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Le couple Gbagbo inculpé de crimes économiques

L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et son épouse Simone, en résidence surveillée dans des villes différentes du nord du pays depuis leur éviction du pouvoir en avril, ont été inculpés cette semaine de « crimes économiques », a annoncé jeudi le procureur de la République.

Ils sont notamment accusés de « vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion, pillage et atteinte à l`économie nationale » et placés en détention préventive. Laurent Gbagbo a été inculpé jeudi et sa femme mardi, a dit le procureur Simplice Kouadio Koffi lors d’une conférence de presse. Les chefs d`accusation, qui visent notamment les attaques contre le secteur bancaire pendant la crise, au plus fort du bras de fer économique entre les camps Gbagbo et Ouattara, qui précéda la confrontation armée.

Laurent Gbagbo reste dans la résidence où il est assigné, tandis que son épouse doit « incessamment » quitter la sienne et être transférée à la prison d`Odienné, selon le procureur. Le médecin personnel de l`ex-président, demeuré avec lui, vient aussi d`être inculpé et placé en détention.

Quarante-deux personnalités civiles du camp Gbagbo, dont outre le couple une bonne partie de l`ancien gouvernement, sont désormais détenues dans le nord, inculpées d`atteinte à la sûreté de l`Etat ou de « crimes économiques ».

Une soixantaine de militaires ont été inculpés, dont 40 sont incarcérés dans des camps militaires à Korhogo et Abidjan. Les partisans de Laurent Gbagbo (dont les avocats se sont plaints d`avoir un accès limité à leur client) réclament sans relâche la libération de leur mentor et des autres personnalités arrêtées. Le camp Gbagbo et des ONG internationales ont plusieurs fois dénoncé ou déclaré redouter une « justice des vainqueurs » sous le nouveau président.

Selon ces ONG et l`ONU, des crimes contre l`humanité et des crimes de guerre ont été commis par les deux camps pendant la crise, mais aucune personnalité pro-Ouattara n`a été inquiétée jusqu`ici.

A quelques jours de son départ fin août, le chef de l`Opération des Nations unies en Côte d`Ivoire (Onuci), Choi Young-jin, a estimé jeudi à Ouagadougou que la page était tournée: selon lui, « la force de Laurent Gbagbo s`est totalement éteinte » et « tout s`annonce bien » pour le retour à la paix.

La situation humanitaire reste toutefois « préoccupante » dans l`ouest, région la plus meurtrie, malgré une « dynamique de retour » des déplacés internes qui ne sont plus qu`environ 30.000, a souligné le Coordonnateur humanitaire du Système des Nations unies, Ndolamb Ngokwey.

Laurent Gbagbo pendant sa détention lors d'une visite du groupe des ''Elders''
Laurent Gbagbo pendant sa détention lors d’une visite du groupe des  »Elders »

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Après son inculpation, que risque Gbagbo ?

Quelle peine encourent l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo et son épouse, Simone ? Que prévoit le code pénal ivoirien en matière de crime économique ? Telle sont-là, les questions essentielles que se posent de nombreux Ivoiriens, au lendemain de leur inculpation par les juges d’instructions. Selon le code pénal ivoirien, c’est un maximum de 45 ans qu’encourt le clan Gbagbo, pour les faits de crimes économiques mis à sa charge. C’est que, pris séparément, le vol aggravé est condamnable à 10 ans de prison au maximums . Il en va pareillement des délits de concussion et de détournement de deniers publics et d’atteinte à l’économie nationale. Mais, selon toute vraisemblance, le chef de file de la Refondation pourrait écoper d’une sanction plus lourde que celle prévue par le code pénal. Car, si on se réfère à l’histoire, on pourrait se souvenir que, pour les mêmes allégations de crimes économiques, l’ancien président malien, Moussa Traoré, a été condamné à la peine de mort par une cour d’assise du tribunal de Bamako, en janvier 1999. Et, depuis, il est dans le couloir de la mort, attendant probablement l’heure d’exécution de la décision de la justice malienne. Et pourtant, Moussa Traoré et son épouse, Mariam, étaient accusés d’avoir détourné seulement 2 milliards F. Cfa. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, les faits pour lesquels Laurent Gbagbo et son épouse viennent d’être inculpés portent sur plusieurs centaines de milliards F. Cfa. La justice ivoirienne qui veut redorer son blason, pour épouser l’air du temps, pourrait être amenée à punir sévèrement les barons de l’ancien régime au pouvoir. « Vu que la peine de mort n’existe pas dans le code pénal ivoirien, il n’est pas à écarter que les juges prononcent la peine maximale contre l’ancien chef de l’Etat et ses collaborateurs qui seront inculpés dans le cadre de ce dossier. Ils risquent donc la prison à vie », renseigne un avocat ivoirien inscrit au barreau d’Abidjan. Autant dire que le clan Gbagbo risque gros dans cette affaire. Le procès risque d’être houleux !

M.D. | Nord-Sud

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