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Village artisanal de Ouagadougou : Le principe de la rotation oppose 49 artisans à l’administration

Depuis quelques mois, le Village artisanal de Ouagadougou (VAO) traverse une zone de turbulence. L’atmosphère se détériore de jour en jour, entre l’administration et les administrés. A l’origine de la dissension entre les deux parties, une question d’application d’un texte. 49 artisans, chefs d’atelier et premiers occupants du site, refusent de quitter le VAO après douze ans, alors qu’ils ont accepté le principe de la rotation, au départ.

Le Village artisanal de Ouagadougou (VAO) traverse actuellement, des moments difficiles. L’administration du VAO et certains administrés ne parlent plus le même langage. Les tentatives de conciliation du ministère en charge de l’Artisanat se heurtent à des incompréhensions. Conséquences, les affaires marchent au ralenti. La situation est tellement préoccupante qu’elle a été évoquée au point de presse du gouvernement, le jeudi 19 janvier dernier. « Comment comprendre que des gens qui ont adhéré à des règles en signant des documents, à un certain moment, profitant d’intérêts, remettent en cause l’accord de base, c’est-à-dire, ce qu’ils avaient accepté », s’est indigné le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement Alain Edouard Traoré. Comment en est-on arrivé là  ? Le gestionnaire du VAO, Maurice Sama explique  : « Les difficultés du Village artisanal de Ouagadougou ont véritablement débuté quand les premiers artisans occupants du site ont remis en cause le principe de la rotation ». En rappel, le VAO a officiellement ouvert ses portes en 2000. Il est le fruit de la coopération entre le Burkina Faso et le Grand Duché de Luxembourg. Trois ans après son fonctionnement, les Luxembourgeois ont laissé l’initiative de la durée du séjour des artisans au VAO à la partie nationale, non sans avoir mis en place un système de collecte des ressources. « En avril 2004, au cours de notre conseil de gestion, il a été question de fixer la durée des artisans sur le site du VAO. Initialement, cette durée était de cinq ans. Suite à des négociations avec le bureau de l’époque, le conseil a accepté d’accorder deux ans de plus aux occupants et a demandé, en contrepartie, que les membres du Groupement d’intérêt économique (GIE) des artisans qui sont au sein du conseil, sensibilisent les autres artisans à ce qu’ils reversent à l’administration effectivement, les 10% des ventes qu’ils réalisent dans les ateliers », soutient le gestionnaire, Maurice Sama. Il précise que dans le conseil de gestion du VAO, siège le directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), en tant que président. Les autres structures qui y siègent sont le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), la Direction générale de l’artisanat (DGA), l’Agence pour la promotion des exportations du Burkina (APEX-B), l’ex-Office national du commerce extérieur (ONAC) et deux membres du Groupement d’intérêt économique (GIE) des artisans. A ceux-là, s’ajoute l’ambassadeur du Luxembourg qui participe au conseil en tant qu’observateur. Pour M. Sama, les premiers artisans entrés au VAO, ont passé douze ans sur le site, au 31 décembre 2011. « Le conseil a demandé en 2004, que la mesure ne soit appliquée qu’à partir de janvier 2005, car elle ne devrait pas être rétroactive. C’est le total des artisans entrés en 2000 et en 2005 qui fait 49 personnes », poursuit le gestionnaire. A partir de 2005, chaque début d’année, un contrat est signé entre les 49 chefs d’atelier et le VAO. (NDLR  : Notre interlocuteur brandit un exemplaire de contrat).Tout s’est bien passé jusqu’en 2010. « Les artisans ont signé les contrats en janvier 2010 et les problèmes du village ont surgi en avril de la même année. Les artisans ont remis en cause le principe de la rotation. Le 31 décembre 2011, ils (les 49 artisans chefs d’atelier) devaient quitter le site du VAO. Ils refusent de partir alors qu’ils avaient accepté le principe, au départ », regrette Maurice Sama.

Le bien-fondé du principe de la rotation

Le souci du conseil de gestion en instaurant le principe de la rotation, selon le gestionnaire, était de permettre à un grand nombre d’artisans burkinabè de bénéficier des fruits de cette coopération avec le Luxembourg qui fait la fierté du pays. « Dans aucun document, il n’a été dit que le VAO appartiendrait définitivement, aux premiers occupants. Au contraire, il est stipulé que le Village artisanal appartient à tous les artisans burkinabè sans distinction », souligne l’administration du VAO.

Le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat estime que la rotation permettra non seulement à tous les artisans burkinabè de profiter du VAO, mais aussi à la structure de perdurer. « La durée du séjour des artisans sur le site a été décidée de façon consensuelle après une étude et une concertation avec le conseil de gestion où siègent des artisans qui remettent en cause aujourd’hui le principe de rotation », confirme le Directeur général (DG) de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), Frank Tapsoba, et président du conseil de gestion du VAO. Il soutient que la survie du village et les objectifs escomptés dépendront du respect du principe de la rotation. « En tant que président du conseil de gestion, je suis fier du village artisanal. Quand on considère les quarante-neuf (49) artisans qui y ont passé 12 ans et qui doivent partir, on se rend compte que parmi eux, la grande majorité a vraiment réussi, grâce au séjour dans cette structure. Leurs entreprises ont évolué, ils ont amélioré leur technicité et la qualité de leurs produits. Maintenant, ils sont devenus des chefs d’entreprises qui prospèrent », se réjouit Franck Tapsoba, avant d’ajouter qu’ils doivent s’en aller pour laisser la place à d’autres artisans pour leur permettre de réussir aussi. Il ressort qu’environ 170 artisans sont sur la liste de ceux qui veulent intégrer le VAO et n’attendent que le départ des premiers artisans locataires du village. Pour sa part, l’actuel directeur général de l’artisanat (DGA), Jean Claude Bouda, ancien DG du SIAO, pense aussi qu’il ne faut pas laisser sombrer le VAO. Pour lui, les artisans doivent tout mettre en œuvre pour protéger le VAO qui demeure leur instrument de travail et sauvegarder ce bel outil qui fait le bonheur de beaucoup d’artisans.

Le DGA a énuméré quelques répercussions néfastes des troubles actuels. Il a cité l’image de marque du village qui en a pris un coup. « Sur le plan financier, le village est entré dans une zone de turbulence et commence à connaître des difficultés financières, alors qu’il était toujours excédentaire. Cela peut même hypothéquer son avenir  », mentionne-t-il. Jean Claude Bouda pense que les répercussions sont visibles également sur le plan de la créativité et de l’innovation. « Si les artisans ne sont pas sereins, il va s’en dire qu’ils ne pourront pas se mettre dans une dynamique de créer convenablement et proposer des produits nouveaux », fait-il remarquer.

Des actes de sabotage

En juin 2011, un mouvement d’humeur des artisans du VAO a été perpétré. Les séquelles de cette manifestation sont toujours visibles sur le site. En effet, les panneaux d’indication à l’intérieur du village ont été détruits à l’aide de peinture. Cela fait que de nos jours, ils ne servent à rien. D’autres actes de sabotage des 49 artisans évoqués par l’administration sont entre autres  : refus de payer les loyers, de reverser les 10% des ventes qu’ils ont pris comme engagement, de faire sélectionner leurs produits pour la salle d’exposition-vente. Selon le gestionnaire du VAO, en 2007, le reversement était de l’ordre de 33 millions de FCFA. Il avoue que cette somme a chuté à 9%. Et de préciser que le cumul des arriérés, dû au refus de payer les loyers, s’élève à environ 17 millions de F CFA. En novembre 2011, le ministre a adressé une lettre au Groupement d’intérêt économique (GIE) des 49 artisans pour leur demander de faire des propositions de mesures d’accompagnement qu’ils souhaiteraient avoir après avoir quitté le village artisanal. « Quand ils ont reçu la lettre, ils ont répondu au ministre qu’ils vont tenir une assemblée générale et donner la réponse au ministre. Jusqu’à la date où je vous parle (NDLR  : le mardi 17 janvier 2012), le ministre n’a reçu aucune proposition de la part du GIE », témoigne le gestionnaire, Maurice Sama. Jean Claude Bouda relate que le 29 décembre 2011, le ministre avait instruit la Direction générale de l’artisanat (DGA) de rencontrer les artisans afin de recueillir leurs propositions. Il affirme qu’ « au lieu que ce soit le bureau des artisans qui se déplace, ils ont envoyé leur avocat. Ne s’attendant pas à recevoir un avocat, la réunion n’a pas pu se tenir ». Il soutient que quelques jours plus tard, le 11 janvier 2012, le ministre Arthur Patiendé Kafando a convoqué une réunion à laquelle il avait convié le GIE pour chercher des solutions acceptables pour les deux parties. « Les artisans sont encore venus avec leur avocat. N’étant pas en une phase de contentieux, le ministre a refusé de tenir la rencontre en présence d’un avocat », argumente M. Bouda. Tout compte fait, les autorités et l’administration du VAO se disent toujours disponibles pour une négociation et une sortie de crise pacifique. Cependant, Jean claude Bouda estime qu’« à l’impossible, nul n’est tenu et l’Etat va devoir prendre ses responsabilités à un certain moment ». Des tentatives d’avoir la version des artisans présumés contestataires n’ont pas abouti. La première responsable du Groupement d’intérêt économique (GIE), Marie Jeanne Zongo, au moment où nous la joignions au téléphone (le vendredi 20 janvier 2012) disait être hors de Ouagadougou. Les artisans membres du GIE qu’elle a désignés pour parler au nom du groupement ont refusé de se prononcer sur la question, parce que n’ayant pas reçu d’instructions à ce propos de la part de leur responsable, Mme Zongo.

Alban KINI

Zoom sur le VAO !

Inauguré le 28 octobre 2000, le Village artisanal de Ouagadougou (VAO) est le fruit de la coopération entre le Burkina Faso et le Grand-Duché de Luxembourg. L’infrastructure est située à proximité du Salon international de Ouagadougou (SIAO), côté Sud. Le VAO est un espace de création, de production, d’exposition et de vente de produits artisanaux. Il a vu le jour de la volonté des autorités burkinabè de promouvoir l’artisanat au pays des Hommes intègres. Depuis sa création, il y a 12 ans, le Village artisanal est devenu un véritable creuset de talents, une plate-forme idéale pour des artisans du pays dont il confirme la vitalité et la créativité. Le village rassemble environ 500 artisans parmi les meilleurs du Burkina Faso, répartis dans 30 métiers. Le site compte près de 70 ateliers installés dans des bâtiments de couleur ocre, construits en éventail autour d’une place avec un bar. L’administration du VAO est assurée par le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Artisanat (MICA). Le projet est piloté conjointement par la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso et l’Agence luxembourgeoise pour la coopération au développement, Lux Development. Depuis juin 2011, un gestionnaire, en la personne de Maurice Sama, est porté à la tête de l’administration du village.

A.K.

Source : Administration VAO

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L’artisanat au Burkina Faso

La contribution de l’artisanat au PIB du Burkina Faso est estimée à 30%. Le pays compte près d’un million d’artisans. La plupart d’entre eux exercent à temps partiel. Au nombre de ceux-ci, nous avons des artisans paysans qui cultivent leurs champs pendant la saison des pluies et qui s’adonnent à l’artisanat après les travaux champêtres. Cependant, environ cent mille artisans, dont un tiers de femmes, pratiquent l’artisanat à temps plein. Conscientes des atouts de l’artisanat, les autorités burkinabè ont fait de la promotion artisanale, un maillon important de leur politique.

A.K.

Sidwaya

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