverbe bien de chez nous dit que quand la pierre tombe d’en haut, chacun cherche à protéger sa tête.

Que fait la BCEAO, l’UEMOA, la BCEAC, la CEMAC ? Rien, ils font confiance aux autres pour résoudre leurs problèmes. Les petits naïfs sont convaincus que maman poule les abritera toujours sous son aile protectrice, et que la pierre ne les atteindra pas. Pourtant, cette crise grecque est susceptible d’apporter de grands changements dans la vie de l’union monétaire européenne, et de nous affecter en retour. En effet, les analystes craignent que le bail out du FMI et de l’Europe ne suffise pas à sauver la Grèce, et que le Portugal puis l’Espagne ne suivent dans la même crise. Ce sera difficile de sauver tous ces pays par des renflouements, même le FMI ne le pourrait. Ce qui est sûr, c’est la dévaluation de l’Euro qui se profile à l’horizon, avec une baisse importante du taux fixe de convertibilité du CFA. Cette option est l’hypothèse la plus optimiste. Si l’Allemagne refuse d’être la vache à lait, si elle refuse de payer pour ceux qui ne se sont pas serrés la ceinture, comme l’opinion publique allemande le réclame, l’union monétaire européenne éclaterait. Ce qui n’est pas impossible. C’est une jeune institution créée en 1999, qui compte aujourd’hui 16 pays dont la situation économique est fort disparate, elle peut ne pas subsister à cette crise. Cette crise doit ouvrir les yeux de nos dirigeants sur la complexité du monde actuel, et sur la nécessité pour chaque peuple, chaque région de régler ses propres problèmes. Les solutions d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui. Le franc CFA, collé au « cul » du trésor français, ne nous arrange pas. Les Français en useront jusqu’à la corde et quand ils n’en voudront plus, ils s’en débarrasseront. Jusqu’à maintenant, c’est eux qui gagnent au change sinon ils se seraient débarrassés du francs CFA.

Toutes les réserves de change des 14 pays africains de la zone franc déposés à la Banque de France, ce n’est pas rien. Le Niger confronté à la famine, demande de l’aide à la communauté internationale alors que ses réserves provenant de la vente de l’uranium en France ne peuvent pas lui servir mais servent plutôt à la France. C’est pareil pour la vente de l’or du Burkina Faso, les pétrodollars du Gabon, du Congo, etc. Le franc CFA sera dévalué encore si la crise en Europe continue. Comme nos dirigeants ne pensent à demain que quand il s’agit de leur avenir, rester au pouvoir en dépit des règles constitutionnelles, ou se faire remplacer par leur progéniture ou leur frère, la situation actuelle de la crise économique en Europe ne les émeut point. La dévaluation du franc CFA ne les touchera pas, au pire, ce sera encore un moyen pour eux de devenir encore plus riche et d’accaparer toute l’économie du pays. Réaliser le tuk guili politique, pour mieux avoir le tuk guili économique, voilà comment pensent les politiciens de chez nous. Nous ne faisons que nous inspirer de la pensée forte du secrétaire général du CDP et maire de la capitale Simon Compaoré qui sait dire haut en de très bons raccourcis, la substance de la pensée politique des maîtres du moment.

Sana Guy

Source : independant.bf

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