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Détournements au Faso: vers une nouvelle politique?

C’est incontestablement la nouvelle de ce début d’année! Interpellé le premier jour de l’an, le Directeur général des Douanes du Burkina Faso, Ousmane Guiro, détenu dans les locaux de la gendarmerie nationale, est limogé illico presto par un décret du chef de l’Etat. Une célérité inhabituelle dans la gestion d’une telle affaire, qui laisse présager d’un tour de vis plus rigoureux dans la lutte contre les détournements de biens publics.

Les choses sont décidément allées bien vite dans cette affaire qui, on s’en doute, tiendra la vedette en ce début d’année 2012. Une grave affaire de détournement, qui porte sur la colossale somme de près de deux milliards de francs CFA, et dans laquelle le Directeur général des Douanes serait impliqué. Il faut encore attendre les conclusions de l’enquête diligentée par la gendarmerie et bien évidemment le verdict du procès qui pourrait en découler pour situer très précisément les responsabilités du présumé coupable.

Mais le moins que l’on puisse dire déjà, c’est que les faits imputés à Ousmane Guiro sont d’une insultante gravité. Des billets de banques à n’en plus savoir quoi faire, découverts dans des cantines, dans un domicile au secteur 18 de la ville de Ouagadougou! Il aura fallu que des jeunes de ce secteur de la capitale burkinabè fassent étalage de leur soudaine mégalomanie, dépensant sans compter de fortes sommes d’argent pour aiguiser le flair des gendarmes, dont il faut également saluer l’efficacité. Des investigations payantes qui débouchent sur… les cantines aux milliards! En confirmant, le 2 janvier, l’interpellation du Directeur général des Douanes, le commandant Hubert Yaméogo de la gendarmerie nationale a indiqué que M. Guiro «a été conduit à notre niveau pour les besoins de l’enquête». Avant d’indiquer que «les résultats ont été communiqués aux décideurs qui prendront les mesures qui s’imposent».

La première décision des «décideurs» est tombée du tic au tac. Un décret du chef de l’Etat limoge en effet, le même jour, le directeur général des douanes. Une célérité qu’il faut saluer et qui indique certainement que plus rien ne sera comme avant. En frappant immédiatement, Blaise Compaoré semble vouloir indiquer que cette année sera celle de la rigueur contre tous ceux qui se rendent coupables de détournements de fonds publics, au moment où le pays a besoin d’énormes ressources pour faire face à ses difficultés, dont certaines sont récurrentes. Il serait donc bien que cet avertissement sans frais ne reste pas juste un coup d’éclat, mais un réel changement de cap dans la lutte contre les abus de biens sociaux et assimilés, dans une République finalement réconciliée avec les normes d’une gestion efficace des ressources nationales.

L’arbre Guiro – et en attendant qu’il soit régulièrement déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés – ne doit pas cacher la forêt de la haute corruption qui gangrène la société, ni les gigantesques bosquets de détournements qui anémient l’économie et le développement nationale. En cela, le président du Faso, mais aussi tous les responsables institutionnels, chacun à son niveau, doivent jouer leur partition pour tordre définitivement le cou à l’impunité. Afin que tous ceux qui se croyaient jusque-là «intouchables» voient plus clairement la perspective qui s’offre désormais à eux d’être des locataires de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou.

Par Thierry Hot

Fasozine

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