Le climat se gâte, de plus en plus, à la Croix-Rouge burkinabè. Déjà, en mars 2001, une affaire de 674 millions, disparus de la caisse, avait éclaboussé, de fort mauvaise manière, certains responsables de cette ONG. Et elle continue de faire des vagues, le dossier n’ayant pas encore été élucidé. Une autre affaire, tout aussi grave, vient d’éclabousser cette structure dirigée, depuis 25 ans, par Bana Ouandaogo. Des fonds, virés par un partenaire européen, ont été engloutis par la gestion opaque qui règne à la Croix-Rouge burkinabè.
Le Centre sur le changement climatique (CCC) doit être sans doute en train de se mordre les doigts. L’argent transféré à la Croix-Rouge burkinabè pour des sessions de sensibilisation sur les risques potentiels des changements climatiques, serait porté disparu. Au cœur de cette grosse affaire, le Directeur national de cette ONG, Wéléti Maïga. Voici la petite histoire: il a signé, selon des sources concordantes, un protocole d’accord avec le Centre sur le changement climatique sans qu’aucun autre membre de la Croix-Rouge burkinabè n’en soit informé. Ni le Conseil de direction, habilité à statuer, au préalable, sur les offres de partenariats et les différents accords, ni la présidente de la Croix-Rouge burkinabè, habilitée à apposer sa signature sur les différents documents suite à l’approbation du Conseil. C’est le flou total !
Mais, petit à petit, les cartes vont se révéler au grand jour. L’affaire a fait tilt lorsque le bailleur de fonds s’est rendu compte que l’activité en question n’avait jamais été réalisée. La panique s’est aussitôt installée au sein de la Croix-Rouge burkinabè. Le Directeur national s’est alors empressé d’expédier au partenaire un rapport. Et il affirme, sans coup férir, que l’argent transféré a bel et bien été reçu, mais n’a pas été dépensé. Le hic, c’est qu’au sein de la Croix-Rouge burkinabè, personne d’autre n’était au courant de ce transfert. Le Secrétaire administratif et financier, Abou Ouattara, sommé, en octobre 2009, de s’expliquer sur cette affaire, a levé un coin du voile: «Très sincèrement, c’est un programme dont je n’avais pas été informé au départ. Je n’avais pas d’information sur l’existence d’une telle activité à mener par la Société nationale et encore moins qu’elle a été financée. Ce dont j’avais connaissance, c’est la mission que le Directeur national a effectuée à Amsterdam sur ce sujet. Je n’ai donc pas su que, par la suite, il y a eu un financement pour mener des activités sur le changement climatique». Mais il ne s’arrête pas là. Il avoue n’avoir jamais reçu d’avis de la part de la banque concernant cette somme transférée. Et il affirme qu’il n’aurait rien su de tout cela si, un jour, le Directeur national ne lui avait pas porté la puce à l’oreille. Mais c’était à une période bien particulière: «Lorsqu’un jour, j’ai reçu l’information du Directeur, j’ai été d’abord étonné; ensuite, je lui ai demandé la période, le compte sur lequel cette somme avait été transférée et le montant. C’était au moment où le partenaire avait demandé les rapports relatifs à l’activité. Il m’a répondu que ce devait être vers le mois de juin 2007 et qu’il s’agissait d’un montant d’environ 1 500 000 FCFA». Il affirme, en outre, qu’ «aucune dépense n’a été effectuée, dans le cadre de ce programme, sur le changement climatique, à mon niveau». Mais comment se fait-il qu’il y ait autant de mystères sur cette somme ? Est-ce seulement 1, 5 million de francs CFA ?
«Un compte ouvert à zéro franc»
Dans les locaux de la Croix-Rouge, cette affaire dégageait de plus en plus d’odeurs nauséabondes. Le Directeur national a tenté de recoller les morceaux, en vain. Allant même jusqu’à adresser une note confidentielle au bailleur de fonds. Il a tenté de convaincre ce dernier, avec moult explications, mais sans succès. A force de vouloir, coûte que coûte et vaille que vaille, sauver les meubles, il a fini par révéler, au grand jour, une grosse défaillance de la Croix-Rouge burkinabè en matière de gestion. Voici un morceau de son écrit: «Le premier virement est parvenu sur le compte de notre Société nationale en décembre 2007, mais nous avons su cela au mois de mars 2008. La raison est simple: lorsque j’ai reçu, de votre part, le mémorendum signé en juin 2007, j’avais négocié avec notre banque pour l’ouverture d’un compte spécifique, mais à zéro francs. Le compte n’était donc pas activé. C’est la raison pour laquelle nous ne recevions pas les relevés mensuels. Lorsqu’au mois de février 2008, j’ai demandé à notre service financier d’aller négocier la fermeture de ce compte, le gestionnaire de nos comptes à la banque nous avait demandé d’écrire pour indiquer alors dans quel compte nous souhaiterions transférer les fonds qui sont dans ce compte. Comme le compte est resté inactivé, la banque avait omis de nous envoyer les relevés périodiques mensuels. Après vérification au niveau de la banque, il s’est avéré que c’est un transfert que nous avions reçu du Centre sur le changement climatique depuis juillet 2007. C’est aberrant, mais c’est comme cela que les choses se sont passées», explique-t-il. Vraiment aberrant ! Mais les choses se sont-elles réellement passées ainsi ? Mystère et boule de gomme.
«Qu’avez-vous fait de cette somme ?»
Selon des sources proches du Centre sur le changement climatique, cet argumentaire du Directeur national «n’a convaincu personne». Pire, au regard de la gravité du problème, il aurait adressé au bailleur de fonds, des «documents justificatifs qui n’avaient rien à voir avec le projet correspondant aux fonds transférés». En réalité, il a rassemblé des documents d’autres activités réalisées par la Croix-Rouge, ayant un certain rapport avec le changement climatique, et les a expédiés au bailleur de fonds. Comme si c’était l’argent transféré qui avait permis de les réaliser. Il avait pourtant affirmé, au préalable, que les fonds virés par le partenaire européen de la Croix-Rouge burkinabè n’avaient pas été dépensés. Où sont-ils alors passés ? Cette question était assez embarrassante. Mais il fallait rapidement trouver une réponse, afin d’éviter que les choses n’aillent de mal en pis. Voici, à ce sujet, la réponse du Directeur national: «Théoriquement, ils sont toujours en termes de crédits sur notre compte courant, car aucune écriture ne mentionne que ces fonds ont été débités». Mais pratiquement, la situation est beaucoup plus corsée. Cette liquidité existe-t-elle réellement sur le compte ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, aux yeux du Conseil de direction de la Croix-Rouge burkinabè, c’est le flou total. On ne sait pas vraiment où sont passés les fonds. Le Conseil, acculé par le partenaire financier, s’est vu obligé d’adresser une correspondance au Directeur national , le sommant de s’expliquer sur cette affaire à forte odeur de détournement: «Lorsque vous déclarez dans le rapport adressé au partenaire que l’argent transféré n’a pas été dépensé, qu’avez-vous fait de cette somme ?». Voici sa réponse: «Théoriquement», «ces fonds n’ont pas été dépensés à ce jour». Pourtant, de sources proches du dossier, la question du Conseil de direction est suffisamment claire. Et montre bien que les membres de la sphère dirigeante de la Croix-Rouge, à l’exception du Directeur national, ne savent pas où est passé cet argent. Ce dernier a finalement été licencié. Mais dans des conditions très louches. Son acte a d’abord été qualifié de «faute lourde». Puis, suite à des pressions multiformes, on est passé à «faute grave». Allant même jusqu’à lui octroyer une prime de licenciement de six millions de francs CFA. Et comme il fallait s’y attendre, cette situation a offusqué certains partenaires de la Croix-Rouge burkinabè.
D’ailleurs, certains d’entre eux avaient déjà claqué la porte il y a quelques années. Tellement ils avaient marre des pratiques malsaines au sein de cette ONG. Et à juste titre. La Croix-Rouge burkinabè traîne, comme un boulet, la triste affaire de 674 millions de francs CFA «détournés» par certains de ses membres. Le dossier traîne en Justice. Sans procès. Pourtant, l’instruction est terminée depuis 2007. Les bailleurs de fonds, eux, sont complètement désemparés. Ils n’arrivent toujours pas à comprendre pourquoi cette ONG à but humanitaire, qui aurait donc dû montrer le bon exemple, se soit embourbée dans cette sombre affaire. Le hic, c’est que les différents audits réalisés sur la gestion de cette organisation ont révélé de graves dysfonctionnements. Et si rien n’est fait, la structure, dirigée par Bana Ouandaogo depuis 25 ans, sans alternance aucune, risque de sombrer. Et de fort mauvaise manière.
Par Hervé D’AFRICK
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Les petites affaires louches de la Croix-Rouge burkinabè
L’opacité règne, en maître, dans la gestion comptable de la Croix-Rouge burkinabè. Après les malversations sur les 674 millions, entre 1997 et 2000, cette ONG semble avancer, les yeux bandés. En 2004, un audit, réalisé par le cabinet Deloite, a révélé de graves problèmes. Morceaux choisis: «La Croix-Rouge burkinabè ne dispose pas de base de données comptables des exercices antérieurs à 2004. Elle n’est donc pas en mesure de présenter une situation financière cumulée au 31 décembre 2004 permettant d’avoir une situation patrimoniale de la société depuis sa création». La rubrique «frais opérationnels» fait état de dépenses non justifiées. Voici, à ce sujet, un exemple de dépense effectuée par la Croix-Rouge burkinabè: «1 387 600 FCFA correspondant au coût d’achat d’un billet d’avion pour la présidente en vue de ses soins en France. Cette dépense ne rentre (pourtant) pas dans le cadre d’une activité de la Croix-Rouge du Burkina Faso», souligne le rapport d’audit. Il y a aussi cette phrase lourde de sens: «La comptabilisation des salaires nets, en lieu et place de l’ensemble des charges salariales et des retenues opérées, est contraire aux règles et méthodes comptables». De plus, «des insuffisances significatives relevées sur les procédures et le contrôle interne relatifs aux opérations de caisse des unités économiques ne nous permettent pas d’avoir une assurance sur l’exhaustivité des recettes comptabilisées». Bref, la liste est longue, très longue. L’audit SGS, réalisé en 2009, montre que la gestion financière ne s’est pas améliorée au fil des ans. A la page 5, par exemple, le rapport cloue au pilori la Croix-Rouge burkinabè: «La pérennité de l’organisation elle-même est en jeu si les questions identifiées mentionnées ci-dessous ne sont pas traitées: il n’y a pas de planification à long terme de génération de ressources hors donateurs; la gestion comptable et financière est déficiente de manière générale; les états financiers de l’organisation ne sont pas établis et, par conséquent, pas audités; un inventaire fiable n’existe pas. De même qu’un logiciel de comptabilité et un système informatique fiable». Même le volet gestion de l’intégrité, qui comprend les 7 principes de la Croix-Rouge et un code de déontologie, est en pleine décadence. Et la situation va de mal en pis. La Croix-Rouge burkinabè est actuellement en conflit avec la Caisse nationale de sécurité sociale. L’ONG doit payer, au titre des cotisations sociales des travailleurs, au total 57 millions de francs CFA. Elle aurait pu le faire au fil des années, mais elle a laissé la situation pourrir. La CNSS a finalement été obligée de la traîner en Justice.
Hervé D’AFRICK
Le Reporter




