Les difficultés d’approvisionnement en énergie électrique que connaît le Burkina sont historiques de par leur ampleur. Et la récente visite en terre ivoirienne d’une délégation burkinabè avec, à sa tête, le ministre Kader Cissé montre bien que le courant a du mal à passer au pays des Hommes intègres. Du reste, les résultats obtenus à l’issue de ce voyage électrique n’ont visiblement pas satisfait les demandeurs. Mais ces derniers avaient-ils seulement le choix, vu qu’ils étaient (sont) dans une position inconfortable!
Les missionnaires sont revenus avec, dans leurs bagages, un peu de kilowatts aimablement offerts par leurs partenaires éburnéens. C’était à prendre ou à laisser: entre «15» et «25» pour commencer, selon les sources officielles. C’est-à-dire à peine de quoi satisfaire un petit tiers des besoins des Burkinabè. Par la suite, et en fonction des périodes définies ou plutôt imposées par Abidjan, la main «généreuse» pourrait s’ouvrir davantage, au nom des bonnes relations qui, dit-on, lient les deux pays.
Oubliés les 50 milliards de francs CFA d’investissements investis dans l’interconnexion, et présentés à l’époque comme la grande bouffée d’oxygène. Oubliés également les discours triomphateurs!
Quid du contrat signé entre les parties ivoiriennes et burkinabè? On en reparlera une prochaine fois, lorsque les conditions seront propices à un débat équilibré entre parties en affaires. Le plus urgent pour les autorités burkinabè, c’était de parvenir à limiter les dégâts et les «départs» (disons plus simplement les délestages) dont les conséquences sont très désastreuses pour l’économie nationale.
En effet, les humeurs changeantes de l’électricité sont loin d’avoir apporté la sérénité, à la veille de la célébration des festivités du cinquantenaire de l’(in)dépendance du Burkina qui auront lieu à Bobo-Dioulasso. En s’adaptant à la situation avec des fortunes diverses, le citoyen lambda supporte la facture sociale de ces désagréments. Et lorsque l’Etat est incapable de réguler correctement la circulation, du fait de la modicité de ses moyens de réaction, c’est encore lui qui prend ses responsabilités. Au risque d’alimenter la polémique politicienne.
Quant aux entreprises et aux personnes morales, elles ont aussi leur part de frais à supporter. Certes, le marché des groupes électrogènes a pu trouver dans cette période de flottement de quoi tirer son épingle du jeu, mais rien n’est gagné et le débat reste entier.
A cet égard, l’irruption presque spontanée sur la place publique d’entreprises désireuses de fonctionner (en partie) à l’énergie solaire ne trompera personne. Le Faso énergétique se cherche une porte de sortie honorable.
Au sein de la classe dirigeante, les contradictions le disputent à l’embarras. Battu en brèche, il y a quelque temps de cela, parce que trop cher ou incompris par les populations, disait-on, le solaire est désormais à l’honneur. La raison semble évidente à trouver, les autorités ont plus que jamais le dos au mur.
En principe, et selon les termes de ce compromis très (ouest)africain, la Côte d’Ivoire devrait avoir relâché la pression. Question de permettre à son voisin de sortir un peu de l’obscurité, pour affronter le légendaire soleil d’avril, dont on connaît l’extrême rudesse. Bien entendu, et on le devine aisément, le respect à la virgule près de cette parole donnée à Abidjan par le régime frontiste demeure conditionné par une donnée essentielle: que les Ivoiriens voient leur propre situation s’améliorer, à défaut de ne pas se dégrader au-delà du niveau actuel de rationnement imposé par la CIE. Sinon, ce sera rebonjour les «trchi, trcha»! Avec pour conséquence ces interminables attentes de courant dans les foyers et dans les administrations, ponctuées par des récriminations de toutes sortes.
En effet, et c’est bien à ce niveau que réside le problème, le Burkina, en difficultés, s’est mis en ménage avec un pays en crise. A la manière de l’aveugle qui se laisse conduire par un autre plus ou égal à lui, il s’en est remis à ce qu’il pensait être le moindre mal: s’accrocher à toute possibilité d’ouverture, aussi maigre soit-elle. Malheureusement, il fallait aussi et surtout compter avec la viabilité de nos constructions micro-étatiques, dont le niveau de rentabilité reste parfois marginal, approximatif, voire inexistant tout simplement.
Cet écueil aurait pu être surmonté grâce à une intégration communautaire réussie. Mais hélas, celle-ci est encore trop théorique, tant elle se heurte sur le terrain à des susceptibilités nationalistes pour le moins anachroniques. La faute (sans doute) aux politiques – à ces politiques – qui impriment leur rythme et leur volonté à la marche de leur continent.
A. Traoré
Source : journaldujeudi.com




