En attendant que les chefs d’Etat de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) se décident enfin à trouver un successeur au malien Soumaïla CISSE, le président sortant depuis février 2010 s’est offert une « tournée de remerciement » dans tous les États membres qui s’est achevée le week-end dernier à Ouagadougou où siège la commission.
Une manière subtile de prendre de l’avance sur sa précampagne pour la présidentielle malienne d’avril 2012 prochain.
Malgré son « exil » ouagalais, le candidat quasi désigné de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) n’a pas moins profité de son poste pour mieux se positionner et promouvoir certains de ses anciens et futurs collaborateurs. Aussi, au moment où il fait ses bagages, des cadres de la Commission auraient souhaité voir sa gestion des ressources humaines et financières passer au crible d’un certain audit. Mais la plupart d’entre eux semblent se contenter de ruminer leurs frustrations dans le silence. Et pourtant, tout le monde gagnerait à voir briser la glace qui entoure la maison de verre du 380 Avenue Joseph-Ki-Zerbo.
Après plus de 8 ans passé à la tête de la Commission de l’UEMOA, Soumaïla Cissé peut certainement se satisfaire d’avoir non seulement accompli deux mandats, mais d’avoir bénéficié d’un bonus qu’il n’a pas nécessairement demandé, mais qui lui est tombé dessus ou du ciel (c’est selon) suite aux cacophonies indues au sein de la conférence des chefs d’Etat suite à la crise ivoirienne.
En effet, c’est en février dernier qu’il aurait dû officiellement rendre le tablier. Il a pu bénéficier d’une première prolongation jusqu’au 30 mai, date à laquelle les 8 têtes couronnées de l’Union ont enfin désigné ou confirmé les membres de la nouvelle commission. Pour la désignation du président, ils se hâtent toujours lentement. Mais ce jeu de pas bloqués ne saurait dépasser le deadline de ce 1er septembre où la cour de justice de l’organisation reçoit la prestation de serment des commissaires entrants. Il faut absolument trouver un successeur à Cissé, dans les meilleurs délais. A moins que les chefs d’Etat n’optent pour un intérimaire en attendant de voir plus clair dans les candidatures nigérienne et sénégalaise déjà en piste. Au siège de la commission à Ouagadougou, on n’est pas moins pressé d’en finir avec le « régime » de Soumaïla Cissé et surtout avec ses « hommes ».
Selon les indiscrétions que distillent les murs du siège, l’homme ne se serait pas fait prier pur recruter, à la pelle, ses compatriotes à des postes clés. Et cela n’a pas manqué de faire jaser. On lui reprocherait même d’avoir créé, de toutes pièces, des postes qui n’existeraient pas dans l’organigramme de la commission et de les faire valider par la suite. Ainsi, son directeur de cabinet- que des langues trop pendantes traitent de « vice-président » – aurait été directement coopté par lui. Progressivement, il lui a donné le plein pouvoir pour « régner » parfois à sa place. Et le Dir-cab ne s’est apparemment pas privé de jouir de ses pouvoir, notamment dans le recrutement du personnel destiné à l’appui des commissions, comme les secrétaires.
Suite aux critiques qui fusaient de toutes parts, le président a fini par trouver un poste plus conventionnel à son « protégé », celui non moins stratégique de directeur de cabinet du Commissaire chargé du département des services administratifs et financiers.
Un autre « homme de main » a été positionné, dans un premier temps comme « conseiller spécial ». Progressivement, celui-ci a été métamorphosé en directeur de la communication et des archives, suite à une décision discrétionnaire de son mentor. La chose serait peut-être passée inaperçue si une autre jeune communicatrice, débarquée de Bamako, n’avait pas également atterri dans le même service de communication, au grand dam des procédures de recrutement habituelles.
Curieusement, ces parachutages se sont passés au nez et à la barbe des commissaires et des hauts cadres de la Commission qui préfèrent garder le cadenas sur la langue pour ne pas courroucer le patron et ses lieutenants. Une situation qui aurait poussé les partisans du « Mange et tais-toi » à pousser le bouchon jusqu’à offrir une « enveloppe d’une brique » au nom de la
Commission de l’Uemoa au fils du grand boss à l’occasion de son mariage à Bamako. Un véritable mélange de genres qui frise la gabegie dans une institution sous-régionale supposée donner l’exemple de la bonne gouvernance. Pire, on ne compterait pas le nombre de fois où des véhicules immatriculés sous le sceau de l’institution auraient été aperçus parfois lors des meetings politiques au Mali. Et pourtant, un consultant, venu également du Mali, avait été commis pour un « audit des activités financières de la Commission ». Mais les résultats de ce boulot – qui aurait été payé à coups de millions – n’auraient servi à rien d’autre qu’à meubler les tiroirs de cette institution qui apparaît comme une ruche à gros salaires. Il suffit de jeter un coup d’œil dans le parking de la commission pour se rendre compte du nombre de voitures rutilantes qui appartiennent à de jeunes cadres qui ont à peine une année de service. N’est-ce pas parce qu’on est « grassement » payé à l’UEMOA que tous les moyens sont bons pour y caser ses protégés ? En la matière, d’autres exemples sont légion, même si les langues ont encore du mal à se délier.
Soumaïla Cissé a probablement un peu trop la tête dans la campagne présidentielle qui l’attend au Mali pour se préoccuper de son bilan à la tête de la Commission de l’UEMOA. Mais en permettant au président d’une institution sous-régionale aussi stratégique de continuer à faire la politique dans son pays, au cours de son mandat, n’ouvre-t-on pas la porte à toutes les dérives ? Telle est la question.
Par F. Quophy | Source : Journal du Jeudi n°1041




