Modernisation de la Direction des moyennes entreprises (DME), objectifs de recouvrement pour 2012, incivisme fiscal, politique de soutien de la DGI aux PME, etc. Sans détour, le directeur des moyennes entreprises répond à ces préoccupations. Adama Sanou dresse également le bilan de la réforme de la DME qu’il conduit depuis septembre 2010. Il reconnaît enfin que, nonobstant un contexte difficile l’an passé, sa direction a pu collecter plus de 34 milliards de F CFA auprès de 3000 contribuables, en l’occurrence les moyennes entreprises du Centre.
Sidwaya (S.) : Vous avez été porté à la tête de la direction des moyennes entreprises du Centre en 2010 dans un contexte marqué par la modernisation et la réforme de l’institution. Aujourd’hui, quel est le bilan qu’il vous est possible de dresser sur ce processus de modernisation et de réformes ?
Adama Sanou (A.S) : Merci de me donner la parole pour parler de la direction que je pilote depuis maintenant 15 mois. En effet, je suis arrivé à la tête de cette structure le 23 septembre 2010. Le bilan à ce jour peut être résumé en deux points :
– d’abord, celui du processus de modernisation qui a consisté en une réorganisation de la structuration de la direction ;
– ensuite, une amélioration sensible du niveau de réalisation des prévisions de recettes.
D’une division des moyennes entreprises et au regard de son importance, les premières autorités du ministère de l’Economie et des Finances ont élevé cette structure au rang de direction dont je suis le premier directeur. Aussi, dans le cadre de la réforme, il y avait une réorganisation de la structure de la direction qui fait que nous sommes passés à des services organisés en différents bureaux. Les attributions des agents ont été redéfinies. Par exemple, un contrôleur des impôts n’est plus compétent pour mener des activités de contrôle sur pièces. Un bureau dénommé « services aux contribuables » est désormais dédié à l’amélioration de la qualité des prestations offertes aux contribuables : rapidité, fluidité et courtoisie sont le leitmotiv. L’encaissement des recettes, la délivrance de documents et l’enregistrement des marchés sont assurés par des bureaux situés au rez-de-chaussée. On a une brigade de vérification, des enquêtes et des recherches qui était auparavant une brigade de contrôle ponctuel, sous l’ancienne division fiscale des moyennes entreprises.
Au niveau de ce maillon chargé de la vérification des entreprises de la DME, on trouve des équipes d’inspecteurs qui dirigent. Ces équipes intègrent les contrôleurs qui sont associés au travail de vérification parce que c’est également par ce canal qu’on assure la formation continue de ces contrôleurs afin de leur permettre d’envisager les concours professionnels qui feront d’eux les inspecteurs de demain.
A la recette des impôts chargée des poursuites et des encaissements, nous avons demandé aux agents de la clarté et d’entretenir le dialogue avec les contribuables pour éviter que l’administration apparaisse à travers la DME comme une structure qui persécute les contribuables. Aujourd’hui, nous avons senti une amélioration dans cette façon de faire et la réforme a conduit à créer à ce niveau un bureau chargé de la comptabilité qui assiste le receveur des impôts.
Cette réforme n’aurait eu de sens que si effectivement elle a contribué à améliorer les performances de la direction des moyennes entreprises. Certes, les débuts de sa mise en œuvre ont connu des balbutiements. Mais le taux de réalisation est largement satisfaisant.
D’un montant d’environ 30 milliards en 2010, la réforme nous a permis d’atteindre aujourd’hui des réalisations à hauteur de 35 milliards en fin 2011 même si nous estimons n’avoir pas atteint ce qui devait être réalisé par la direction des moyennes entreprises du Centre pour le budget 2011. Malgré un contexte difficile, le taux de recouvrement a enregistré une progression moyenne de plus de 15%.
S. : Quel est l’enjeu de la réforme et qu’est-ce que vous avez appris fondamentalement dans sa mise en œuvre ?
A.S. : Dans la mise en œuvre de cette réforme, nous avons tiré essentiellement deux grandes leçons. A savoir que la première richesse d’une administration, c’est la confiance que la hiérarchie se doit d’avoir vis-à-vis des acteurs à la base. Quelque part, nous avons senti cet accompagnement des premiers responsables de la Direction générale des impôts. C’est un accompagnement concret, un soutien moral, intellectuel, physique et matériel en ce sens que la DGI n’a pas des moyens en excédent mais, chaque fois, on a senti cet effort d’accompagner cette modernisation. La hiérarchie aux impôts a compris que la première ressource, c’est l’homme. Tout part de l’homme et tout finit par l’homme. Le défi que nous avions, à savoir réaliser un changement dans la structure de la DME et produire en même temps des résultats, nous pensons que c’est l’accompagnement de la hiérarchie qui nous a permis de faire de grandes choses. Le second enseignement vient de la démystification du complexe d’infériorité que nos cadres nationaux ont souvent eu pensant que le salut ne peut venir que des experts internationaux. Donc, la réforme de la DME a été pour nous l’occasion d’avoir des échanges francs et directs avec les experts de « Afritac » de l’Ouest venus de Bamako au titre de plusieurs missions qui se sont déroulées à Ouagadougou. Les missions se suivaient mais ne se ressemblaient guère au fur et à mesure de la mise en œuvre de la réforme. Les critiques vis-à-vis de la manière de mener la réforme ont évolué d’un sens négatif vers des appréciations très positives qui ont permis au Burkina de constater que quelque chose était en train d’être fait parce que d’autres voix autorisées de la maison vous diront si besoin en était. Une mission béninoise a séjourné à Ouagadougou pour s’inspirer de l’expérience burkinabè parce que l’expert FMI qui accompagnait la réforme au Burkina s’en était fait l’écho.
On peut donc dire que le succès est assuré. C’est pour dire par rapport à la première leçon dont je vous ai parlé que c’est simplement un complexe qui fait que nous pensons que ce qui peut venir de nous-mêmes n’est pas spectaculaire. Ces missions nous ont convaincus que l’administration fiscale burkinabè a en son sein des experts, même si ce ne sont pas des experts certifiés norme ISO 9100.
S. : L’analyse des performances de la DGI montre que votre direction se situe en 2e position immédiatement après la DGE en termes de mobilisation de recettes fiscales. Sur quoi s’adosse une telle performance et quel a été l’impact de la réforme sur vos performances.
A.S. : La réforme a permis de découvrir un autre pan de la fiscalité, à savoir qu’il existe un potentiel fiscal que constitue le contribuable mais aussi la manière dont celui-ci est géré.
La DME du Centre est la deuxième pourvoyeuse de recettes au sein de la DGI.
S. : D’où tirez-vous votre force ?
A.S. : De la confiance et la mobilisation du personnel. A la DME, nous sommes une équipe. Il y a un directeur et 4 chefs de service, un personnel qui met en œuvre les orientations qui nous sont assignées à travers la lettre de mission de monsieur le directeur général des impôts. Le directeur doit être un meneur d’hommes. Il faut savoir déterminer les objectifs et orienter les agents vers ces objectifs et voir comment valoriser le potentiel de chacun.
Là, l’esprit d’équipe permet de faire beaucoup de choses. Mais la clé de voûte de ce succès est que la DME-Centre est cette direction qui a un nombre assez élevé de contribuables qui évoluent dans le régime du réel normal d’imposition. Ça veut dire que les contribuables qui sont du ressort de la DME avoisinent 3 000 contribuables. Nous les appelons les moyennes entreprises mais en réalité ce sont de grandes entreprises mais qui n’ont pas atteint le sceau de l’excellence que la DGI délivre à certaines entreprises appelées les très grandes entreprises suivies par la direction des grandes entreprises. Mais nous pensons qu’une population de 3 000 entreprises peut constituer l’ossature même de l’économie du Burkina. Parce qu’un bon suivi et un bon encadrement de cette frange de contribuables permet d’impacter positivement sur les recettes fiscales en ce sens que des déclarations vont être de moins en moins fantaisistes. Cela nous permettra d’avoir la réalité des chiffres, ce qui va entraîner un mouvement des contribuables de la DME vers la direction des grandes entreprises. En fait, nous cherchons à créer un effet domino de sorte à entraîner ceux qui véritablement se cachent encore dans le secteur informel à se formaliser. A travers les méthodes modernes, nous espérons faire boule de neige dans l’administration fiscale tout entière de telle sorte que les directions des centres d’impôts traaillent à ce que les entreprises sous le régime du réel simplifié qui font les déclarations de TVA tous les 3 mois soient triées et reclassées à la DME. Et les entreprises qui sont au secteur informel vont être maintenant traquées aussi par ces directions pour que chaque contribuable soit au régime correspondant réellement au niveau de ses affaires. Telle est la vision que nous souhaitons que cette réforme apporte comme comportement quotidien au sein de la Direction générale des impôts.
S. : Pour 2012, quels sont vos objectifs de recouvrement et de recettes ?
A.S. : Pour l’année 2012, les objectifs de recouvrement assignés à la DME s’élèvent à 36 milliards 210 millions F CFA. C’est encore en deuxième position que la DME se retrouve après la DGE.
S. : Quel est le dispositif que vous avez mis en place pour atteindre ces objectifs ?
A.S. : Le FMI, à travers AFRITAC de l’Ouest, a accompagné la DME-Centre jusqu’en fin d’année. Les différentes missions que le FMI a dû faire ici nous ont permis de capitaliser un certain nombre de choses. En fait, le travail fiscal n’est pas un travail compliqué parce que, d’une part, il y a ce que les gens viennent déclarer eux-mêmes ce que nous appelons les recettes issues des déclarations spontanées. Il y a ce que l’effort de recherche de l’administration fiscale engendre aussi comme résultat. Ce sont les recettes issues des contrôles. Des contrôles qui se font soit au bureau soit en entreprise. Les contrôles en entreprise sont des vérifications de comptabilité et des contrôles sur pièces, c’est l’examen du dossier par les inspecteurs qui s’occupent du contrôle sur pièces. Nous voulons en 2012 d’abord nous rassurer que les statistiques que nous avons sur nos contribuables en termes de nombre sont fiables. Nous sommes aujourd’hui en train d’assainir le fichier de telle sorte que ceux qui ne sont pas actifs, ils ont les numéros qui nous permettent de les identifier qu’on appelle le numéro IFU : (Identifiant financier unique), vont voir leurs numéros désactivés pour qu’ils ne puissent plus faire d’autres activités. C’est-à-dire qu’ils vont sortir du fichier. Ceux également qui exercent et qui n’ont pas encore été pris dans notre fichier, l’assainissement consiste aussi à les faire entrer dans le fichier pour qu’une base de données fiables puisse exister. A partir de cette base de données fiables, les actions à entreprendre, c’est de renforcer l’action de contrôle, ce qui à notre sens devrait permettre une amélioration du civisme fiscal. Parce qu’il est hors de question de parler de moyennes entreprises et ce type d’entreprise puisse faire trois années sans voir un inspecteur des impôts venir regarder ce qui se fait en termes de gestion comptable et fiscale. Et ce contrôle rapproché permet à chacun de comprendre qu’il est mieux de faire de bonnes déclarations que de se voir redresser avec des montants importants à reverser assortis de pénalités que vous ne pourrez pas déduire au titre des charges. L’évolution qu’on va constater sur les recettes en matière de contrôle, c’est ce qui va faire notre fierté en termes de travail personnel et effectivement réalisé par nous-mêmes. Parce que les autres recettes sont issues des déclarations effectuées par les gens venus d’eux-mêmes. La sincérité de ce qu’ils ont déclaré par rapport à ce qu’ils devaient déclarer, c’est à nous d’établir ça. Comme on le dit, le système fiscal burkinabè est déclaratif et le corollaire de cette liberté de déclarer, c’est le droit de l’administration aussi de temps en temps de contrôler pour voir est-ce que ce qui est déclaré et ce qui devrait être déclaré il y a concordance.
S. : Quels sont les obstacles qui ont émaillé la mise en œuvre de cette modernisation de la DME ?
A.S. : Moderniser la DME ne pouvait se faire sans difficultés. La première est le contexte dans lequel s’est opérée la réforme. Les perturbations sociales ont fait qu’il fallait trouver une « fiscalité diplomatique » pour approcher les agents économiques troublés et affectés par les mouvements sociaux.
Nous nous sommes dit que ce n’était pas un argument pour se désengager du travail qui est le nôtre. Le climat était pesant et il a fallu être très prudent dans la motivation et le management des agents des impôts. Nous avons conseillé à nos agents de la prudence et surtout de savoir convaincre avec les mots justes les contribuables sur la nécessité de mobiliser les ressources. L’Etat a dû, quelque part, à travers les maigres ressources mobilisées, dédommager ceux qui avaient été victimes des remous sociaux. C’est pourquoi, il faut insister sur le fait que le premier élément de solidarité au sein d’une nation, c’est en fait l’impôt.
C’est l’occasion pour moi, au nom des agents de la DME, de renouveler et réitérer notre reconnaissance au premier responsable de la Direction générale des impôts, le professeur Filiga Michel Sawadogo, qui n’a épargné aucun effort matériel ou intellectuel pour s’investir à fond pour que l’image de cette Direction générale des impôts puisse être améliorée. Moi et l’ensemble des agents de la DME-Centre, nous nous sommes adossés sur l’engagement personnel et le soutien du DGI. Cela nous a fortifiés et nous a permis d’agir malgré le contexte difficile et d’être rigoureux dans l’application des textes tout en faisant preuve de souplesse et de compréhension. Rigoureux, ça veut dire qu’il faut faire payer aux contribuables le juste impôt, ce qui évite de laisser croire qu’il y a des gens qui ne paient l’impôt que s’ils veulent bien le faire et les montants qu’’ils veulent. Ce sont des situations que nous ne connaissons pas à la DME parce que nous estimons que la qualité de Burkinabè, c’est de se sentir concerné par ce qui peut amener le Burkina à être un Burkina émergent ou plus simplement un pays où il fait bon vivre. Le soutien du professeur ne nous a jamais manqué. Même quand c’est difficile, il a toujours les mots justes pour nous réconforter et nous dire : « on fait ce qu’on peut et il faut le faire et bien le faire ». C’est fort de tout cela que nous avons pu amener l’équipe vers les résultats dont nous avons tantôt parlé.
S. : D’après vous et de par votre position, les PME sont-elles de bonnes entreprises en matière de civisme fiscal ou bien traînent-elles encore le pas ?
A.S. : Le civisme fiscal se définit comme l’accomplissement volontaire par les contribuables de leurs obligations fiscales. Il se traduit par le respect par le contribuable de ses obligations prévues par la loi fiscale : déclaration d’existence, immatriculation à l’IFU, facturation, tenue de comptabilité, de déclaration périodique d’impôts, de taxes ou d’actes, c’est-à-dire de la fourniture des éléments nécessaires à l’établissement de l’impôt au service des impôts et des douanes), surtout de l’accomplissement de l’obligation centrale du contribuable qu’est le paiement de l’impôt (c’est-à-dire l’acquittement à la caisse du receveur des impôts ou du receveur des domaines et de la publicité foncière des sommes dues au titre des déclarations effectuées).
Le civisme fiscal, c’est une résultante de plusieurs facteurs. Il dépend fortement de l’attitude de l’administration fiscale et de celle des PME. Le premier réflexe qui amène un citoyen à créer une entreprise, ce n’est certainement pas pour payer l’impôt. Pour que les PME soient civiques, deux considérations sont à prendre en compte : simplifier la fiscalité qui est une matière très complexe et assurer un encadrement de proximité vis-à-vis de ces entités. Aujourd’hui, notre politique, c’est d’établir ce dialogue permanent avec les contribuables. Les PME sont importantes pour nous du point de vue de leur nombre et des emplois qu’elles génèrent. Comme pour les autres Etats, c’est le levier de l’économie du Burkina parce que ce sont ces PME, si elles sont bien managées, qui seront demain de très grandes structures à la stature internationale. Mais, mal managées, elles retombent dans le secteur informel si elles ne disparaissent pas totalement.
Donc pour nous, c’est le contrôle a posteriori qui doit être rapproché pour leur faire comprendre que personne ne sera là pendant trois, voire quatre, ans sans être contrôlé. C’est aussi leur dire que chaque fois qu’elles s’acquittent de leurs impôts, cela leur évite d’être redressées à la suite d’un contrôle. Si nous avons pu mobiliser 34 milliards voire 35 milliards sur une année, cela signifie que les PME burkinabè sont des contribuables civiques. 3 000 PME qui contribuent pour 34 milliards, si vous faites le rapport, chacun à contribuer à hauteur de 10 millions dans la cagnotte.
S. : Quelle est la dynamique que vous mettez en place pour soutenir ces entités économiques, ces contribuables ?
A.S. : La dynamique que nous mettons en place s’inscrit dans le cadre général de l’accompagnement que la DGI entend impulser parce que l’image même de la DGI en dépend. Nous avons un plan stratégique décliné en plusieurs axes dont l’un porte sur l’amélioration de l’image de la DGI à travers la qualité du service rendu à l’usager : « la DGI doit être centrée usagers ». Nous mettons tout en œuvre pour rendre l’information fiscale disponible, accessible, de même que les dispositions de la loi de finances. Mieux, les marchés sont enregistrés dans nos services, les Attestations de situation fiscale (ASF) y sont également délivrées. L’accompagnement de l’administration, c’est de voir comment le délai de traitement de toutes demandes peut être réduit de telle sorte que venir aux impôts pour accomplir son obligation de paiement ou pour chercher un document ne soit plus un parcours du combattant pour les contribuables. Nous nous sommes également imposé le délai maximum d’un mois pour que tout courrier qui rentre à la DGI trouve une réponse adéquate. Et nous pensons que cela est de nature à éviter que des contribuables, objet de redressement fiscal qui font des recours, continuent d’être persécutés alors qu’ils ont introduit un recours que la loi reconnaît pour demander aux supérieurs hiérarchiques de revenir sur certains points qu’ils n’ont pas accepté. Pendant que ces montants sont susceptibles d’être revus à la baisse, nous avons des procédures en matière de recouvrement qui sont mises en branle, l’avis de mise en recouvrement, la mise en demeure de payer et les actions coercitives qui peuvent aller jusqu’à des opérations de saisie de comptes bancaires. Afin d’éviter des désagréments à une entreprise redressée qui a introduit un recours, la célérité dans le traitement des dossiers des contribuables est devenue une préoccupation majeure.
Notre service de communication de manière transversale intervient au niveau de toutes les structures pour l’organisation d’un certain nombre d’activités telles que les journées portes ouvertes, les rencontres avec les groupes-cibles, les associations professionnelles, les différents ordres professionnels pour qu’on sente notre présence et notre bonne volonté de rendre accessible et compréhensible la loi fiscale. En somme, la politique d’accompagnement de la DGI pour ces entreprises et la DME s’inscrit dans cette logique. Et l’amélioration notable qu’on peut citer avec l’arrivée du professeur Filiga Michel Sawadogo, c’est que cet accompagnement va jusqu’à l’examen des situations individuelles des contribuables. Parce qu’il y a des contribuables qui ont aujourd’hui des dettes très anciennes et d’un montant tellement élevé que tout envie de payer l’impôt les a quittés. Parce que malgré leurs efforts, ils ne seront jamais à jour vis-à-vis de l’administration fiscale. Il y a une sorte de réinsertion fiscale qui transparaît dans cette façon de traiter les contribuables en les aidant à apurer leurs dettes sans mettre en péril leur outil de production. Cette façon de considérer les contribuables débiteurs est fort bien appréciée et apporte des fruits tangibles en termes de confiance retrouvée.
S. : Peut-on dire que la crise a eu des effets néfastes sur les activités de la DME ? Comment votre direction a-t-elle ressenti cette crise ?
A.S. : Dire qu’une crise d’une telle ampleur n’a pas eu des répercussions sur nos activités et même la nature de nos recettes, c’est faire preuve d’un manque d’objectivité. D’autant que la crise a eu pour effet la fermeture de certaines entreprises pour un certain temps à cause de l’insécurité ambiante dans laquelle tout Ouagadougou baignait de même que certaines autres villes. Les services fiscaux ont été effectivement perturbés parce que c’est le contribuable qui doit venir payer l’impôt et quand il ne se présente pas, nous nous faisons le devoir de lui rappeler qu’il doit payer l’impôt.
Quand la situation n’est pas normale, vous avez beau faire des communiqués, les gens ont d’autres préoccupations : sauvegarder le capital avec lequel ils exercent au lieu d’affluer vers vos guichets. Il y a eu beaucoup de réunions au niveau national où nous avons rassuré les hommes d’affaires que l’Etat allait les aider. Notre rôle aussi était de les encourager à poursuivre malgré le fait que la situation était difficile. Nous étions très heureux de constater que dès les premiers moments, le ministère de l’Economie et des Finances avec le ministère du Commerce et d’autres partenaires au niveau étatique avaient déjà envisagé un plan de soutien et d’accompagnement de tous ceux qui avaient été victimes de ces mouvements. Au plan fiscal, cette insécurité a fait que certaines directions au niveau de Ouaga ont eu des difficultés à fonctionner. Nous allions sur le terrain mais c’était pour des recensements ciblés, des missions de contrôle donc c’était des actions ciblées, précises et limitées pour ne pas provoquer une opposition collective à l’impôt.
Ce n’est pas la même chose pour les services qui gèrent le secteur informel et le RSI. Leur travail a été davantage compliqué. Mais nous, nous avons fait ce qu’on pouvait faire avec la compréhension des acteurs que sont les PME. Il y a des inquiétudes également parce que, en matière fiscale, ces situations que nous avons vécues en 2011, c’est en 2012 que justement nous allons fortement ressentir les répercussions de la crise en ce sens que tout ce qu’il y a eu comme casses, vols, pertes et ceux qui ont effectivement pu faire évaluer ces pertes-là par des huissiers ou des officiers publics légalement reconnus sont en droit de soutenir qu’ils ont subi des pertes. Et ces pertes sont des charges qu’ils doivent pouvoir déduire pour déterminer leur bénéfice pour l’exercice de 2011. C’est là que la croix et la bannière va commencer pour des directions comme la DME et la DGE parce que certaines entreprises risquent de nous amener des chiffres faramineux au titre des pertes subies. Heureusement, la loi fiscale nous donne des parades : nous sommes en droit d’analyser quels sont les éléments qui ont composé les stocks vandalisés, quelle était leur valeur, comment ils ont été acquis.
Nous travaillons à pouvoir rendre transparentes les différentes sources d’approvisionnement parce que c’est à ce prix que nous allons pouvoir appliquer des impositions justes. Il faut s’armer de courage car nous savons que la tâche va être difficile. Nous allons poursuivre dans le sens de la diplomatie fiscale avec le soutien des responsables de la DGI pour qu’en 2012, nous puissions avoir des résultats aussi satisfaisants qu’en 2011, voire plus importants.
S. : Très souvent, les PME se plaignent d’une fiscalité trop lourde. Partagez-vous une telle opinion ?
A.S. : Leurs plaintes sont justes et légitimes mais elles ne sont pas toujours fondées. Parce que notre système fiscal est déclaratif. Il y a les impôts directs et indirects. Nous avons beaucoup d’impôts qui sont payés par les intermédiaires. Si vous prenez l’impôt sur les salaires, à savoir l’IUTS, c’est de l’argent retenu sur le salaire d’un travailleur par son patron qui est chargé de le reverser aux impôts. La TVA, c’est l’impôt sur la consommation. L’Etat a seulement édicté l’obligation à certaines personnes de prendre de l’argent ajouté sur le prix de vente avec d’autres citoyens pour son compte. L’argent ainsi recueilli sur les consommateurs doit être versé dans les caisses publiques dans les délais prescrits. Ces reversements d’impôts prélevés sur les tiers ne sauraient figurer dans la part d’impôt reversé par celui qui les a collectés. Supposons un contribuable qui a collecté 250 millions au frais d’autres citoyens au nom de l’Etat mais celui-ci déclare avoir versé au titre des impôts 300 millions (75millions IUTS, 175millions TVA et 50 millions BIC). Si nous analysons les diverses composantes de ce montant, il va ressortir que le contribuable n’a en réalité supporté que 50 millions d’impôts, le reste, à savoir ici l’IUTS et la TVA, étant supportés par d’autres.
S. : Quel est l’appel que vous lancez aux contribuables et à ceux qui sont directement concernés par vos activités ?
A.S. : J’ai l’habitude de donner une métaphore. Quand un entrepreneur remporte un marché public au Conseil des ministres à hauteur de 450 millions et que d’autres en obtiennent de similaires pour un total de plusieurs milliards, ils sont heureux. C’est une joie légitime mais ils doivent avoir à l’esprit que leur marché a été payé par la somme des impôts collectés auprès des contribuables. Mais lorsqu’il s’agit de déclarer, d’enregistrer ce marché, de supporter les impôts y afférents, ceux-ci commencent à se plaindre. C’est pourquoi, je persiste à dire que l’élément majeur de solidarité au sein d’une nation, c’est l’impôt. Il faut donc que chacun contribue pour qu’ensemble le niveau de revenus soit nivelé. Je demande par conséquent aux opérateurs économiques de faire corps avec l’administration fiscale pour des concertations et échanges mutuellement avantageux. S’il en résulte qu’il y a dans notre arsenal fiscal des dispositions fiscales gênantes dans notre dispositif législatif et réglementaire, alors, des relectures pourront être opérées pour avoir des normes apaisées, acceptées par la majorité des contribuables. De cette façon, nous allons ensemble combattre la fraude fiscale, et œuvrer à un élargissement de l’assiette fiscale.
Interview réalisée par Saturnin N. COULIBALY
Sidwaya




