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Financement : les PME-PMI africaines restent les plus mal servies

Bien qu’elles représentent 90% du tissu entrepreneurial, les PME-PMI africaines restent le parent pauvre des circuits de financement formels. 48% de ces entités considèrent le non-accès au financement comme le principal frein à leur développement.

Un modèle économique viable, mais un important manque de fonds propres… Tel est le verdict qui accompagne souvent les avis de liquidation des PME-PMI africaines. A en croire une récente étude de la Banque mondiale sur les circuits de financement des activités économiques en Afrique, des « dizaines de milliers » de ces entreprises, généralement définies comme étant des entités ayant un petit nombre d’employés et opérant de manière formelle ou informelle dans la production des biens et des services, périclitent chaque année pour un simple manque de fonds de roulement. Intitulée Making finance work for Africa, l’étude estime que le développement d’une classe de petits entrepreneurs sur le continent reste largement compromis par la frilosité excessive des acteurs de la finance.

48% des PME-PMI africaines considèrent, en effet, le non-accès au financement comme le principal frein à leur développement. Se basant sur une enquête menée auprès de seize banques, dans huit pays africains (Afrique du Sud, Ethiopie, Kenya, Malawi, Sierra Leone, Swaziland, Zambie et Zimbabwe), et de 64 banques actives dans 30 pays en développement hors d’Afrique, les experts de la Banque mondiale constatent que les volumes de financement servis par les banques aux PME sont plus limités en Afrique que dans les autres pays en développement. Dans l’échantillon de pays en développement non africains, les prêts destinés au financement des PME représentent, en moyenne, 13,1% du total des crédits bancaires, contre 5,4% dans les pays africains. Les crédits bancaires octroyés aux PME sont également plus coûteux en Afrique. Les banques africaines imposent des taux d’intérêt de 15,6%, en moyenne, à leurs meilleurs clients parmi les PME. Ces taux se situent à 11% dans les autres pays en développement non africains. « Les taux d’intérêt élevés observés sur le continent s’expliquent par le fait que l’activité de crédit aux PME semble plus risquée en Afrique que dans le reste du monde. En effet, la proportion de prêts non performants (PNP) sur le portefeuille de PME atteint en moyenne 14,5% en Afrique contre 5,5% dans les autres économies en développement », analyse Maria Soledad Martinez Peria, économiste à la Banque mondiale et spécialiste du secteur bancaire dans les pays en développement.

Manque d’alternatives au crédit bancaire

Outre la frilosité des banques, les PME-PMI africaines ne disposent pas d’assez de solutions de financement alternatives pour renforcer leur fonds propres. Le crédit-bail, le capital risque et le capital investissement restent encore peu développés, alors que les organismes de micro-crédit ne disposent pas de capacités financières suffisantes pour suivre leurs clients lorsqu’ils se développent. « Les systèmes financiers africains sont jusqu’ici dominés par les banques, ce qui laisse aux PME peu de marge de manœuvre dans la recherche de financements alternatifs aux concours bancaires », note Paul Derreumaux, président du groupe Bank of Africa.

Selon lui, la responsabilité de l’accès très limité des PME africaines au crédit est partagée entre les banques et cette catégorie d’entreprises, « dont les rapports ressemblent fort à ceux des vieux couples qui se font des reproches incessants, mais doivent vivre ensemble ».

La majorité des PME évolue dans le secteur informel ou semi-formel, et n’est donc pas en mesure de communiquer aux banques l’information habituellement requise (documents légaux, états financiers…) et de présenter des garanties solides.

De leur côté, la plupart des banques africaines continuent de souffrir d’une pénurie de départements spécialisés sur les PME, d’un manque de procédures adaptées à la modestie des informations financières et d’une faible capacité d’innovation en ce qui concerne les garanties acceptables.

Créer des institutions spécialisées

Pour réduire le fossé entre le système financier et les PME sur le continent, les experts plaident unanimement pour la création d’institutions financières spécialisées dans ce segment. « En réalité, ce qui manque en Afrique (…), ce sont des institutions spécialisées dans le financement des PME-PMI. On a su mettre en place, depuis une dizaine d’années, des structures assez bien adaptées aux besoins des micro-entreprises. Par ailleurs, la grande entreprise qui présente un bon projet trouvera toujours les sources du financement qui lui est nécessaire (marché financier, bailleurs de fonds, maison mère…). Il manque le maillon médian, pourtant essentiel, que sont les PME-PMI », indique Alain Le Noir, directeur général de Finances Sans Frontières et conseiller spécial du président du Club des dirigeants des banques africaines.

La « communication informelle » entre la banque et l’entrepreneur apparait également comme l’une des pistes à explorer pour améliorer la circulation de l’information. « La réputation de l’entrepreneur et sa proximité du banquier sont des éléments aussi importants que la qualité des états financiers transmis à la banque », estime Julien Lefilleur, chargé d’affaires à Proparco, filiale de l’Agence française de développement.

La forte asymétrie de l’information entre banquiers et petits entrepreneurs peut être, par ailleurs, compensée par une sécurisation satisfaisante des crédits, grâce aux fonds de garanties dédiés aux PME créés à l’initiative de bailleurs de fonds nationaux, panafricains ou multilatéraux.

Walid Kéfi, Tunis

Les Afriques

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