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Taux directeurs de la Banque Centrale : Toujours le statu quo

Très optimiste quant aux perspectives de croissance économique de l’Union dont elle projette le PIB à 6,4% en 2012, le Comité de politique monétaire de la Bceao (Cpm) qui s’est réuni le 07 décembre dernier à Dakar a décidé de maintenir inchangés ses taux directeurs.

Le Comité de politique monétaire (CPM) de la Bceao(Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), lors de sa dernière réunion qui s’est tenue le 7décembre dernier à Dakar, a jugé « globalement favorables les conditions monétaires actuelles, arguant d’un contexte de liquidité bancaire « importante » et d’une détente des taux sur le marché. Aussi, au niveau des conditions de banque, le taux du coefficient des réserves obligatoires en vigueur depuis le 16 novembre 2010 et désormais harmonisé à 7,0% dans la zone, est maintenu. Dans son communiqué officiel au sortir de sa 6ème réunion, l’institution se félicite de l’uniformisation des coefficients à 7%, indiquant que celle-ci « permet de renforcer la concurrence entre les banques de l’Union notamment par la baisse des taux débiteurs ». Sauf que malgré la kyrielle de banques dans la zone, la concurrence entre les banques de l’Union semble se faire ailleurs que par la baisse des taux débiteurs.

Dans son communiqué, l’institution reconnaît d’ailleurs que les taux débiteurs des banques ainsi que les taux moyens pondérés des émissions de bons du Trésor, au troisième trimestre 2011, ont connu des hausses par rapport au trimestre précédent.
Les banques ne suivent pas

L’analyse que nous en faisons montre qu’en septembre 2011, le taux débiteur moyen des banques s’est accru de 23 points de base pour se situer à 8,54% contre 8,43% en août, une augmentation qui a concerné principalement la clientèle financière des banques et les entreprises publiques. Un tel contexte n’est pas pour favoriser l’investissement privé, la conséquence de la hausse des taux d’intérêt étant de rendre onéreux le crédit pour les créateurs d’entreprises, limitant ainsi le degré de rentabilité de nouveaux projets d’investissements financés par le crédit bancaire.

Dans le même temps, le taux de rémunération des dépôts de la clientèle est ressorti en baisse en septembre 2011, le taux moyen dans l’ensemble de l’Union s’établissant à 5,29% en septembre contre 5,33% le mois précédent. Le repli du taux créditeur (versé sur les dépôts) a été enregistré principalement sur les dépôts des particuliers et ceux des entreprises d’assurance. Il apparaît que le repli du taux créditeur est susceptible de décourager l’épargne dans la zone.

En cumul sur le troisième trimestre, les taux débiteurs moyens des banques se sont ainsi accrus de 26 points de base pour se situer à 8,59% alors que les taux de rémunération des dépôts de la clientèle sont, pour leur part, restés quasi-stables à 5,28%. Quant aux taux moyens pondérés des émissions de bons du Trésor, ils se sont détendus de 33 points de base d’un trimestre à l’autre pour se fixer à 5,54%.

Par ailleurs, instruments de régulation économique au service de la politique monétaire et dont les objectifs sont d’une part de limiter l’inflation, et d’autre part de favoriser la croissance économique, les taux d’intérêt directeurs composés du taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres (open market) et du taux d’intérêt des opérations sur le guichet de prêt marginal (escompte), restent maintenus respectivement à 3,25% et 4,25% (niveau encore supérieur à ceux de la zone euro).

Prête à resserrer ?

Pour la problématique, un crédit obtenu par une banque commerciale par refinancement avec un taux d’intérêt (taux de refinancement) peu élevé, permettra à cette banque d’accorder à son tour des crédits (augmentés certes d’une certaine marge) peu onéreux aux entreprises et aux particuliers : l’activité économique et la croissance s’en trouveront ainsi favorisés.

A l’inverse, une hausse des taux directeurs aura pour objectif de limiter la demande de liquidités des banques et ainsi d’éviter une trop forte inflation. Même si par ailleurs, la BCEAO considère que le relèvement des taux directeurs ne devait pas être considéré comme la réponse automatique à une montée des tensions inflationnistes à court terme.

Il n’empêche, depuis la mi-2009 et en marge de la baisse de l’inflation, le desserrement monétaire a contribué à amortir l’impact de la crise financière internationale. La BCEAO a eu recours à divers instruments comme l’abaissement de ses principaux taux directeurs de 50 points de base, ramenés à 4,25 % ; l’adoption du coefficient uniforme de réserves obligatoires (7 %, à compter du 16 décembre 2010), conforme en gros aux précédentes recommandations des services du FMI; l’injection régulière de liquidité par son guichet hebdomadaire; les autres mesures visant à aider les pays à réduire leurs arriérés de paiements intérieurs.

Certes un léger ralentissement de la hausse des prix a été observé au troisième trimestre 2011. Le taux d’inflation en glissement annuel est passé de 3,9% à fin juin 2011 à 3,6% à fin juillet 2011, 3,5% à fin août 2011, avant de remonter à 3,8% à fin septembre 2011. La hausse des prix reste toujours influencée par le renchérissement des denrées alimentaires et des carburants.

Aussi, quand bien-même la Bceao prévoit aujourd’hui une décélération (2,8% contre 3,6% au troisième trimestre) de l’inflation au quatrième trimestre 2011 comme conséquence essentielle de la dissipation progressive des effets de la cris en Côte d’ivoire, elle devrait se tenir prête à resserrer la politique monétaire si l’évolution actuelle persistait et risquait de se propager à l’inflation sous-jacente et ainsi, de se transformer en anticipations inflationnistes.

par Malick NDAW

Sud Quotidien

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