Le patron de la régulation des assurances dans les zones Cemac et Uemoa fait l’état des lieux du secteur, au moment d’entamer son 2ème mandat.
Vous venez de rempiler au poste de secrétaire général de la Commission interafricaine des marchés d’assurances (Cima). Quel est votre sentiment ?
C’est un sentiment de joie et de fierté. Fierté, surtout pour mon pays, de l’avoir honorablement représenté au cours du premier mandat, pour mériter à nouveau la confiance des ministres chargés des assurances de nos quatorze Etats [dont les six pays de la Cemac et huit Etats de l’Uemoa, Ndlr].
Quelle est la situation réelle du marché des assurances en Afrique ?
Le marché des assurances en Afrique est encore embryonnaire. Il ne représente que 1,2% du marché mondial. Le taux de pénétration de l’assurance est de l’ordre de 3,3% comparé à un taux mondial de 7%. Le taux de pénétration le plus élevé est détenu par l’Afrique du Sud avec 14%. Ce pays collecte à lui seul 75% des primes du continent africain.
Quant à la zone Cima qui nous concerne, elle a un taux de pénétration de 1%. Jusqu’en 2009, on y comptait 145 sociétés d’assurances dont 47 pratiquent la branche vie et capitalisation. Le chiffre d’affaire du marché croît d’année en année malgré les difficultés que rencontrent les différents pays, en particulier la Côte d’Ivoire qui est resté le premier de la zone en termes de chiffres d’affaires. En 2009, nous étions à plus de 625 milliards de Fcfa de chiffre d’affaires avec un taux d’accroissement de 6,6% par rapport à l’année 2008.
A L’évidence, le marché des assurances en Afrique souffre de plusieurs maux, lesquels ?
Il ya la faiblesse du pouvoir d’achat de nos populations, la faiblesse du chiffre d’affaires, accentuée par la faiblesse des taux de rendettement et des placements. Il est à déplorer les charges de gestion qui restent encore élevées dans beaucoup de sociétés, l’importance des arriérés de primes d’assurances, la mauvaise gouvernance et surtout les difficultés pour les sociétés à faire face à leurs engagements, notamment payer les sinistres.
A propos de la réparation des sinistres justement, quelle est votre perception de ce système décrié ?
Quand nous prenons par exemple la charge des sinistres en 2009, elle a atteint 318 milliards de Fcfa, soit 19% de plus qu’en 2008. Les sinistres effectivement payés en 2009 ont évolué dans la même proportion. En 2009, les sociétés ont payé 167 milliards de sinistres contre 142 milliards en 2008. Mais beaucoup reste à faire. De nombreux sinistres tardent à être payés. Jusqu’en 2008 par exemple le temps moyen de liquidation automobile était de cinq ans. D’ou le mécontentement de certaines victimes.
Quelle impulsion comptez-vous apporter aux entreprises d’assurances pour qu’elles soient plus promptes à réparer les sinistres ?
Il s’agit d’un souci majeur de tout le secrétariat général de la Cima. Et de nombreux chantiers sont en ?uvre pour améliorer la situation des compagnies. Plus de 33 sociétés ont été mises sous la surveillance permanente des autorités de contrôle (notamment les Directions Nationales des Assurances) depuis 2006. A la suite des surveillances permanentes, trois d’entre elles ont fait l’objet de retrait de la totalité de leurs agréments, c’est-à-dire, ont été purement et simplement liquidées. C’est dire à quel point nous sommes soucieux du bon fonctionnement des sociétés d’assurances, du paiement des sinistres et partant de l’intérêt des assurés et bénéficiaires des contrats.
En 2010, nos commissaires contrôleurs ont parcouru nos Etats membres pour renforcer les capacités des contrôleurs et cadres locaux des directions des assurances, afin de nous aider sur le terrain pour une meilleure appréciation de la gestion des sinistres.
Toutes les entreprises de la zone Cima sont elles viables et fiables du point de vue structurel et financier ?
La situation financière des compagnies d’assurances est mesurée la plupart du temps par des ratios prudentiels que sont la marge de solvabilité et la couverture des engagements réglementés. A l’issue des contrôles effectués, force est de constater que bon nombre des sociétés ne respectent pas les ratios. C’est ce qui justifie les nombreux plans de financement qui ont été examinés par la Commission régionale de contrôle des assurances qui est notre organe de contrôle et de surveillance des sociétés d’assurance. Toujours dans le souci d’assainir nos marchés et de préserver les intérêts des assurés et bénéficiaires de contrats, depuis l’avènement de la Cima en 1995, nous comptons 25 cas de retraits d’agréments dont cinq en 2009 et un en 2010.
Des mesures ont été également prises pour améliorer la solidité financière des sociétés. Il s’agit du relèvement du niveau minimum du capital social des sociétés anonymes et du fonds d’établissement des sociétés et mutuelles d’assurances. D’autre part, un règlement spécial a été pris par le Conseil des Ministres pour améliorer la gouvernance d’entreprise par une meilleure définition du rôle des organes de gestion.
Propos recueillis par Alain Georges Banassoubek, à Libreville
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