Le Burkina a adopté la culture de contre-saison comme une alternative à la promotion de l’autosuffisance alimentaire. Des efforts de vulgarisation de cette culture hors hivernage, ont été consentis dans les zones fertiles où les producteurs bénéficient de l’appui du gouvernement . A Ouagadougou, beaucoup de familles vivent de ce maraîchage périurbain qui souffre du manque de cet appui technique et financier de l’Etat. C’est du moins l’avis des hommes et femmes qui s’adonnent à cette activité depuis des décennies dans la capitale burkinabè. Nous leur avons rendu visite dans la matinée du 9 avril dernier dans les parties marécageuses de la ville.
Le Burkina, pays essentiellement agricole mais moins arrosé, ne tarit pas de méthodes et techniques actives en vue de répondre aux objectifs (OMD) pour le développement. Parmi celles-ci, les cultures de contre-saison permettent d’atteindre l’autosuffisance alimentaire tout en jugulant le déficit céréalier parfois dû à la mauvaise pluviométrie. Dans cette perspective, le gouvernement, à travers ses services techniques, a encouragé et vulgarisé la culture de contre-saison dont le maraîchage. Elle se veut aussi une alternative à la lutte contre le chômage des jeunes et leur fixation dans leur terroir. Cette culture hors saison est beaucoup pratiquée à la périphérie des villes dans les zones fertiles. A Ouagadougou, des milliers d’hommes et de femmes s’adonnent à cette activité rémunératrice qui contribue à réduire la misère. A en croire plusieurs d’entre eux, ce travail est exaltant mais aussi angoissant. Ils disent n’être surtout pas encouragés par les structures de tutelle.
En effet, l’urbanisation sans cesse croissante de la capitale du Burkina est source d’expropriation de nombreuses familles de leurs champs. Celles-ci tiraient leurs revenus de la terre, notamment de l’agriculture et de l’élevage. Dans la quête de leur pitance quotidienne, ces autochtones terriens qui disposaient de terrains marécageux et non occupés par l’administration se sont vite reconvertis soit en jardinier, soit en « botaniste ». C’est alors que des zones fertiles et les abords des barrages de Ouagadougou sont envahis par ces cultivateurs urbains. Ils triment du matin au soir à la recherche de leur pitance, défiant les intempéries. Ces maraîchers de fortune dont l’âge se situe entre 17 et 60 ans vivent essentiellement de leur métier. Cependant, des inquiétudes existent chez les produceurs de légumes et plants de Ouagadougou qui s’interrogent sur la continuité de leur « boulot ». « Nous ne disposons pas d’assez de places pour bien produire. Pire, on menace de retirer le peu que nous occupons », s’inquiète Ousmane Nikiéma, jardinier-fleuriste.
En effet, les espaces verts occupés par ces cultivateurs de ville sont souvent des terrains déjà attribués à des particuliers ou à des institutions. Les occupants temporaires de ces lieux sont contre cet état de fait, car ils souhaiteraient avoir à eux ces terrains pour leurs activités. Les exploitants des rives des barrages de Baskuy sont les plus bouleversés depuis l’annonce par le gouvernement du démarrage bientôt des travaux de construction d’un échangeur. Les producteurs riverains ont été sommés de déguerpir pour faciliter les travaux. « Des gens sont passés nous prévenir de nous apprêter à libérer les lieux sans nous dire où nous devons aller », a affirmé Salamata Ouédraogo, une sexagénaire.
Pour parer à ces désagréments et défendre leur cause, ces maraîchers dont des veuves et des déflatés sont réunis en association. L’association Tiis-la Saaga en n’est l’exemple, la construction de son siège a été financée par le PNUD, a en croire Léon Tiendrébéogo, producteur de plants et fleuriste. Ces producteurs reconnaissent également par ce regroupement avoir bénéficié de l’appui du système des Nations Unies (PNUD) à travers la FAO. Il les aurait dotés il y a un an, d’outils de travail comme des accessoires et des intrants agricoles, suite aux inondations du 1er septembre. Pour ces travailleurs de terres fertiles, les autorités en charge de l’agriculture et les responsables municipaux feignent d’ignorer leur existence. « Depuis trente ans que j’exerce mon activité, personne, en dehors des étudiants qui viennent s’imprégner de notre travail, n’est venu nous voir, a fortiori nous soutenir », s’indigne Pierre Nikiéma qui souhaite qu’à l’exemple de la FAO, les services techniques du ministère de l’Agriculture les assistent pour la promotion de leur activité. Le ministère de la Jeunesse et de l’emploi a également été interpellé par les producteurs qui reconnaissent à une certaine époque avoir eu un droit d’égard. « Nous avons été jadis installés par l’ex-maire de nongr-massom Dieudonné Compaoré qui avait une oreille attentive à notre endroit », a dit Adama Guissou, fleuriste. La plupart de ces maraîchers disent renouveler leur plants trois fois avant la saison pluvieuse et se réclament acteurs de base dans le processus enclenché pour le reboisement et le reverdissement du Burkina. « Nous avons plusieurs commandes de plants émanant de certaines structures ou associations », a dit Adama Guissou. Il pense que les autorités communales ne font rien pour les accompagner dans leur travail. « La fois dernière, pendant que je travaillais sur le site, un chinois est venu me dire de quitter les lieux. N’ayant rien compris, je l’ai convoqué devant le maire Zakaria Sawadogo qui m’a donné 72 heures comme délai pour quitter les lieux », nous a confié M. Guissou.
Jardiniers entre aliénation et désespoir
Sur cette banlieue verte, le mode de production est soit par bouturage, soit par ensemencement ou encore par greffage. C’est ainsi qu’on y distingue ça et là, du maïs, des choux, des carottes, des tomates, des oignons, etc. Dans l’espace botanique, s’offre une diversité de plants et fleurs dont des manguiers, des goyaviers, des flamboyants, des baobab, etc. Le manque d’eau, d’outils de travail, d’intrants, sont entre autres des problèmes que rencontrent les producteurs aux moyens limités. Ceux-ci sont également victimes de nombreux vols de légumes dans la nuit. C’est ce qui a contraint certains maraîchers à avoir une préférence pour certains légumes dans leur production. C’est le cas des légumes communément appelés « bleue-bleue » et qui sont beaucoup cultivés parce que moins prisés par les voleurs. « Entre temps, nous nous sommes résolus à passer la nuit dans nos jardins, mais nous avons arrêté parce que les forces de sécurité nous confondant avec les bandits nous embarquaient lors de leur patrouille », a expliqué Salamata Ouédraogo, productrice. Si cette activité nourrit son homme à Ouagadougou, elle souffre d’encadrement et est menacée de disparition dans les centres urbains. « Il eut un moment où les maires d’arrondissement avaient décidé de renvoyer les maraîchers et les fleuristes hors de la ville de Ouagadougou », s’est rappelé Adama Guissou. Quant au marché de légumes et de plants, il se porte tant bien que mal, même si beaucoup de producteurs n’arrivent pas à écouler tous leurs produits. Le travail est jugé très aliénant car il faut quitter très tôt son lit et rentrer très tard le soir. Après 20 à 25 jours de semence pour les choux, il faut attendre 70 à 90 jours pour espérer les mettre sur la place du marché. Il n’en est pas moins pour les plants et les fleurs qui prennent un à six mois et dont les prix varient d’un plant à un autre ou selon la quantité commandée. Les clients, sont issus des structures environnementales, des détenteurs de maquis ou des propriétaires de cours et des lieux publics. Sur cette partie emblavée de Ouagadougou, les meilleurs producteurs sont ceux qui disposent du matériel approprié comme des motopompes, du maximum de puits pour irriguer conséquemment leur jardin. Pour faire recours aux puisatiers, il faut débourser au minimum 2000 à 25000 f selon la largeur, la profondeur et la qualité du puits. Interviennent également dans l’entretien des plants et légumes, les pesticides et les engrais qui varient de 1750 à 2000 f, pour les premiers et 350 à 400 f pour les seconds. Vivement que les structures compétentes volent aux secours de ces producteurs qui contribuent à enrichir le panier de la ménagère et à la lutte contre la pauvreté.
Par Armel ILBOUDO
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