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UEMOA : ménage délicat entre renforcement de fonds propres et rentabilité bancaire

Le secteur bancaire de l’UEMOA démarre l’année 2011 après avoir bouclé en grande partie le processus de conformité par rapport aux nouvelles règles du capital minimum édictées par les autorités de régulation de la région. Derrière ce renforcement de fonds propres, pointe l’éternel problème de la rentabilité.

La volonté des autorités de l’Union économique et monétaire ouest africaine de porter le capital minimum des banques de la zone à 10 milliards de F CFA au 31 décembre, accélérera la reconfiguration bancaire de la région. Toutes les queues de peloton, les petites banques sans assise financière solides sont dans la ligne de mire des fonds d’investissements européens, américains ou asiatiques, des holdings et des institutionnels puissants. L’essentiel de la consolidation se jouera pourtant entre les catégories moyennes et les poids lourds. On l’a vu avec la prise de contrôle de la BOA par la BMCE Bank, les banques d’envergure continentale ou régionale, fort de leurs réseaux et de leurs performances, devront nouer de solides alliances pour profiter du tant attendu rebond de l’activité en 2011. Cas de la Holding Financial Bank, qui détient la Banque Atlantique, et qui a franchi le cap des 2 milliards de dollars de total bilan à la fin de l’année 2010.

Ce ténor ivoirien, largement au dessus de la bataille existentielle des minimums requis, a procédé à une deuxième vague de recapitalisation pour augmenter le pouvoir d’’engagement de ses filiales, en termes de fonds propres effectifs. Avec de telles performances et l’arrivée de la BOAD (acquéreur de 10,7% du capital) dans le tour de table en août dernier, la banque n’aura pas de mal à trouver de nouveaux partenaires institutionnels. C’est tout le marché ivoirien et ses 22 établissements bancaires suspendus tous à l’évolution politique du pays qui en sera impacté.

Si dans l’ensemble, l’étape de la conformité a été franchie avec succès grâce à des augmentations de capital et introduction à la Bourse à la clé pour les uns, à des émissions obligataires combinées dans les deux cas à des incorporations des réserves pour les autres, un même problème se pose pour tous les acteurs. L’apport de l’argent frais, précise ce cadre de d’une banque locale ivoirienne, risque d’affecter les ratios de rentabilité comme le ROE. En effet, comme vu ailleurs dans les marchés émergents, une trop forte augmentation des fonds propres affecte les profits des actionnaires. Au Maroc, le ROE a baissé ainsi de 220 points de base entre 2006 et 2009, suite à une progression de 15,2% des fonds propres du secteur sur la période. Cependant, d’un pays à l’autre de l’UEMOA, les rendements ne sont pas les mêmes.

C’est le petit Niger qui présente le meilleur retour sur investissements en fonds propre avec, selon les rapports de la commission bancaire de l’UEMOA, un ROE de 20,7%, devant le Sénégal (13,5%), le Mali (13,3%), le Togo (11,9%) et la Côte d’Ivoire (11,3%). C’est au bénin où l’on retrouve le taux le plus bas, soit 0,3%. Bref, compte tenu de la faible proportion de la population bancarisée et du taux de bancarisation (environ 6%), les banques de l’UEMOA seront tentées comme leurs consœurs du Maghreb de miser sur le relèvement des coûts de leurs prestations pour améliorer leurs retours sur investissement.

De l’avis des spécialistes, ces calculs devront se ressentir dans les PNB des prochains exercices où les marges sur taux d’intérêt devront encore baisser (bienfait théorique de la concurrence qui profitera au client) à l’inverse des commissions bancaires. Phénomène courant, la tendance à la surcharge des frais bancaires ne pourra être réprimée que par le professionnalisme de l’autorité centrale et la vigilance des associations de consommateurs. Seuls des investissements conséquents, à la recherche des populations éloignées des centres urbains seront à même de renverser la vapeur. Mais comment obtenir les fonds nécessaires sachant que l’appétit des actionnaires pour le risque n’est pas illimité ? A moins de recourir à la technologie, sachant que la téléphonie permet aujourd’hui un accès plus facile au service bancaire sans les frais de structure classiques qu’elle entraîne. «le téléphone offre un filon juteux, avec des recettes qui tombent presque intégralement dans le PNB », conclut notre interlocuteur qui pense que l’arrivée de nouveaux acteurs comme la Diamond la ou BGFI Bank montre bien qu’en dépit du ticket d’entrée élevée, le secteur bancaire de l’UEMOA continue d’attirer les investisseurs.

A.W

Les Afriques

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