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« Warren Buffett. L’effet boule de neige », les meilleurs extraits

De Warren Buffett, on connaissait la fortune (47 milliards de dollars en 2009, selon Forbes) et le goût des bons mots. Mais moins les secrets de son succès et sa passion dévorante pour l’accumulation des dollars qui n’a d’égale que sa volonté de ne pas les dépenser. Encore moins connue était l’intimité de ce milliardaire longtemps inadapté à la société. Mais tout cela, son enfance entrepreneuriale, le rôle primordial de sa femme et de sa maîtresse, par ailleurs meilleures amies du monde, la dureté de l’homme d’affaires est désormais dévoilé dans une imposante biographie : « Warren Buffett. L’Effet boule de neige », d’Alice Schroeder chez Valor Editions. En voici 5 extraits en exclusivité.

  • A 17 ans, roi du flipper… et du jackpot

A 12 ans, le petit Warren avait, grâce à des petits boulots, accumulé assez d’argent pour acheter ses premières actions. A 26 ans, après avoir monté et racheté plusieurs entreprises et suivi des études d’investissement, il était assez riche pour arrêter de travailler s’il l’avait voulu. Voici un exemple de sa passion précoce et d’un talent toujours pas démenti. Nous sommes en 1947.

« Puis un jour, alors que Warren avait 17 ans, il parla à [son ami] Don Danly d’une nouvelle idée. Elle avait la même qualité exponentielle que les balances dans le livre One Thousand Ways to Make $1,000 -où une seule balance pouvait en payer une autre, puis une autre, etc. « J’ai acheté un vieux flipper pour 25 $ », lui dit-il, « et je te propose de nous associer. Ta partie de l’accord est de le réparer. Et nous dirons à Frank Erico, le coiffeur, « nous représentons la Wilson’s Coin-Operated Machine Company, et nous avons une proposition de la part de M. Wilson. Cela ne représente aucun risque pour vous. Mettons cette machine à sous au fond du magasin, M. Erico, et vos clients pourront jouer tout en attendant leur tour. Nous partagerons l’argent. »

Danly était prêt à marcher dans la combine. Bien que personne n’ait jamais mis de flipper dans un salon de coiffure auparavant, ils présentèrent leur proposition à M. Erico, qui donna son accord. Les garçons ôtèrent les pieds du flipper, le mirent dans la voiture du père de Don, et le transportèrent jusqu’au salon de M. Erico, où ils l’installèrent. Comme prévu, le premier soir, lorsque Warren et Don revinrent pour vérifier : « mince alors ! » s’écria Warren -il y avait des pièces pour une valeur de 4 $ dans la machine. M. Erico était ravi et le flipper resta.

Une semaine plus tard, Warren vida la machine et divisa les pièces en deux piles. « M. Erico », dit-il, « ne nous embêtons pas à les distribuer une à une. Choisissez la pile que vous voulez. » C’était comme l’ancienne façon de diviser un gâteau : un enfant coupe, l’autre enfant choisit. Après que M. Erico ait fait glisser une pile vers lui, Warren compta l’autre et trouva 25 $ dans sa pile. Cela suffisait pour acheter un autre flipper. Rapidement, sept ou huit flippers de « M. Wilson » se retrouvèrent dans des salons de coiffure de la ville. Warren avait découvert le miracle du capital : l’argent qui travaille pour celui qui le possède, comme s’il occupait un emploi. »

  • « L’intensité est le prix de l’excellence »

Au fil du temps, Warren Buffett ne se contente plus d’acheter des actions d’entreprises. Il a désormais beaucoup trop de liquidités pour cela. Il s’empare alors d’entreprises entières. Mais le milliardaire a beau être la tête d’un conglomérat, il n’est ni un chef d’entreprise, ni un manager. Sa passion reste l’investissement et il préfère laisser la gestion de ses sociétés à des entrepreneurs. Cet extrait montre le genre d’homme avec qui il aime travailler, comme Ben Rosner, patron de magasins.

« Buffett avait besoin d’un manager, mais Rosner lui dit qu’il ne resterait que jusqu’à la fin de l’année puis qu’il remettrait l’entreprise aux mains des warren-buffet-lors-d-une-conference-695537.jpgnouveaux propriétaires. Cependant, fort heureusement, Buffett pouvait voir que, tout comme l’entreprise ne pouvait continuer sans Rosner, Rosner ne pouvait continuer sans son entreprise.

« Il l’aimait trop pour la quitter. Il gardait dans ses WC un double des livres de comptes des magasins afin de pouvoir les feuilleter lorsqu’il était assis sur la cuvette. Il avait un concurrent, Milton Petrie de Petrie Stores. Un jour, Ben se rendit à une grande soirée qui se tenait au Waldorf. Il y rencontra Petrie et se mirent immédiatement à parler affaires. Ben lui demandait : « combien paies-tu tes ampoules ? Quel prix indiques-tu ?… » Il ne pouvait parler de rien d’autre. Finalement, il demanda à Petrie : « Combien paies-tu le papier toilettes ? » L’autre lui dit un prix. Ben achetait le sien un peu moins cher et il savait que chacun cherche à avoir non pas un peu moins cher, mais le bon prix. Petrie lui dit : « c’est le meilleur prix que je puisse obtenir. » Ben répondit : « excuse-moi. » Et il se leva, quitta la soirée, se rendit dans son entrepôt à Long Island, et se mit à déchirer les cartons de papier toilettes et à compter les feuilles parce qu’il était méfiant. Il savait que Petrie ne pouvait payer trop, sur un tel écart, et par conséquent qu’il devait être lui-même arnaqué sur le papier toilette. »

« Les vendeurs disaient qu’il y avait 500 feuilles par rouleau. C’était faux. Il se rendit compte qu’on l’arnaquait sur le papier toilette. » Il se mit à déchirer les cartons de papier toilettes et à compter les feuilles parce qu’il était méfiant.

Buffett savait qu’il voulait faire du business avec le genre d’homme prêt à quitter une soirée mondaine pour compter des feuilles de papier toilette ; un homme qui pourrait arnaquer le type en face de lui mais jamais son propre associé. Il conclut un accord avec Rosner pour six millions de dollars. Pour s’assurer que Rosner resterait dans le poste après l’achat de sa société, il flatta Rosner, s’assura qu’il avait les chiffres pour évaluer sa performance, et pour le reste, le laissa libre maître à bord.

Buffett se sentait en union avec tous les Ben Rosner du monde, il voyait dans leur implacabilité l’esprit de réussite. Il en avait assez des entreprises à problèmes comme Hochschild-Kohn et recherchait d’autres Ben Rosner, des gens qui avait construit d’excellentes sociétés qu’il pouvait racheter. Lui et Rosner partageaient une même obsession. Comme Buffett aimait le répéter : « l’intensité est le prix de l’excellence. » »

  • Le poids du père

Difficile d’être l’enfant de Warren Buffett (il en comptait trois). Le milliardaire, longtemps asocial, était dévoré par sa passion de l’investissement et déléguait l’éducation de sa progéniture à sa femme, surnommée Big Susie, en opposition à leur fille Susie Jr. L’extrait suivant dévoile à la fois les rapports familiaux chez les Buffet et une autre obsession du richissime homme d’affaires : celle des kilos superflus.

« Son père élabora un accord selon les termes duquel, si [Susie Jr] perdait un certain poids, elle pourrait s’acheter des vêtements pendant un mois sans aucune limite de montant. Il n’y avait qu’une seule condition : si elle reprenait le poids perdu au cours de l’année qui suivait, elle devrait le rembourser. Cet accord valait mieux que le proverbial accord gagnant/gagnant : c’était aussi des termes sans risque pour Buffett, qui gagnait quoi qu’il arrive. Il ne perdait d’argent que si Susie faisait ce qu’il voulait et maintenait son poids. Susie Jr. se mit donc au régime et lorsqu’elle atteignit l’objectif, Big Susie envoya des cartes de crédit à sa fille avec une note : « amuse-toi bien ! »argent-poids-deux-obsessions-buffet-695587.jpg

D’abord, Susie Jr. n’osa pas dépenser un centime, effrayée à la pensée de demander à son père de payer sa note. Petit à petit, elle finit par se convaincre, jusqu’à finalement se mettre à dépenser aveuglément, jetant chaque soir les reçus sans les regarder sur la table du dîner, trop effrayée pour faire l’addition. « Oh mon Dieu ! » s’exclamait son mari Allen chaque soir en voyant les piles de reçus de sa femme. Après 30 jours, elle fit le total. Elle avait dépensé 47 000 $.

« J’ai cru qu’il allait mourir quand il a vu la somme », dit-elle de son père. (…) Mais un contrat était un contrat : Buffett paya sans se faire prier. Puis, sous le choc, il commença immédiatement à sonder ses amis : « si votre femme dépensait autant, qu’en penseriez-vous ? » Les hommes tombèrent tous d’accord pour trouver la somme scandaleuse, tandis que leurs femmes lui recommandèrent de se considérer comme chanceux, parce que les choses auraient pu être bien pires.
L’accord que Buffett passa avec [son fils] Howie sur le loyer de sa ferme était lui aussi lié au poids ; la somme augmentait ou diminuait en fonction des kilos de Howie. Warren était d’avis que son fils devait peser 90 kg. Lorsque Howie dépassait cette limite, il devait verser 26% des recettes brutes de la ferme à son père. Lorsqu’il était dessous, il ne payait que 22%. « C’est la version familiale des Weight Watchers », déclara Howie. « Cela ne me dérange pas, en fait. Il montre de l’intérêt pour ma santé. Ce qui me dérange, en revanche, c’est que même à 22%, il touche un chèque plus gros que quiconque ici ou presque. » Là encore, c’était un accord où Warren ne pouvait pas perdre. Il obtenait soit plus d’argent, soit un fils plus mince. Du Buffett tout craché. Comme le disait l’un de ses amis : « c’est le maître du gagnant/gagnant… mais il ne fait jamais une chose qui ne soit pas gagnante pour lui. » »

  • Bill Gates, un prophète chez l’oracle

Régulièrement, Warren Buffett réunit proches et grands professionnels pour parler économie, bourse et investissement dans un cadre informel surnommé le Buffet Group. En 1991, Bill Gates, devenu ami de celui que l’on surnommera bientôt l’Oracle d’Omaha, y participe pour la première fois. Et il livre une vision stupéfiante de vérité de ce que deviendra bientôt le monde du business alors que l’Internet vient à peine de s’ouvrir au public.bill-gates-patron-microsoft-695621.jpg

« Arrivé tardivement parce que son nouvel hydravion avait été retardé par le brouillard, Bill et sa compagne, Melinda French, se glissèrent discrètement dans la salle par la porte de derrière. Melinda pensait qu’ils allaient partir tôt. Cependant, après la quatrième diapositive, elle réalisa qu’ils allaient peut-être rester, en fin de compte. Tom Murphy et Dan Burke, qui figuraient tous deux au conseil d’IBM, parlèrent des raisons pour lesquelles IBM, leader du hardware, n’était pas devenue leader du software. Buffett déclara : « je pense que nous avons là quelqu’un qui peut ajouter un petit quelque chose à cette discussion. » Tout le monde se retourna et vit Bill Gates. La conversation se poursuivit. (…)

Après un temps, Buffett demanda à chacun de désigner son action préférée.

Et Kodak ? demanda Bill Ruane. Il regarda vers Gates pour voir ce que ce dernier dirait.

« Kodak est fichu », déclara Gates.

Personne, dans le Buffett Group, ne savait que la technologie digitale mettrait fin aux appareils argentiques. En 1991, même Kodak ne savait pas qu’il était fichu.

« Bill pense probablement que toutes les chaînes de télévision vont se faire massacrer », déclara Larry Tisch, dont la compagnie, Loews Corp., avait des parts dans le réseau CBS.
« Non, ce n’est pas aussi simple », déclara Gates. « La manière dont les chaînes créent et diffusent les émissions est différente des films pour caméra ; rien ne va intervenir pour changer fondamentalement cela. On verra quelques pertes lorsque les gens choisiront la variété, mais les réseaux possèdent les contenus, et ils peuvent les réutiliser. Les chaînes seront confrontées à un défi intéressant lorsque le média télévisé sera transféré à l’Internet. Mais ce n’est pas comme la photographie, où l’on se débarrasse du film, si bien que savoir comment fabriquer des films perd toute pertinence. » »

  • Le faiseur de milliards et de milliardaires

Dans les années 90, le succès de l’investisseur Warren Buffett et de son groupe Berkshire Hathaway éclate aux yeux du grand public. Et pour cause.

warren-buffett-l-auteur-sa-biographie-alice-schroeder-695678.jpg« Début 1996, l’action Berkshire fusa soudain jusqu’à 34 000 $ l’action, mettant la société Berkshire à 41 milliards de dollars. Un partenaire d’origine qui aurait investi 1 000 $ en 1957 sans toucher ensuite à son investissement aurait désormais 12 millions de dollars dans ses coffres, le double de la somme il y a seulement quelques années. Buffett lui-même valait 16 milliards de dollars. Susie avait désormais une part de 1,5 milliard dans les actions Berkshire -à laquelle elle avait promis de ne pas toucher. Tant elle que Charlie Munger (le principal collaborateur de Warren Buffet, NDLR) faisaient désormais partie de la liste des 400 de Forbes en tant que milliardaires. Autrefois invisible, Berkshire était désormais remarquée par des gens qui n’en avaient encore jamais entendu parler. Cette année-là, 5 000 personnes des 50 états américains vinrent à l’assemblée générale-foire commerciale.

Il coûtait désormais si cher d’acheter une action BRK que des copieurs mirent en place des sociétés d’investissement. Leur principe reposait sur l’imitation du portefeuille d’actions de Berkshire, permettant aux gens d’acheter des parts plus petites, comme dans un fonds d’investissement. Mais Berkshire n’avait rien à voir avec un fonds d’investissement : c’était un aspirateur en mouvement perpétuel qui aspirait les entreprises et les actions et recrachait des liquidités pour acheter encore plus d’entreprises et d’actions. C’est-à-dire une chose qu’on ne pouvait imiter en achetant les actions figurant dans son portefeuille. Entre autres, on n’avait pas Buffett !

De plus, ces imitateurs achetaient les actions que Berkshire possédait à des cours bien plus élevés que ceux payés par Berkshire, et demandaient en outre de coquets frais. Ils trompaient les investisseurs. Le policier en Buffett se manifesta alors. Pour mettre des bâtons dans les roues des copieurs putatifs, il décida d’émettre une nouvelle classe d’actions. Chaque action B -ou « bébé action »- représentait 3,33%, ou 1/30, d’une coûteuse action A.

Il s’amusa beaucoup avec les actions B, écrivant : « ni M. Buffett ni M. Munger n’achèteraient des actions Berkshire à ce prix, pas plus qu’ils ne recommanderaient à leur famille ou à leurs amis de le faire. »

Il décida de vendre une quantité illimitée d’actions B, pour s’assurer que le prix n’augmenterait pas parce qu’il y avait plus de demande que d’offre. La logique inversée consistant à vendre des actions qu’on n’achèterait pas soi-même et de le dire explicitement plaisait énormément à Buffett. De plus, émettre des actions B remplissait un devoir auprès de ses actionnaires « partenaires ». Tout l’argent généré par les actions B serait une assez bonne affaire pour eux.

Aucun PDG n’avait jamais fait une telle chose. On imprima assez d’articles sur l’honnêteté de Buffett pour décimer une petite forêt. »

Réalisé par Jean-Etienne JUTHIER,

Source : Journal du Net

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