Entre les chauffeurs routiers maliens, nigériens, burkinabè et les autorités chargées du transport en Côte d’Ivoire, rien ne va plus. Les premiers se disent à bout de souffle devant la persistance des perceptions illégales sur les routes ivoiriennes, alors que ce pays a signé les accords de libre circulation de l’UEMOA et de la CEDEAO.
Selon le secrétaire général de l’Union des chauffeurs routiers du Burkina, Jacques Ilboudo, depuis 2003, c’est l’Office ivoirien des chargeurs (OIC) qui organisait les escortes groupées sur le corridor ivoirien. Les chauffeurs avaient l’obligation de payer 120 mille F CFA par camion chargé pour être escorté d’Abidjan à la frontière du Burkina et du Mali.
Pour les camions vides, il fallait débourser 80 mille F CFA de Ouangolo à Abidjan. Malgré tout, les chauffeurs étaient rackettés sur les routes par les forces de l’ordre, tant dans les zones loyalistes que dans celles contrôlées par la rébellion. Pire, l’OIC attendait d’avoir 50 à 100 camions avant de démarrer, conséquence : ceux-ci pouvaient rester garés pendant 10 jours avant d’être escortés, nous a confié Jacques Ilboudo.
En 2010, une société privée, l’Union Gacci-SOCOCIB (UGS) a eu l’autorisation pour faire les mêmes escortes. Et cette concurrence arrangeait les routiers. En effet, l’UGS pratiquait des prix plus compétitifs, à savoir que pour escorter un camion chargé de la Côte d’Ivoire au Burkina, elle réclamait 80 mille FCFA (pour le camion vide, il fallait débourser 35 mille FCFA). Conséquence, l’UGS escortait près de 700 camions par semaine contre 200 pour l’OIC.
A entendre Jacques Ilboudo, les chauffeurs routiers n’avaient pas manqué en son temps de marquer leur satisfaction parce qu’ils n’attendent plus longtemps et les perceptions illégales avaient presque disparu.
« Les rackets sont revenus en force »
Hélas, suite à la crise du contentieux électoral qui a emporté la CEI et le gouvernement, un nouveau ministre des transports a été nommé. Ce dernier, après sa prise de fonction, a déclassé l’UGS de l’escorte des camions en Côte d’Ivoire, selon Jacques Ilboudo. L’OIC étant resté seul maître à bord, les rackets sont revenus en force. Un chauffeur de Bobo Dioulasso a par exemple révélé que les faux frais versés à la police, à la gendarmerie et aux militaires s’élevaient actuellement à 150 mille FCFA au moins entre la frontière et la capitale, Abidjan. C’est pour dénoncer l’escorte groupée et faire des propositions, qu’une délégation des chauffeurs routiers du Niger, du Mali et du Burkina a effectué une mission en Eburnie pour rencontrer les autorités ivoiriennes. Au port d’Abidjan, Jacques Ilboudo et ses camarades disent avoir trouvé plus de 50 chauffeurs qui refusaient de se faire escorter par l’OIC mais la douane avait bloqué leurs documents. Aux autorités chargées du transport et de la sécurité, les syndicats ont demandé le retour de l’UGS pour permettre aux chauffeurs de choisir la structure qu’ils veulent. Mais, visiblement, ils ne vont pas rester les bras croisés. Les chauffeurs routiers du Burkina, du Niger, du Mali et de la Côte d’Ivoire envisagent de manifester leur mécontentement dans les semaines à venir. Ils choisiront pour ce faire, les postes frontaliers de la Côte d’Ivoire en espérant que leurs doléances seront examinées.
Par Dayang-ne-Wendé P. SILGA
Source : lepays.bf




