Fasozine.com a rencontré Yvette Djigma, directrice de la microfinance de la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique, et membre du comité d’organisation de cette conférence à l’accasion de la quatrième rencontre panafricaine sur la microfinance, qui s’est tenue à Ouagadougou. Elle a évoqué, dans cet entretien, la microfinance et ses implications, et parle aussi des missions de sa direction.
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Fasozine.com : A quoi renvoie la notion de microfinance?
Yvette Djigma : La microfinance est l’offre des services financiers aux personnes à faibles revenus. Elle regroupe l’ensemble des activités financières portant sur de petites quantités, et impliquant des systèmes financiers de proximité, des ménages épargnants et des emprunteurs relativement pauvres, et généralement exclus du secteur financier formel, les banques notamment. Elle recouvre, de ce fait, les prêts, l’épargne, l’assurance, les services de transfert et d’autres produits financiers visant des clients à faibles revenus. Une des caractéristiques de la microfinance, c’est la proximité.
En plus de la proximité, il y a des conditions plus souples par rapport aux banques. La microfinance offre des opportunités, pour ces populations, d’avoir accès aux services financiers pour sortir de la pauvreté. Dans les banques classiques, les garanties sont encore rigides. La microfinance vise à rendre les services financiers plus accessibles aux populations. L’un de ses points forts, c’est que ses institutions acceptent des garanties comme un vélo, une charrette, un bœuf… Les populations ne peuvent pas obtenir de telles conditions, très souples, au niveau des banques classiques. C’est pourquoi elle est appelée «banque des pauvres».
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Fasozine.com : Quel rôle joue concrètement votre direction?
Yvette Djigma : La direction de la microfinance assure la tutelle de l’Etat et joue un rôle de contrôle des institutions de microfinance. Elle exerce dans le but de créer un environnement favorable à l’émergence d’un secteur de la microfinance qui puisse servir, de façon adéquate et en toute sécurité, les populations en produits et services financiers. Elle assure la surveillance du secteur, de manière à ce que ceux qui y interviennent le fassent de façon professionnelle, pour sécuriser de l’épargne des populations.
La direction contribue à l’élaboration d’un cadre juridique comptable et financier applicable aux institutions de microfinance. Elle veille à l’application de la réglementation en la matière. Pour entrer dans le secteur, il faut, au préalable, une autorisation d’exercice. Nous sommes chargés d’instruire les dossiers de demande d’autorisation d’exercer, qui sont accordés par le ministère de l’Economie et des Finances. Nous sommes tenus par une mission permanente de suivi et de contrôle du secteur. Nous assurons aussi la formation et l’information des acteurs du domaine de la microfinance. Nous proposons également des mesures disciplinaires à l’endroit des institutions de microfinance qui n’exerce pas dans les règles, ainsi qu’à la collecte, au traitement et la diffusion des informations statistiques dans le secteur.
– Fasozine.com : Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre mission de contrôle des institutions de microfinance au Burkina Faso?
Yvette Djigma : Nous avons affaire à des institutions qui exercent souvent dans l’illégalité. Il y en a qui pensent qu’on peut ouvrir une institution de micro-finance comme on ouvre une boutique. On ouvre ainsi son service à la va-vite, et on comme à collecter l’épargne des populations. Ces responsables-là oublient souvent que l’ouverture d’une institution d’épargne obéit à des règles biens précises. La condition première, c’est l’autorisation d’exercer.
Les instituions de microfinance qui exercent doivent faire preuve d’équilibre dans les comptes, respecter les normes des ratios prudentielles, bien présenter leurs comptes.
– Fasozine.com : Sur quoi débouchera la conférence sur la microfinance qui va se tenir en juillet prochain à Ouagadougou?
Yvette Djigma : L’année 2005 a été décrétée année internationale de la microfinance par les Nations unies. Mais la distinction de Mohammed Yunnus et de la Grammeen Bank comme prix Nobel de la paix en 2006, a été pour beaucoup dans la prise en compte de la microfinance comme alternative au développement des pays pauvres.
Après Johannesburg (2003), Capetown (2005), Kampala (2007), c’est donc Ouagadougou qui va abriter la quatrième rencontre panafricaine, avec comme thème: «Comment faciliter l’accès aux services financiers pour les entreprises africaines à faibles revenus?» La rencontre de Ouagadougou va consister à créer une plate-forme d’échanges et de partage d’expériences entre praticiens de la microfinance, chercheurs, consultants, universitaires, autorités gouvernementales et les partenaires techniques et financiers dans un cadre élargi pouvant conduire à la mise en œuvre d’une microfinance inclusive en Afrique, génératrice de revenus et porteuse de croissance.
Plusieurs thèmes seront abordés par des experts venus des quatre coins du monde, mais aussi par des praticiens. Il s’agira d’aboutir à des échanges d’expériences et à des partenariats solides, en vue de rendre les petites et moyennes entreprises africaines plus dynamiques et plus proches des populations et de leurs préoccupations. Les réflexions aboutiront à des formations, à un meilleur encadrement des bénéficiaires des services financiers. Il s’agira aussi de relire la réglementation de la microfinance, en vue d’apporter un soutien à ces entreprises pour qu’ils aident les populations dans leur lutte contre la pauvreté.
Source : Fasozine




