Les meuniers de France et d’Allemagne se sont arrangés pendant des années pour fixer ensemble les prix de la farine vendue en grande distribution. Ils ont été condamnés mardi à payer une amende record de 242 millions d’euros. Retour sur un scandale qui a accru le prix de la farine de 11% depuis 40 ans.
Après les fabricants de lessive, condamnés en décembre dernier à 361,3 millions d’euros d’amende, l’Autorité de la concurrence récidive. Cette fois, ce sont les fabricants de farine qui sont sur la sellette. Selon l’autorité, les meuniers français se sont entendus entre eux et avec leurs concurrents allemands pour réduire la concurrence à son strict minimum, et s’assurer ainsi de confortables revenus.
Le dossier le plus impressionnant concerne l’entente sur le marché français. Deux organismes, France Farine, créé en 1965 et dissous début 2012 pour assurer la vente de farine à la grande distribution, et Bach Mühle, chargé lui de la vente aux enseignes de hard discount, sont concernés.
Les sept meuniers -les mêmes pour les deux groupements- qui en faisaient partie rassemblaient l’essentiel du marché : 70 % des grandes marques, 55 % des marques de distributeur et la majorité de la farine vendue en hard discount. Ensemble, ils ont profité de leur position de force pour imposer leurs règles au marché.
La farine trop chère depuis 40 ans
D’abord en fixant les prix : un « comité de pilotage commercial et marketing », qui rassemblait tous les membres, définissait les prix, rabais et offres commerciales. Ensuite en répartissant le marché géographique. Chaque membre bénéficiait de sa « zone » sur laquelle il était le seul à pouvoir vendre de la farine : un pour le Sud-Ouest, un pour le Grand Ouest, un pour le Nord, un pour le Nord-Est, un pour le centre, un pour la vallée du Rhône et un pour le Sud-Est. Les consommateurs ont donc payé pendant plus de quarante ans leur farine trop cher.
Selon les calculs de l’Autorité de la concurrence, ce surcoût serait d’environ 11 %. L’affaire est tellement énorme que les méthodes de sanction traditionnelles n’ont pas pu être appliquées. Normalement, une entente sur les prix est sanctionnée en fonction de sa durée : l’amende est égale au total des ventes réalisées la première année, plus 50 % des ventes pour chaque année suivante.
Sur plus de quarante ans, cela représenterait donc un total de 20 ans de chiffre d’affaires ! Exiger un tel montant entraînerait la faillite de tous les meuniers impliqués. L’Autorité a donc appliqué un barème plus léger, mais qui aboutit tout de même à une amende totale de 146,9 millions d’euros. De quoi leur faire passer le goût du pain…
Français, Allemands, chacun chez soi
L’autre dossier de cette condamnation porte sur un accord secret entre Français et Allemands. Entre 2002 et 2008, les meuniers des deux côtés du Rhin se sont réunis à 12 reprises, en France et en Allemagne, pour fixer les règles de concurrence entre eux. Ce pacte de non-agression prévoyait que chacun resterait sur son territoire et limiterait à 15.000 tonnes ses exportations chez le voisin.
Cette affaire, révélée entre autres grâce aux bons soins de l’un des participants qui prenait des notes détaillées de chacune de ces réunions secrètes, en y incluant les noms de chaque personne présente, a entraîné un total de 95,5 millions d’euros d’amende de la part de l’Autorité de la concurrence française. Un montant auquel il faudra ajouter de probables sanctions de la part de l’Allemagne.
Par Thomas Morel | Francesoir.fr




