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Voici des extraits de la déclaration du gouverneur sortant de la BCEAO

Le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) Philippe-Henri Dacoury-Tabley s’est expliqué, samedi soir à Bamako, sur les causes et les conséquences de son départ à contrecœur de l’institution monétaire commune de huit pays de la sous-région, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Voici des extraits de sa déclaration à la presse, à la fin de la 15-ème Conférence des chef d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui assure la tutelle de la Banque centrale.

• ‘’Face à l’incompréhension de ces explications (au 15-ème sommet de l’UEMOA tenu samedi à Bamako, capitale du Mali), face au fait que les uns et les autres n’arrivent pas à bien saisir ce qui se passe réellement sur le terrain (en Côte d’Ivoire) et face au fait que la politique a tendance à être introduite à la Banque centrale, nous avons accepté de rendre la démission qui nous a été demandée. Je suis profondément attristé pour l’institution que j’ai servie pendant 35 ans. Il y avait mieux à faire que ce qui a été fait. Je reste attaché à cette institution. Je crois à l’union monétaire et j’espère que les jours à venir ne soient pas sombres pour notre union et que nous pourrions continuer cet idéal d’intégration que nous avons commencé. Il est indispensable que notre espace monétaire continue d’être ensemble et de se consolider. J’y tiens énormément et c’est la seule tristesse que j’aie en ayant rendu cette démission qui m’a été demandée parce qu’effectivement, la politique est en train d’entrer à la Banque centrale.’’

• ‘’La BCEAO (…) a vite senti que des difficultés économiques allaient apparaître au niveau de l’économie ivoirienne dans le cadre de l’émission des bons du trésor. La Côte d’Ivoire allait connaître des défauts de paiement. La Banque centrale était interpellée au plus haut point, nous sommes garants de stabilité bancaire et financière de l’Union. Aussi avons-nous pris des dispositions rapides pour sécuriser les remboursements des bons du Trésor ivoirien, entre le 1er et 23 janvier. Nous avions décidé de travailler avec le Trésor en place, en prenant toutes nos responsabilités pour éviter que le système bancaire puisse être atteint. On a mis en place un dispositif pour cela.’’

• ‘’Le 23 décembre 2010, le président de la Conférence des chefs d’Etats a demandé une réunion extraordinaire du Conseil des ministres de l’union à Bissau pour se prononcer sur les événements de la Côte d’Ivoire. Le Conseil a pris la décision politique que l’Union monétaire reconnaît M. Alassane Ouattara comme président légitime de la Côte d’Ivoire. Dès cet instant, la Banque centrale, un organe de l’Union, a pris acte et s’est inscrite totalement dans l’application de cette décision. Nous avons écrit au gouvernement légitime (…). Un représentant a été désigné pour siéger au conseil d’administration, le nouveau directeur général du Trésor, M. Koné Adama. Deux représentants ont été désignés pour siéger au sein du Conseil des ministres de l’union, M. Charles Koffi Diby (ministre des Finances) et M. Albert Mabri Toikeusse (ministre du Plan et du Développement).’’

• ‘’Cependant, l’action concernant la signature au sein de la Banque centrale des nouvelles autorités a rencontré des difficultés majeures liées à la situation sécuritaire. Observez que le pouvoir en place détient toujours l’ensemble des rouages de l’Etat. Dans ces conditions, il est parfaitement impossible à la BCEAO d’appliquer la totalité des décisions qui étaient prises par le conseil des ministres à Bissau. J’ai fais un rapport à la conférence dans lequel j’ai indiqué les difficultés qui sont liées à des questions sécuritaires. Vous ne pouvez pas prendre des décisions qui vont à l’encontre d’un pouvoir qui est encore en place. Les décisions s’appliquent avec l’assentiment, avec l’accord des uns et des autres. Nous ne pouvons pas exécuter ces décisions-là alors que ceux auprès de qui on doit les exécuter sont totalement hostiles.’’

• ‘’Les responsables des régies qui étaient nommés par le gouvernement légitime jusqu’à présent n’ont pas réussi à prendre fonction au sein de l’administration publique ivoirienne qui est toujours entre les mains du gouvernement sortant. Par ailleurs, l’ensemble des administrations du Trésor, de la Douane et des Impôts, continue d’être entre les mains du gouvernement sortant. Or, les relations entre la Banque centrale et le Trésor se limitent, elles, aux relations entre le Trésorier et le Directeur national de la BCEAO (…). On m’a demandé de le limoger. J’ai indiqué qu’il a fait son travail et qu’il m’était difficile de le limoger. En tout état de cause, c’est un agent qui a toujours fait son travail et que, confronté à des cas de force majeure, il ne pouvait rien faire d’autre que ce qu’il a fait.’’

• ‘’J’ai fais un rapport à la Conférence dans lequel j’ai indiqué les difficultés qui sont liées à des questions sécuritaires. Vous ne pouvez pas prendre des décisions qui vont à l’encontre d’un pouvoir qui est encore en place. Les décisions s’appliquent avec l’assentiment, avec l’accord des uns et des autres. Nous ne pouvons pas exécuter ces décisions-là alors que ceux auprès de qui on doit les exécuter sont totalement hostiles. J’ai régulièrement rendu compte des difficultés rencontrées par l’institution dans l’application des décisions de Bissau. (…) On m’a répondu que ces difficultés sont un défi énorme qui sera porté à la conférence des chefs d’Etat. Ce qui nous vaut notre présence aujourd’hui à ce sommet.’’

SAB/ESF

Aps.sn

Voir le communiqué officiel

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