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Vie chère : De la valse des prix au tango du gouvernement

Chassez le naturel de la vie chère, et il revient au galop. Cette remarque pourrait bien s’appliquer au contexte national burkinabè. En cause, une hausse vertigineuse du coût de la vie, avec en prime des pénuries de produits de première nécessité, que le gouvernement tente péniblement de juguler.

Dures, dures, ces vacances 2010, pour les poches des Burkinabè. Mais surtout pour leur moral. Eh oui, l’affaire est grave. Difficile de trouver des produits de consommation à des prix abordables sur le marché local.

A gauche, à droite, dans les grandes surfaces tout comme dans les boutiques de quartier, et même chez les tabliers les plus douteux, c’est le yoyo général. Les prix ont emprunté l’ascenseur.

C’est le cas du sucre, dont on connaît pourtant l’importance en cette période si particulière du jeûne musulman. Abondamment sollicité, le produit voit sa demande croître. Ce qui en principe devrait se traduire par une disponibilité à un coût assez raisonnable.

Mais, visiblement, il en fallait plus pour attendrir le monde économique burkinabè. Lequel, on s’en doute aisément, est loin d’être celui de la philanthropie. Mais tout de même! Faire ainsi les poches à des citoyens dont le pouvoir d’achat est réduit à sa plus simple expression par la conjoncture, voilà qui est bien dommage! Le risque étant de compliquer davantage la situation de millions de personnes qui sont loin d’être des proches de Crésus.

Surtout que l’enchaînement est manifestement infernal: à la pénurie de gaz butane s’est ajoutée l’augmentation du prix du carburant. Ce qui, par effet d’entraînement, provoque inévitablement le renchérissement du coût de la vie.

On connaît l’incivisme notoire qui caractérise nombre de nos concitoyens, toujours à l’affût. Ces derniers, devenus par la force des choses des spécialistes des répercussions immédiates de hausse, auront vite fait de s’illustrer encore une fois, de la plus mauvaise des manières.

Le problème, c’est que le plus dur reste à venir. Et pour cause, dans deux semaines, ce sera la fin des vacances scolaires. Une période qui rime naturellement avec sacrifices, et donc dépenses. Scolarités, fournitures, accessoires, transport, alimentation, cotisations diverses, mais aussi endettements, seront inévitablement à l’ordre du jour, dès cette rentrée, si ce n’est déjà le cas.

C’est clair, la bourse des parents d’élèves va donc saigner. Autant dire que la surchauffe sociale est à craindre. D’où l’initiative prise par le gouvernement de communiquer, question de faire baisser un peu la pression.

Dans le fond, la stratégie de défense adoptée par les autorités n’a pourtant pas varié d’un dossier à un autre. Elle consiste à s’aligner derrière l’effet de conjoncture continentale, voire internationale, pour donner la preuve de sa bonne foi. C’est le cas à la Sonabhy, la nationale des hydrocarbures. Son patron, Jean Hubert Yaméogo, espère religieusement que tout sera remis en ordre d’ici peu. Quand exactement? Personne ne le sait et n’est en mesure de le dire.

Le dernier communiqué de la société n’a pas été précis sur ce point. Aucune date probable n’a été avancée. Rien qui puisse indiquer un intervalle de temps à scruter. Tout au plus en appelle-t-on à la patience de la population.
Cotonou nous ayant momentanément fermé les vannes de sa gentillesse, pour on ne sait combien de mois, d’autres possibilités, dit-on, seraient en train d’être explorées. C’est notamment le cas de la piste ghanéenne, perçue comme une possible alternative crédible. Elle pourrait, si elle s’avérait concluante, nous aider à pallier les difficultés d’approvisionnement actuelles, selon les assurances fournies en haut lieu.

Sauf qu’en attendant un hypothétique retour des vaches grasses, c’est la vraie galère en ce moment pour les consommateurs burkinabè, dans leur grande majorité. Ces derniers, à l’évidence, cachent de plus en plus mal leur colère face au durcissement du «viima ya kanga». Et même qu’ils le font savoir publiquement.

Leurs angoisses sont compréhensibles, à dire vrai. Car un peu partout en ce moment, c’est le pied de guerre, pour tenter de trouver de quoi faire le plein de sa bouteille, pour ceux qui ont la malchance d’être en rupture. Pour les autres, par contre, c’est le moment de se serrer la ceinture, en réduisant de façon sensible la consommation de gaz domestique. Question de gérer au mieux cette période délicate qui s’est invitée dans le quotidien des ménages.

De l’étudiante amatrice de chaleur hydrique à la vendeuse de beignets assise au bord de la voie publique et abonnée aux miracles de la bonbonne, chacune espère pourtant encore. Elle veut croire que tout ceci n’est qu’une mauvaise blague. Il faut pourtant se rendre à l’évidence, et se retrousser plutôt les manches. Car cette fois-ci, c’est du sérieux!

Dans sa stratégie de riposte, le gouvernement burkinabè a envisagé un certain nombre de mesures, tendant à maîtriser la situation dans un bref délai. Dans cette perspective, un contrôle des prix n’est pas à exclure, selon la version officielle. Par rapport au constat général sur l’évolution de la situation, le ministre Léonce Koné, chargé de la mission délicate d’explication, a semblé pourtant ne pas très bien comprendre son propre texte.

Selon toute vraisemblance, l’optimisme n’a pas totalement refait surface chez les Burkinabè, si l’on en juge par leurs différents points de vue. Ils attendent de toucher du doigt l’effectivité des mesures de décrispation annoncées.

A. Traoré

Source : journaldujeudi.com

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