La plupart des chefs d’entreprise sont obnubilés par les indicateurs du compte de résultat et du bilan. Mais « la chose qui tue en fin de compte, c’est d’être à court de trésorerie », comme le disaient en 2002 Ram Charan et Jerry Useem, deux spécialistes de la chose dans le magazine Fortune. La trésorerie, donc le financement, surtout en période de décélération, est l’âme de toute société.
D’où cette conférence-débat du président de la BOAD, Abdoulaye Bio-Tchané, sur la question sur invitation du Cercle des jeunes chefs d’entreprise du Burkina. C’était le 21 avril dernier à l’hôtel Laico.
« La problématique du financement des entreprises de l’espace UEMOA dans un contexte de crise financière mondiale », tel est le thème qui a fait l’objet d’échanges entre le monde des affaires du Burkina et le président de la BOAD, Abdoulaye Bio Tchané ,et que modéraient Pierre-Claver Damiba (sommité du monde des finances), et Lassiné Diawara, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie.
Dans son propos de bienvenue, le patron du Cercle, Mahamadi Sawadogo dit « Kadhafi », a laissé entendre que le présent débat « est une opportunité certaine pour la BOAD qui est un bailleur de fonds d’expliquer et de réexpliquer l’apport technique, stratégique et financier que l’institution est capable de mettre à la portée de la communauté des hommes d’affaires des Etats membres de l’UEMOA, en cette période de crise ». Et « Kadhafi » de placer les espoirs du Cercle et au-delà de toute la communauté du monde des affaires dans cette rencontre.
Abdoulaye Bio-Tchané, tout en appréciant cette invitation qui a valeur de confiance, a d’abord souligné que les missions mêmes dévolues à l’institution dont il a la charge intègrent bien le volet secteur privé. Dans tous les cas, l’Agenda 2009-2013 décline quelques pistes que cette banque régionale va emprunter pour aider la zone de l’Union à sortir de l’ornière. L’ex-directeur Afrique du FMI a conclu en mentionnant le rôle moteur que jouent les entreprises privées.
Ce qui est le cas même dans les pays développés. Ainsi par exemple, l’Américain Warren Buffet, un des meilleurs investisseurs de l’époque contemporaine qui avait toujours une longueur d’avance sur les autres, s’intéressait, surtout lorsqu’il investissait dans une affaire, aux flux de trésorerie, ce qu’il appelle « le revenu du propriétaire ».
Ce n’est pas qu’il négligeait certains indicateurs de performances tels les bénéfices, les actifs, ou les capitaux propres figurant au bilan, mais pour lui, la trésorerie est reine. Le revenu du propriétaire, c’est en quelque sorte l’argent que le propriétaire pourrait sortir de son entreprise pour aller le dépenser dans un supermarché. C’est la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie pendant une période donnée. Warren Buffet a porté au pinacle l’intelligence financière et son patrimoine en est le témoin.
En clair, le PDG américain de Berkhshire Hathaway avait vu juste en misant sur ce qu’on peut appeler la capacité d’une entreprise à dégager de la richesse. C’est d’ailleurs sur ce volet que le Premier ministre, Tertius Zongo, qui a ouvert cette conférence-débat, a campé son propos. Pour lui, « si l’argent n’aime pas le bruit », il convient tout de même de faire comprendre à chacun le rôle confié à la BOAD . Dans ce monde en crise financière, le privé est une porte de sortie.
A condition que l’épineuse question du financement soit résolue. En Europe, les Start Up bénéficient souvent de soutien d’institutions financières. En Afrique, de nombreux projets bancables restent dans les tiroirs faute de trésorerie de démarrage. La « frilosité » des banques primaires est-elle pour cet état de fait ? Certains opérateurs économiques indélicats n’ont-ils pas provoqué cette attitude des banquiers ? Quid d’une banque régionale comme la BOAD ?
En l’espèce, la BOAD finance le privé même si ce denier espère plus. Or en ces temps de vaches maigres « il y aura une contraction des finances et un resserrement des crédits », a signifié le PM. Et la BOAD qui a toujours épaulé les Etats pourrait appuyer aussi davantage le privé. Par cette activité le cercle des jeunes chefs d’entreprise innove, a souligné le chef du gouvernement. Est-ce le début d’un appui plus accru entre la BOAD et le secteur privé burkinabè ? Surtout qu’en la matière le Burkina Faso est à la queue par rapport au Sénégal par exemple.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
Source : lobservateur.bf




