Adam Smith et Joseph Schumpeter sont morts, mais apparemment ces économistes ont des solutions aux problèmes matrimoniaux. C’est du moins la thèse de Paula Szuchman et Jenny Anderson, journalistes au Wall Street Journal et au New York Times, qui viennent de publier : Spousonomics : s’appuyer sur l’économie pour gérer amour, mariage et vaisselle sale.
Le mariage est une sorte de PME dirigée par deux associés qui doivent gérer de manière rationnelle des ressources limitées – temps, énergie, argent, … dans le but d’optimiser les résultats. Appliquer les théories capitalistes au mariage, soutiennent les deux auteures, est donc la recette pour améliorer votre relation. La seule manière de réussir, c’est de traiter votre union comme « un investissement à long terme », écrivent-elles. Pas très romantique, mais assez drôle.
Le linge ou la pelouse ?
Prenez par exemple la plus grosse menace à la félicité conjugale : le partage des tâches ménagères. On peut essayer la division du travail pour passer l’aspirateur ou repasser les chemises, mais, soyons honnêtes, ça ne marche jamais. Mieux vaut appliquer la théorie de l’avantage comparatif chère à David Ricardo. Au lieu de tout faire, chargez-vous des corvées qui sont le plus à votre portée ou celles où vous vous sentez le plus efficace ; bref, adoptez une spécialité : la tonte de la pelouse pour lui, le linge pour elle… Évidemment, cela ne prend pas en compte le mari tire-au-flanc qui prétend qu’il n’est bon à rien. Et que faire si les deux moitiés du couple se sentent aussi compétentes pour payer les factures ou planter les bégonias ?
On est bon pour un pugilat, car chacun veut avoir le dernier mot. C’est l’aversion aux pertes, le syndrome de l’investisseur qui préfère éviter de perdre plutôt que d’engranger des gains, en s’accrochant à ses actions qui plongent. Szuchman raconte comment elle tenait très fort à un vieux fauteuil que son mari détestait. L’individu, selon la théorie de la dotation, attache une valeur irrationnelle aux objets qu’il possède. À la fin, tout est affaire de compromis. Ils ont transigé et acheté un bureau.
Et puis le mariage, comme la Bourse, est une suite de booms et de crises. Mais un krach conjugal, contrairement à une récession économique, a plutôt du bon. Cela permet d’examiner la relation et de repartir sur de nouvelles bases, la fameuse « destruction créatrice » de Joseph Shumpeter.
Cela dit, le capitalisme pur et dur ne résout pas toutes les crises matrimoniales. Que dit la théorie économique du mari volage qui délaisse son épouse pour une demoiselle moitié plus jeune ? À moins qu’il n’invoque la mise au rencart logique de tout vieux matériel amorti …
Le Point.fr




