Les doyennes du SIAO nous parlent de leurs parcours
La première édition du SIAO
Le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) a tenu sa première édition du 20 au 27 février 1988. En 2010, le SIAO vient de fermer les portes de sa 12ème édition sous le thème : « artisanat, jeunesse et emploi ». Au commencement, en novembre 1984 c’était « Artisanat 84 » qui a mis en compétition les artisans de toutes les provinces du Burkina Faso et des produits de qualité variés.
Depuis lors, « Artisanat 84 » est devenu Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) et connait une renommée internationale avec des participants venus de tous les pays du monde. Le SIAO est définitivement devenu le premier marché africain de l’artisanat africain où se rencontrent professionnels et acheteurs du monde entier.
Le thème de cette 12ème édition, « artisanat, jeunesse et emploi » revêt d’une grande importance car l’artisanat est devenu un secteur clé pour le développement de l’Afrique. Il peut créer désormais de l’emploi pour les jeunes. Et parce que l’artisanat est l’avenir de l’Afrique, les plus âgés doivent transmettre leur savoir aux plus jeunes.
Burkinapmepmi.com s’est intéressé à deux pionnières de l’artisanat africain, deux participantes présentes depuis la première édition du SIAO en 1988. L’une est burkinabé et vit à Bobo Dioulasso, l’autre est sénégalo-burkinabé qui vit à Dakar. Elles nous parlent toutes deux de leurs parcours.
Mme OUEDRAOGO/MOUKORO Gisèle,
Directrice de ESTHER Production, home and fashion accessoires, teinture
+22670136614 ou +22671252803 / estherproductions2004@yahoo.fr
Secteur 17 de Bobo Dioulasso, coté de la Mairie de DAFRA / Burkina Faso, Afrique de l’Ouest
Parmi les premiers participants de la 1ère édition du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) figure Madame OUEDRAOGO / MOUKORO Gisèle, 1er prix en teinture, directrice de ESTHER Production, entreprise basée à Bobo Dioulasso (Burkina Faso).
Mme OUEDRAOGO est professeur de dessin, diplômée de l’Institut des Beaux Arts aux Mali. Elle est teinturière depuis 30 ans et sa spécialité est l’ameublement et l’habillement à base de textile.
Lorsque nous sommes venus à la première édition du SIAO, se souvient Mme OUEDRAOGO, le stand avait une superficie de 10m2 pour un coût de 15.000 FCFA. Cependant, c’est la Chambre de Commerce de l’Industrie et de l’Artisanat du Burkina Faso (CCIA-BF) qui avait pris en charge le transport de nos bagages.
Comparativement à la 12ème édition du SIAO, notre stand a couté 5 millions de francs, heureusement pris en charge par notre partenaire, le WACIP (Programme de Renforcement du Secteur Coton en Afrique de l’Ouest et du Centre). Ce stand est partagé par 5 pays dont le Burkina Faso, le Tchad, le Togo, le Benin et le Mali). Il est évident que si ce partenaire n’avait pas accompagné ces artisans, nous ne serions pas ici malgré notre amour pour l’artisanat africain et la qualité de nos œuvres.
Je lance un appel aux artisans pour leur demander de chercher à protéger leurs œuvres et diversifier leurs productions ; ce n’est que de cette façon qu’ils pourront faire un peu face à la concurrence asiatique et européenne.
Lors d’une édition du SIAO, des acheteurs sont venus prendre mes expositions en photos, quelques mois seulement ont suffi pour que je vois les mêmes motifs sur le marché en quantité énorme venant de la chine. Par contre, mes œuvres protégées n’ont pas été reproduites à cette occasion, preuve que cela peut être un atout pour nous.
En 30 ans de métier, je dirai que l’artisanat m’a beaucoup donné. Je fais ce métier plus par amour et satisfaction personnelle. Je me réjouis de voir que mes créations sont portées partout dans le monde avec fierté. Que certaines connaissances me félicitent et m’encouragent. Je cherche constamment à améliorer mes créations, à être créative et innovatrice.
D’ailleurs, j’écoute régulièrement les conseils de mon fils qui a aussi cet amour pour le dessin. Ces conseils me permettent de créer des pièces uniques et de présenter des œuvres très appréciées des plus jeunes et des plus vieux.
Si je devrais donner un message ce sera de demander que l’artisanat soit encouragé par tous. C’est très dur pour nous. Les vrais artisans n’ont pas les moyens parfois pour participer à de tels événements.
Je compare parfois l’artisan aux artistes musiciens. Lorsqu’un artiste musicien sort sa cassette, les radios, les télévisions, les restaurants, les maquis s’y mettent pour l’encourager et le faire découvrir. Ce n’est pas le cas pour nous artisans. Nos œuvres sont ignorées, nos créations ne sont pas connus du grand public et les plus âgés n’encouragent pas les plus jeunes à aimer ce que nous faisons.
Personnellement, j’ai joué un rôle important dans le développement de l’artisanat burkinabé. Je fais parti des première à utiliser le faso danfani au Burkina Faso et j’ai même habillé des ministres sous la révolution. Mais en 30 ans de services, de créations et d’innovations, j’attends toujours que mon pays reconnaisse le mérite de mon travail et pourquoi pas recevoir des mains de mon gouvernement, une distinction honorifique.
Mme Maiga Habi,
Directrice de PROMOFIL, impératrice du pagne tissé d’Afrique
+221338270907 ou +221776361074 / promofil1985@yahoo.fr
Sicap Liberté 6, Immeuble A rez-de-chaussée / Sénégal, Afrique de l’Ouest
Madame Habi Maïga, 40 ans d’activité dans la valorisation du tissage, est burkinabè de naissance et sénégalaise par alliance. Citoyenne de l’UEMOA et du monde, elle parle couramment les principales langues africaines et européennes : Dioula, Moré, San, Sonrhaï, Wolof, Sérère, Bambana, Français, Anglais, Espagnol, Italien, Créole.
Présente depuis la première édition du SIAO 1988, Habi Maiga est lauréate du Grand Prix du Président de la République pour l’artisanat, édition 2004.
PROMOFIL confectionne à base du coton de la maroquinerie, des articles d’habillement, des cadeaux d’entreprise, de la bagagerie, des articles d’ameublement, etc.
Proclamée impératrice du pagne tissé en signe d’encouragement pour ses idées et ses créations par feu Ousmane Maiga son époux, Habi Maiga est directrice de PROMOFIL (PROMOuvoir le FIL) qui emplois une dizaine d’employés.
Encouragé par son oncle Ki ZERBO et les étudiants qu’elle côtoyait à l’Université Cheick Anta Diop, Habi l’empereur du pagne tissé décida de participer à la première édition du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO).
En trois jours, elle écoule toute la marchandise. Un succès qui lui vaut le respect des groupements des femmes de Ouagadougou. « Depuis lors, le SIAO est devenu pour moi une drogue, je ne peux manquer une édition. Je suis la première sénégalaise à y être allée.
A la deuxième édition en 1990, j’ai eu un stand gratuit par lequel j’ai représenté le Sénégal. Je suis une des doyennes du SIAO » déclare-t-elle avec le sourire.
Aux jeunes, Habi Maiga ne cesse de répéter : « Il faut aimer le travail et vous aurez tout ce que vous voulez. Ce que les gens vont chercher en Europe se trouve ici en Afrique. C’est pourquoi je trouve important le thème du présent SIAO ».
Interview de Habi Maiga, l’impératrice du pagne tissé.
Yves MANNO,
Burkinapmepmi.com




