Jacques Bonjawo, ingénieur informaticien et diplômé MBA de l’Université George Washington, spécialiste des TIC et des pays en développement, dirige actuellement Genesis Futuristic Technologies. Il fut senior manager au siège de Microsoft de 1997 à 2006. Il a également contribué, avec le soutien de Bill Gates et de la Banque mondiale, au lancement de l’Université virtuelle Africaine dont il fut le premier président.
Il est l’auteur de Révolution numérique dans les pays en développement, l’exemple africain, paru cette année chez DUNOD. Nous recommandons vivement la lecture de ce livre qui met en exergue, à partir d’exemples concrets, les success-stories des TIC en Afrique : commerce électronique, télémédecine et cybersanté, TIC et enseignement, un couple gagnant, ainsi que cyberagriculture.
« Quand le président Kennedy a dit qu’on allait mettre l’homme sur la lune en moins de dix ans, il a mis les moyens et cela a marché. C’est cette détermination qui motive la population. »
En parcourant ces chapitres, on est surpris par le foisonnement d’initiatives. Parce qu’elles font le lien entre l’émergence économique, l’équité sociale et la préservation de l’environnement, les technologies de l’information et de la communication sont réellement au cœur du développement durable de l’Afrique. Après avoir présenté les enjeux et défis des TIC en Afrique, l’auteur nous invite à une analyse du modèle indien, notamment dans le domaine agricole, qui s’appuie sur ces technologies. Le dernier chapitre intitulé « la gouvernance : TIC et processus de démocratisation » est plus que jamais d’actualité si l’on tient compte du rôle joué par les TIC dans les soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte. C’est entre deux vols entre l’Afrique et l’Asie que nous l’avons rencontré à Paris.
Les Afriques : Quel est votre objectif ?
Jacques Bonjawo : Je suis un chef d’entreprise qui travaille davantage avec l’Afrique et qui s’efforce de mettre sur pied des projets dans le domaine des nouvelles technologies, notamment le e-learning (formation à distance) et la télémédecine, qui est mon dernier projet.
LA : Quand on lit votre livre, on ressent une véritable passion pour les nouvelles technologies. D’où vient-elle ?
JB : La passion vient de la chance que j’ai eu de travailler chez Microsoft avec des collègues créatifs. J’en suis d’ailleurs très reconnaissant à Bill Gates et à Microsoft. Il fallait ensuite mettre cette expérience au service de l’Afrique. Je suis passionné par les initiatives innovantes et les idées nouvelles. Je m’intéresse particulièrement aux start-up car elles offrent l’opportunité de relever les défis. Mon ambition est donc de travailler avec l’Afrique pour contribuer à l’émergence du continent.
LA : Pourtant les Africains eux-mêmes peuvent être des obstacles à la mise en place de projets innovants sur le continent. Dans votre livre, vous décrivez qu’un vice-président de la Banque mondiale, qui est Africain, a tout fait pour empêcher la naissance de l’Université virtuelle africaine (UVA).
JB : J’ai choisi volontairement de raconter cette anecdote. En effet, un vice-président de la Banque mondiale, originaire d’Afrique, était contre le projet de l’UVA. Sans le soutien sans faille du président de la banque de cette époque, l’UVA n’aurait effectivement pas vu le jour.
LA : Dans votre livre, on note une comparaison entre l’Afrique et l’Inde. Est-ce que ce pays peut être un modèle pour notre continent ?
JB : Il faut parfois comprendre un pays qui, dans certaines mesures, est plus pauvre que l’Afrique pour envisager être son modèle. Il y a plusieurs similitudes entre l’Inde et l’Afrique. Que ce soit d’un point de vue religieux, démographique, etc. La démographie est un atout pour le développement si la population est formée, comme c’est le cas en Inde, à la différence de la Chine où le modèle est fragile. D’ailleurs, le modèle tunisien était à l’image de la Chine à cause du manque de démocratie.
LA : A côté du commerce électronique, de la télémédecine, de l’e-learning, vous citez plusieurs exemples d’application des TIC au secteur agricole. L’actualité récente, avec la crainte des émeutes de la faim, démontre l’intérêt de ce secteur d’activité pour les pays en développement. En quoi la cyberagriculture, comme vous l’appelez, est-elle une solution pour l’Afrique ?
JB : Pourquoi ne pas imiter les Indiens qui ont utilisé les TIC pour améliorer les rendements agricoles ? Avec les nouvelles technologies, on a de meilleurs rendements, avec en prime la préservation de l’environnement. Les technologies permettent d’éliminer les intermédiaires qui coûtent cher. Ces derniers contribuent également à l’augmentation des coûts de production et de distribution. Les TIC jouent un rôle important en établissant un lien direct entre les parties prenantes.
LA : Dans le domaine climatique, vous évoquez aussi le rôle central des TIC en Afrique.
JB : Le changement climatique est un problème pour tous les pays. Il faut donc davantage de partenariat et de coopération entre les Etats. Il y a par exemple une collaboration entre la France et l’Inde pour un projet spatial de suivi du climat. Les autorités africaines doivent favoriser ce type de partenariat (la France collabore également avec le Gabon pour l’usage des satellites dans le cadre de la gestion durable de la forêt du bassin du Congo, NDLR). Il y a également une coopération entre les opérateurs télécom et l’Organisation mondiale de la météorologie pour un meilleur suivi du changement climatique en Afrique.
LA : Parlez-nous de vos projets de télémédecine sur le continent.
JB : Genesis Telecare est l’une des rares start-up africaines positionnées sur le créneau de la télémédecine. L’entreprise est déjà opérationnelle au Cameroun, et nous avons de bonnes perspectives de développement avec de nombreux projets d’installation dans d’autres pays.
LA : Dans votre livre, vous démontrez, par de nombreux exemples africains, comment les TIC peuvent accélérer l’émergence du continent. Dans le cadre des politiques publiques, quel est votre message à destination des décideurs africains pour transformer ce rêve en réalité ?
JB : Les TIC sont devenues incontournables et leurs effets bénéfiques sont plus marqués en Afrique, car la résolution des problèmes du continent coûterait très cher avec les technologies anciennes. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le développement relatif des TIC en Afrique n’est pas dû à un manque d’argent. Il résulte en effet d’un manque de vision et de volontarisme politique. La volonté ne doit pas se résumer un discours non suivi d’effets. Quand le président Kennedy a dit qu’on allait mettre l’homme sur la lune en moins de dix ans, il a mis les moyens et cela a marché. C’est cette détermination qui motive la population. J’invite donc les Etats africains à plus d’ambition dans le domaine des TIC.
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