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Exploitation minière et la santé : Cette maladie silencieuse qui tue les mineurs

Honoré est un travailleur de la CEMOB. Après plusieurs années de chômage, il est actuellement employé dans une société minière du Burkina. Il souffre d’une maladie dont lui-même ne sait décrire. Sur recommandation des médecins, il a cessé de fumer, et de prendre l’alcool depuis des années. « C’est la toux et les maux de poitrine qui me fatiguent ». Celui-ci est inquiet et se fait des soucis pour son avenir professionnel avec cette maladie qui ne le lâche pas. Un mal qui le ronge à petit feu. Il affirme avoir fait recours à de nombreux cabinets de soins, des tradi-praticiens sans trouver un traitement approprié. « Ce sont des calmants qu’on me prescrit, puisqu’au bout de quelques mois ou au plus une année, le mal revient. » Au départ c’était des toux intenses, accompagnées de difficultés de respiration et de graves maux de poitrine. On avait lié sa maladie à l’alcool et à la cigarette, mais il se rend compte que certains de ses camarades souffraient des mêmes maux. Il est donc convaincu que sa maladie est probablement de type professionnel. Il pense qu’il a contracté cette maladie dans la mine.

Boureima lui est décédé en 2004. C’est un ancien mineur qui a exercé pendant longtemps dans certains pays. Selon son fils, la famille savait qu’il a été contaminé dans les mines, puisque certains de ses camarades présentaient les mêmes symptômes que lui. Il affirme que la plupart de ceux qui revenaient des mines mourraient peu de temps après la retraite. Ces déclarations sont soutenues par le secrétaire général du syndicat national des travailleurs de la géologie, des mines, et des hydrocarbures (SYNTRAGMIH), Lassané SIMPORE. Le nombre de décès constaté par Lassané SIMPORE est significatif et inquiétant. « Au moins cents de nos camarades sont décédés, avec une moyenne de dix décès par an. » Honoré lui poursuit ses traitements, mais il est conscient qu’il ne se relèvera pas définitivement de cette maladie.

Un de ses jeunes collègues mesure déjà les risques professionnels. Celui-ci reconnaît que des équipements de protection sont mis à leur disposition, mais le risque zéro n’existe pas à l’intérieur des mines. Honoré a ajouté que le risque dépend de l’activité exercée par chaque employé dans la mine. Selon les professionnels de la santé, l’exposition à la poussière qui contient des particules de minerais et d’autres substances est à l’origine des maux dont souffrent les mineurs.

Selon le Dr Médard BAMBARA, pneumonologue à l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO de Ouagadougou, les mineurs sont généralement affectés par la pneumoconiose. C’est une exposition prolongée et élevée à la poussière. L’évolution de la maladie dépend de la durée de l’exposition et de la quantité de poussière ou de particules inhalées. Elle n’est pas spécifique aux mines, mais les mineurs sont les plus exposés du fait de leur activité. La maladie se manifeste d’abord par la toux et les crachats. La toux s’installe peu à peu et devient chronique. C’est une maladie qui se montre très tard dans la vie du mineur. La pneumoconiose se développe durant une longue période, avec l’accumulation des particules et la perturbation du système de nettoyage et d’évacuation de la poussière qui se dépose dans le poumon.

C’est généralement « vers 10 ans que les symptômes apparaissent. » La toux provoquée par la pneumoconiose est caractérisée par non seulement sa nature chronique, mais aussi, elle survient surtout le matin. Elle affecte souvent le malade au moins trois mois par an pour ensuite demeurer définitivement. Elle possède l’individu, ne le lâche jamais et le précipite dans la tombe. Dr Médard BAMBARA avertit que la pneumoconiose n’a pas de traitement. Une fois que la maladie est déclarée, les traitements proposés ne peuvent plus guérir, mais seulement retarder la mort. Le spécialiste conclut qu’ « il n y a pas de traitement. » « Avant, nos parents qui revenaient des mines du Ghana souffraient de la même toux que les gens assimilaient à la tuberculose. » Pourtant il s’agissait de la pneumoconiose provoquée par leur activité pendant des années dans les mines. En effet, le Dr Médard explique que ces particules de poussières ou de minerais inhalés se déposent à l’intérieur des poumons. Les poumons sont dotés d’un tapis chargé d’évacuer toutes les impuretés qui se déposent sur les parois du poumon. Mais lorsque la quantité de poussière devient importante, entraînant une surinfection, on assiste à une défaillance de ce système d’évacuation. Ces particules stockées provoquent différents genres de complications.

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Les microbes simples ou « germes banales » ainsi que des bactéries, des champignons profitent de cette vulnérabilité pour infecter le poumon. Ces infections provoquent également d’autres maladies dont la tuberculose. Le minerai peut provoquer la formation d’acide qui détruit les parois du poumon. Lorsque l’individu ressent des difficultés de respiration, c’est le signe d’un dysfonctionnement des poumons. Selon le pneumologue, ce dérèglement des poumons refoule et comprime de l’air dans le thorax suscitant des douleurs intenses au niveau de la poitrine. Ce sont des douleurs qui font extrêmement mal. Les malades de pneumoconiose ne sont pas à l’abri de crise cardiaque et de mort subite. Elle provoque, une embolipulmonaire, une coagulation du sang dans les vaines pulmonaires. A l’endroit des travailleurs des mines, le Dr Médard BAMBARA préconise la prévention par des protections appropriées. C’est la seule bonne solution. La prise en charge précoce par des spécialistes est surtout recommandée aux patients.

Cependant, les médecins sont conscients qu’il existe des facteurs qui ne favorisent pas la prise en charge précoce. Selon le Dr Médard BAMBARA, les spécialistes sont au nombre de neuf (09) pour le Burkina dont sept (07) pour la ville de Ouagadougou. A cette insuffisance de ressource humaine s’ajoute, l’ignorance et la précarité. « La plupart va voir les généralistes, après avoir fait les centres de soins de proximité. » Les spécialistes sont les derniers recours. Honoré soutient les déclarations du médecin, mais précise que la précarité est la principale difficulté. Son licenciement l’a laissé sans soins. C’est sa nouvelle activité qui lui permet aujourd’hui de se soigner. Il se sent mieux. Honoré a vu certains de ses camarades mourir sans soins. Ils ont poursuivi leurs indemnisations depuis des années sans succès. « C’est maintenant que certains ont été réhabilités », a déclaré le Secrétaire Général de SYNTRAGMIH. Les travailleurs des mines n’avaient pas d’assurance maladies. La société n’avait pas mis en place un fonds pour la prise en charge des maladies professionnelles qui surviendraient au bout de plusieurs années. La pneumoconiose n’est pas la seule maladie professionnelle des mineurs. Selon le syndicat, la plupart des travailleurs malades souffraient des contusions musculaires dues à la fatigue, des maux d’yeux, du cancer. Il déplore les conditions de travail des mineurs. Les horaires sont contraignants. Les textes prévoient 40h par semaines et 1 jour de repos. Mais dans les sociétés minières du Burkina les travailleurs font 10h par jour, soit environ 60h par semaine. Le travail est intense, les travailleurs prennent les deux jours pour voyager entre base et la famille. Au canada, le secrétaire général déclare que la consigne respectée est de 4h de travail et 4h de repos.

Franck Régis TAPSOBA,

Sources : Mutations

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