L’Institut International de l’Eau et de l’Environnement (2IE) souhaite faire passer un message pour l’essor d’un green business sur le sol africain.
Avec la mutation informationnelle et la réduction des distances physiques entre les différentes parties du monde, la matière première est désormais la substance grise. En cette fin d’année marquée par la commémoration des indépendances, c’est peut-être la leçon que nous africains devons retenir pour les 50 prochaines années. Pour devenir l’une des locomotives de la croissance verte, nous sommes condamnés à l’innovation qui rime avec formation de très haut niveau sur le green business et création de start-up dans l’ensemble des domaines des éco-activités. A-t-on vraiment bien perçu tous ces défis et challenges sur le continent? C’est en tout cas l’essentiel du message que nous avons essayé de passer au Burkina-Faso lors des interventions sur les thématiques suivantes: Eau, Environnement et Génie Civil: Opportunités d’emplois verts et de création d’éco-activités, Responsabilité Sociétale des Entreprises: Benchmark et outil de compétitivité en Afrique et Energies nouvelles: Tremplin pour l’économie décarbonée en Afrique à l’Institut International de l’Eau et de l’Environnement (2IE).
Nous avons été très impressionnés par la dynamique du 2IE. Il est bien parti pour devenir la future green valley africaine. Des modules de formations adaptées aux besoins actuels et futurs de l’Afrique, l’institut est également en avance sur les questions de green business. L’une des particularités du 2IE est la multi-culturalité. Du personnel administratif, aux enseignants-chercheurs en passant par les doctorants et les étudiants, près de 25 nationalités d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord s’y côtoient. Le 2IE est l’un des rares instituts de formation africains a attiré les étudiants occidentaux. Les sujets des thèses se veulent également pratiques. La recherche sur le traitement des eaux usées a abouti à la construction d’une station d’épuration qui traite les eaux grises de l’ensemble du site de Ouagadougou grâce à un traitement biologique très économe en énergie. Les eaux traitées sont utilisées pour l’arrosage des espaces verts.
Les études sur les Briques de Terre Comprimées (BTC) ont abouti au recours à cet éco-matériau pour la construction des logements étudiants, des sites de Ouagadougou et de Kamboisé ainsi que certains bâtiments administratifs en partenariat avec une entreprise locale de BTP. Au niveau du laboratoire Biomasse, énergie et biocarburants, la priorité est la valorisation des co-produits de l’agriculture avec une adaptation au milieu africain et l’utilisation des catalyseurs biologiques. Celui sur l’énergie solaire et les économies d’énergie est d’autant plus fier de son prototype flexy-énergie (solaire + énergie conventionnelle) qu’il vient d’obtenir un financement de 2,4 millions d’euros de l’Union Européenne pour le passage du stade pilote à la mise en œuvre dans deux grands villages respectivement au Burkina-Faso et au Mali. On regrettera que le potentiel d’énergie solaire du 2IE ne soit pas suffisamment utilisé notamment sur l’ensemble des bâtiments administratifs et des logements étudiants. Cette remarque est d’ailleurs mineure par rapport aux enjeux immenses qui attendent le 2IE s’il veut devenir la green valley africaine de référence au niveau mondial comme nous l’espérons.
Les défis à relever sont:
1. Un nouveau regard sur l’Afrique: Pousser les étudiants à changer de regard sur l’Afrique. Voilà la montagne à gravir par la direction du 2IE. En plus de nos interventions, nous avons eu des échanges interminables et passionnants avec les étudiants de l’institut dont certains sont déjà des cadres dans leurs pays. Malgré le fait que les principaux indicateurs du développement de l’Afrique soient au vert, il est très difficile, même en reprenant des données publiées par les organismes de référence, de convaincre ces derniers que le continent est la nouvelle frontière de l’économie mondiale. Est-ce vraiment la faute de ces étudiants? Ne sont-ils pas le reflet de cette Afrique dont leaders et politiques insistent à longueur de journée sur sa pauvreté pour obtenir des subsides des bailleurs de fonds? De Bamako à Libreville en passant par Brazzaville, Cotonou et Ouagadougou, difficile de visionner à la télévision nationale des reportages positifs sur l’Afrique ou d’écouter à la radio un débat sur son potentiel. Comment dans ce cas, faire rêver la population pour un renforcement de la confiance en soi et la croyance à un avenir meilleur?
2. L’émergence d’une génération d’africains JMB (J’ai Ma Boîte et J’aime Ma Boîte) qui adorent les challenges. Avec une formation de qualité, les futurs ingénieurs du 2IE trouvent facilement un emploi car la demande est très forte. Le passage de 800 à 2500 étudiants dans quelques années, risque de rééquilibrer cette situation. A l’image de la Silicon Valley, pourquoi ne pas espérer que les prochaines start-up innovantes de green business soient incubées au 2IE? C’est probablement le challenge de la Direction de l’Innovation et du Management des Entreprises (DIME). Face au changement climatique, à la dégradation de la biodiversité, à la responsabilité sociétale des entreprises, à l’épuisement des ressources naturelles et des énergies fossiles, le modèle de développement durable de l’Afrique sera unique. L’obligation de nourrir, loger, habiller, éclairer, alimenter en eau, transporter, éliminer les déchets d’un milliard aujourd’hui et deux milliards d’africains en 2050 font du continent une terre d’innovation et dont de création d’entreprises. Le MBA bilingue Entreprenariat & Eco Innovation qui sera ouvert en 2011 suscitera peut-être des vocations. Africains, le monde nous regarde et nous attend…
3. Culture générale des étudiants: Il est toujours difficile quand on est étudiant d’imaginer qu’à part les cours qui seront soldés par une note d’autres sujets sont importants. Et pourtant tous les ingénieurs du monde ont presque le même bagage pédagogique. Pour sortir du lot, c’est la culture générale sur les sujets transversaux qui fera la différence. Les étudiants du 2IE qui ont récemment participé à Paris au défi Bouygues Construction ont bien compris que les compétences techniques sont insuffisantes pour être des leaders. Espérons qu’ils transmettront ce message à l’ensemble de leurs camarades. Pourtant cette génération Y qui a accès grâce au Web aux mêmes informations que leurs amis du monde entier n’a plus d’excuse d’autant qu’au 2IE, Internet est gratuit. Lors du séjour à Ouagadougou, plusieurs étudiants ont demandé des conseils et à chaque fois nous avons répondu: Il faut LIRE, LIRE et LIRE ou de retenir comme devise TRAVAIL, TRAVAIL et TRAVAIL.
Par Thierry Téné
Source : journalducameroun.com




