Voir en « live » les problèmes des agents des structures déconcentrées du ministère de l’Economie et des finances (MEF) et ceux des opérateurs économiques et leur apporter des débuts de solutions, voilà ce qui a motivé la tournée du ministre Lucien Marie Noël Bembamba dans les régions. Les 5 et 6 décembre, c’est le Sahel et le Centre-Nord, précisément les chefs-lieux Dori et Kaya, qui ont reçu le grand argentier de l’Etat, accompagné de ses plus proches collaborateurs.
S’imprégner des conditions de travail des agents des structures déconcentrées du MEF, leur apporter des encouragements et surtout leur proposer des solutions à leurs problèmes et écouter les doléances des opérateurs économiques ; c’est ce qui a été la locomotive de la tournée-marathon que le ministre de l’Economie et des finances, Lucie Marie Noël Bembamba a effectuée dans les régions du Sahel et du Centre-Nord, respectivement les 5 et 6 décembre 2011 à Dori et à Kaya. Il s’est fait accompagner, non seulement par ses plus proches collaborateurs, à savoir les différents directeurs généraux du ministère, mais également par les « partenaires sociaux », c’est-à-dire les représentants des syndicats des travailleurs. Les autorités locales, à savoir les gouverneurs du Sahel et du Centre-Nord étaient également de la partie.
Directions régionales de Dori et Kaya : des problèmes…
A Dori et à Kaya, le ministre de l’Economie a pu fouler les terrasses, entrer dans les bureaux et parcourir les couloirs des directions régionales du Trésor public, du Budget, du Spécialiste en passation des marchés, des Douanes, des Impôts, du Contrôle financier, de l’Economie et de la planification, des Statistiques et de la démographie. Il a pu constater des problèmes que les agents ont d’ailleurs relevés lorsqu’il les a rencontrés. Sur le plan du personnel, à Dori comme à Kaya, les directeurs régionaux ont manifesté un manque ou une insuffisance en personnel et en personnel d’appui et un besoin en formation continue et en stage de recyclage. Mais, le plus gros des problèmes se situe au niveau du matériel et des infrastructures : matériel roulant manquant, insuffisant ou défectueux, de nombreux véhicules « sur cale », insuffisance de matériel informatique et débit lent ou absence totale de connexion à Internet, non-sécurisation des postes comptables. Sur cette dernière difficulté, le receveur des Impôts de Dori a pratiquement poussé un cri du cœur : « Il n’y a pas de policier pour notre sécurité. De sorte que je suis obligé de m’enfermer le soir dans mon bureau avec mon caissier pour faire les comptes ». En ce qui concerne les infrastructures, les agents ont relevé, et le ministre aussi d’ailleurs, la vétusté de certains locaux, pendant que d’autres sont dépassés à Dori. A la Direction régionale du Contrôle financier de Dori, on a fait savoir au ministre qu’à la prochaine pluie, les agents préféreraient « s’abriter » à l’air libre que de rester dans leurs bureaux.
… des solutions aussi
« J’ai été édifié par les visites », a laissé entendre Lucien Marie Noël Bembamba avant d’ajouter : « Je reconnais qu’on ne peut pas continuer comme ça ». Alors, des réponses et solutions ont été annoncées par le ministre lui-même et ses collaborateurs. En ce qui concerne le manque ou l’insuffisance de personnel, ils ont indiqué qu’une nouvelle stratégie était en train d’être élaborée afin de mieux utiliser les ressources humaines. Il s’agit de la définition des postes de travail qui permettrait à chaque agent de savoir quelles sont ses tâches et d’ainsi mieux accomplir sa mission. Ce qui permettra également de mieux exprimer les besoins du ministère à la Fonction publique aux fins des recrutements. En ce qui concerne le matériel informatique, le MEF a pris un engagement plutôt ferme : « S’il y a un domaine où je peux prendre un engagement et être prêt à être jugé, c’est bien celui de l’informatique ». Et il a fait savoir que d’ici à 2012, toutes les structures déconcentrées seront dotées en ordinateurs et que les différentes connexions seront établies, l’administration financière devant se moderniser. Mais il a demandé aux agents de ne pas oublier le travail au profit des distractions sur Internet. Quant au matériel, le ministre a demandé aux agents de s’inscrire dans une dynamique de rationalisation : lier les moyens aux objectifs. Et cela s’inscrit dans la nouvelle vision que s’est donnée le ministre de l’Economie et des finances.
Ministère de l’Economie et des finances : nouvelle vision, nouvelle politique
Cette nouvelle vision se résume en quatre mots : administration moderne, efficace, transparente et solidaire. Il a aussi demandé aux agents de s’imprégner de la politique sectorielle de l’économie et des finances, en phase de préfinalisation, et qui doit désormais consacrer la réelle fusion entre l’ex-ministère de l’Economie et du développement et l’ex-ministère des Finances et du budget. Pour revenir à la question du matériel, le ministre a indiqué que les besoins doivent s’inscrire dans le Programme d’actions prioritaires, logique du budget- programme qui lie les moyens aux objectifs à atteindre. Le ministre a également expliqué qu’il faudra mettre un terme au chevauchement de compétences issues de la fusion. Il a aussi souhaité que, pour plus d’efficacité, tout agent qui sort de l’école de formation puisse d’abord « faire ses armes » sur le terrain.
« Les opérateurs économiques, nos meilleurs clients ! »
Mais la visite du MEF n’a pas seulement concerné les agents des structures déconcentrés. « Les opérateurs économiques sont nos meilleurs clients », a expliqué Lucien Marie Noël Bembamba. Ce qui explique que tant à Dori qu’à Kaya, il les a rencontrés. Mais à Dori, les préoccupations n’ont pas été les mêmes qu’à Kaya. Si dans la ville dirigée par le maire Hama Arba Diallo, les préoccupations tournent autour des tracasseries douanières et le non-profit des marchés publics et des mines d’or aux entreprises locales ; à Kaya, les différentes questions posées par les opérateurs économiques ont révélé un manque d’information sur la réglementation et les procédures de l’administration des finances. Voilà pourquoi le ministre a décidé séance tenante de la tenue prochaine de journées portes ouvertes de toutes les structures déconcentrées afin d’expliquer le travail des agents du ministère de l’Economie et des finances aux commerçants.
Vu et entendu à Dori et à Kaya
« Pourquoi on va nous laisser ici pour aller là-bas ? »
« Pourquoi on va nous laisser ici pour aller là-bas ? » Question d’un opérateur économique de Dori qui résume le mécontentement des opérateurs économiques des régions du Sahel et du Centre-Nord sur l’inaccessibilité des marchés publics de l’Etat aux entreprises locales. Pour ce qui concerne le Sahel, ce sont les mines d’or qui ne profitent pas aux entreprises de la région, les premières s’approvisionnant à Ouagadougou. A Kaya, on ne comprend pas qu’on prenne une entreprise à Ouaga pour venir faire du nettoyage à Kaya. « Vous avez raison, cela n’a pas de sens », a opiné Lucien Marie Noël Bembamba. Il a alors apporté la nouvelle que d’ici à la fin de l’année, du mois de décembre donc, un texte sera adopté pour déléguer les crédits. Et il a donné un exemple : « Les tables-blancs seront désormais fabriqués dans les régions par les artisans locaux pour distribuer aux écoles. » De quoi arracher des applaudissements aux opérateurs économiques de Dori et Kaya.
* Les véhicules de l’Etat aux enchères pour les fonctionnaires
C’est le directeur général du patrimoine de l’Etat, le colonel Tibo Ouédraogo, qui a donné l’information : le principe a été adopté au Conseil des ministres que les véhicules de l’Etat seront bientôt mis aux enchères au profit des travailleurs de l’Etat dès qu’un décret aura légalisé l’idée. Voilà qui devrait résoudre la question des véhicules sur « cale ». En tout cas, on a applaudi à Kaya.
Propos après tournée
Lucien Marie Noël Bembamba, ministre de l’Economie et des finances
« Des efforts à faire en termes de communication »
« L’étape de Kaya est venue conforter ce qu’on a eu à faire comme constat depuis que nous avons engagé cette tournée. Mais, ce que j’ai le plus retenu à Kaya, ce sont les échanges avec les opérateurs économiques. C’était vraiment des échanges très francs et j’ai noté à quel point nous avons des efforts à faire en termes de communication. En ce qui concerne le personnel, j’ai été impressionné par la solidarité qu’il y a entre le personnel plus qu’ailleurs (…). Il y a des problèmes qui sont communs. C’est surtout au niveau des opérateurs que j’ai senti qu’il y avait des sensibilités particulières. Au Sahel, ils sont très préoccupés à juste titre par le fait que les opérateurs locaux n’ont pas accès aux marchés publics. Egalement, en termes d’activités, ils se plaignent beaucoup qu’il y a des sociétés minières qui s’installent mais qui ne les emploient pas. Au niveau du Centre-Nord, c’est beaucoup plus une question d’information. Je pense que ces tournées, il faut les faire régulièrement pour permettre aux populations d’être davantage informées et pour nous permettre de prendre exactement le pouls de leurs préoccupations pour que dans les choix que nous faisons, nous ne passons pas à côté. »
Ousmane Guiro, directeur général des douanes
« Il ne faut pas prendre les contrôles pour des tracasseries »
« Je suis satisfait des échanges que nous avons eus tant avec les agents qu’avec les opérateurs économiques. Je connais déjà les difficultés que les agents rencontrent. Ce sont surtout les échanges avec les opérateurs économiques qui m’ont intéressé. Au niveau du Centre-Nord, il n’y a pas eu de préoccupation. Au Nord, nous avons quelques questions et la plainte principale a concerné les contrôles de la Douane sur les transports entre Ouaga et Dori. J’ai eu l’occasion de leur expliquer que ces contrôles sont nécessaires. Il ne faudrait pas qu’ils prennent ces contrôles pour des tracasseries, car c’est parfois pour les protéger (…). De notre côté, nous demandons aux agents d’être courtois avec les opérateurs économiques. Comme l’a dit le ministre, il faut que la Douane soit une administration moderne, transparente et efficace. »
Abdou ZOURE
Le Pays




