À l’heure où l’Afrique fait son entrée dans les milieux d’affaires internationaux, il revient au secteur privé et à son acteur le plus important, le créateur d’entreprise, de stimuler la croissance économique et le développement sur tout le continent.
C’est ce qu’a affirmé M. Murray Low, directeur du Centre Eugene Lang de l’entrepreneuriat à l’école de commerce de l’université Columbia (Columbia Business School) de New York.
Dans l’entretien qu’il a récemment accordé à America.gov à Columbia où il est professeur auxiliaire, M. Low a dit que l’Afrique offrait d’énormes possibilités commerciales. « Les gens essaient actuellement de découvrir comment en tirer parti et je pense qu’il y a un consensus plutôt clair sur le fait que le modèle d’aide directe n’est pas suffisant en lui-même pour donner l’élan au développement économique et que le secret de celui-ci est de trouver le moyen approprié de mobiliser le secteur privé », a-t-il expliqué.
« L’Afrique est le continent le plus pauvre du monde et il y a beaucoup de modèles de développement économique qui se sont révélés inefficaces », a indiqué M. Low. « De nos jours, on convient de plus en plus que l’expansion du secteur privé est la clé du développement économique et social. »
« Au cœur de tout cela, bien sûr, on trouve les créateurs d’entreprise qui doivent déterminer les besoins, trouver du capital, fournir des produits aux marchés et créer leur fortune et celle de la société en général. »
M. Low a décrit les créateurs d’entreprise comme l’essence même du modèle du développement du monde des affaires. « Je pense qu’il y a beaucoup d’éléments nécessaires au développement économique mais il est clair que l’entrepreneuriat est un élément essentiel. Quand je dis entrepreneuriat, je ne parle pas seulement du créateur d’entreprise unique qui a une idée et lance un commerce, mais aussi de l’esprit d’entreprise qui pousse les entreprises déjà établies à trouver le moyen de fonctionner de manière plus efficace. »
« En Afrique, dit-il, il y a un énorme besoin d’entrepreneuriat et de capacités plus solides au niveau des cadres et de la direction dans le secteur privé ainsi qu’au niveau des organisations non gouvernementales (ONG). »
C’est pour répondre à ce besoin que l’université Columbia, par le biais du Centre Eugene Lang de l’entrepreneuriat et de son école de commerce, collabore étroitement avec les Africains dans de multiples domaines.
M. Low enseigne un cours intitulé « L’entrepreneuriat et le capital à risque privé en Afrique », en coopération avec M. Paul Tierney, président de TechnoServe, une ONG qui fournit des services de conseil en matière d’investissements et une assistance technique aux chefs d’entreprise du secteur agricole en Amérique latine et en Afrique.
Dans le cadre des travaux pratiques de ce cours, les étudiants se rendent en Afrique où ils assistent les chefs d’entreprise du continent en leur offrant des conseils stratégiques pour leurs affaires. La Columbia Business School travaille actuellement pour renforcer sa collaboration avec les écoles de commerce de deux grandes universités africaines : l’Université internationale des États-Unis (USIU de son sigle anglais) à Nairobi (Kenya), et l’université de Dar-es-Salam (Tanzanie).
« Chaque année, nous envoyons environ 40 étudiants dans différentes régions d’Afrique, en équipes de 4 ou 5 personnes pour des projets de conseil à valeur ajoutée et des cas d’études, et cela ajoute à la richesse de notre connaissance de la situation sur le terrain », a déclaré M. Low.
« Il y a quatre ans environ, nous avions décidé qu’en tant qu’école de gestion et université, nous voulions contribuer au développement économique du continent. Nous avons pensé ‘Bon, nous sommes une bonne école de commerce, peut-être qu’il nous serait possible de travailler avec une ou deux écoles de gestion en Afrique et de les aider à élargir leurs capacités’. Il y a un énorme besoin de pouvoir offrir une éducation dans le domaine de la gestion des affaires qui soit valable au niveau local, peu coûteuse et de bonne qualité », a dit M. Low.
« Si vous parlez à des investisseurs professionnels au sujet des possibilités dans les milieux d’affaires du continent, ils vous diront que ce n’est pas la demande qui manque du côté des consommateurs. Ce qui est ironique, à mon avis, c’est qu’il n’y a pas de pénuries de capitaux non plus. Ce qui manque le plus est le talent commercial pour tirer profit de ces possibilités. »
« Je crois que le talent à l’état brut est universellement distribué et qu’il y en a d’énormes quantités en Afrique », a souligné M. Low. « Mais pour pouvoir gérer une entreprise capable de s’élargir à un niveau substantiel, il faut une certaine sophistication dans la gestion qui n’est pas assez répandue sur le continent. C’est pourquoi nous pensons qu’en aidant à améliorer la qualité de l’éducation relative aux méthodes de gestion, nous pourrons faire une contribution réellement considérable. »
Outre son concours au niveau des cours, la Columbia Business School œuvre aussi pour aider les universités africaines partenaires à développer leurs capacités de recherche et de gestion. Environ 10 professeurs de Columbia se rendront en Afrique à divers moments pour travailler de concert avec leurs collègues des deux universités et pour conseiller « des femmes chefs d’entreprise qui sont mal desservies ». La société d’investissements Goldman Sachs et son programme 10.000 Femmes, qui est une initiative sur cinq ans d’investissements en Afrique et de par le monde, contribuent au financement du projet de la Columbia Business School.
M. Low a ajouté que Columbia avait aussi aidé l’USIU à mettre au point un programme de maîtrise en administration commerciale pour les cadres à l’échelle mondiale, auquel participent des dirigeants des milieux d’affaires, des chefs d’entreprise, des directeurs d’ONG et certains membres de la fonction publique.
Deux professeurs de l’Université de Dar-es-Salam achèvent actuellement leurs thèses de doctorat et passeront le semestre du printemps 2011 à la Columbia Business School en tant que chercheurs invités.
Méditant sur son expérience de collaboration avec les Africains, M. Low a dit : « J’ai beaucoup appris au sujet de ce qu’il faut pour réussir en tant que chef d’entreprise en observant les chefs d’entreprise africains qui ont réussi et comment ils l’ont fait dans des circonstances extrêmement difficiles, où vous devez faire face à l’instabilité politique, à des fluctuations massives de la monnaie, à la corruption et à une infrastructure inadéquate, et vous voyez que même dans ces conditions, les chefs d’entreprise peuvent réussir et consolider leurs entreprises de manière impressionnante. »
Source : America.Gov




