Après le passage de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 dimanche, sa prestation fait encore débat. Les avis sont partagés. Avez-vous trouvé son intervention réussie ?
Globalement c’était une bonne intervention de sa part, dans la mesure où c’était une interview très maîtrisée, calibrée et millimétrée. Il a pu exprimer ce qu’il avait décidé d’exprimer. C’est positif. Dans les éléments plus critiques, ce caractère très calibré, fruit de beaucoup de travail et de préparation, a pu nuire à l’expression d’émotions.
Beaucoup de commentaires soulignent justement le manque de spontanéité…
C’est toujours la contrepartie d’un très gros travail de préparation. Quand vous êtes mobilisé par un contenu fixé à la virgule près, ça laisse peu de place à l’expression de l’émotion. Il travaillait sous influence de sa préparation et sous le contrôle de ses avocats. C’était un exercice extrêmement difficile. C’était pour lui l’intervention la plus difficile de sa vie.
Aurait-il dû envoyer un simple communiqué ?
Non. C’est certes plus simple, mais c’est moins efficace. On ne peut pas remplacer 13 millions de téléspectateurs par un simple communiqué. L’attente était tellement forte qu’il ne pouvait échapper à un moment d’expression publique.
Voyez-vous dans l’intervention de DSK un parallèle avec celle de Bill Clinton après l’affaire Monica Lewinsky ?
Oui bien-sûr, ce sont des stratégies de communication comparables. Cela va jusqu’aux mots, avec l’utilisation du mot « inapproprié » au sujet de la relation. On est même dans la traduction de Clinton. J’imagine qu’ils ont regardé l’intervention de Clinton.
Il explique ne pas vouloir intervenir dans la primaire PS. Pourtant ses propos confirmant le pacte avec Martine Aubry, ou le fait d’affirmer qu’il voulait être candidat gênent la maire de Lille…
L’affirmation du pacte n’aide par Martine Aubry. Je ne suis pas sûr que ça déplace beaucoup de voix, mais ça ne l’aide pas. On a vu le lendemain comment les partisans de Hollande et singulièrement les strauss-kahniens ralliés ont utilisé cette faille, en cherchant à faire passer Aubry pour une candidate par défaut. De facto, il a joué un rôle à son corps défendant dans la primaire.
La difficulté de l’intervention de DSK, c’est qu’elle est gourmande. Il y a trois volontés dans son expression publique. La première, c’est un acte de contrition. « J’ai fait une faute, j’en ai fini avec la légèreté, c’était une faute morale ». Dans le même temps, il y a la contre-attaque. L’homme dans la contrition, avec un visage de deuil se met à s’animer dans la phase de contre attaque, avec à la main le rapport Vance. Il y a forcément une forme de contradiction entre les deux volontés. Je crains que vouloir faire les deux ait altéré l’une et l’autre. Puis il y a eu la troisième phase : je suis de retour et je parle économie. Or le temps du retour politique, s’il est possible, c’est un temps long.
Vous pensez son retour possible ?
Oui il est possible qu’il revienne mais dans un temps long. Mais l’objectif de cet émission était de fermer la porte de son passé récent. C’était exagéré de vouloir ouvrir la porte de l’avenir. Et comme la porte du passé reste entre ouverte avec un reste de suspicions, ça fait courant d’air.
Selon Harlem Désir, premier secrétaire par intérim du PS, « DSK n’est plus un acteur de la vie politique française »… Il dérange aujourd’hui ?
On a vu au PS les amitiés évolutives avec le temps. Je trouve qu’on voit là une capacité chez Harlem Désir à manier la pelletée de terre un peu rapidement et pas de manière très élégante. Je ne suis pas sûr que la situation le disqualifie pour dire des choses intéressantes sur le plan économique. Sa proposition pour que l’Europe prenne ses pertes dans la crise grecque a animé bien plus le débat que bien des propositions du PS. C’est trop facile de considérer que ce qu’il dit est de facto disqualifié par le doute qui demeure sur cette affaire. Ça le sort du jeu politique, pas de la politique.
13 millions de téléspectateurs sur TF1, 2 millions pour Tristane Banon lundi soir sur Canal +… On parlait de lassitude, mais l’affaire DSK reste une assurance d’audience pour les chaînes…
Il y a un feuilleton. Avant de savoir le fin mot, les gens ont envie d’aller jusqu’au bout. Il y a une dynamique normale. A l’heure où nous sommes, cette élection présidentielle est une élection orpheline. Personne ne peut oublier que les Français souhaitaient qu’ils soient candidat et s’apprêtaient à voter pour lui. Cette campagne continuera pendant un temps, peut-être jusqu’ au bout, d’être hantée par la statue du commandeur qu’est DSK. Et dans la conjoncture de crise, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il manque au débat. Au-delà du PS, c’est l’épine dans le pied de la campagne. Il y a une chaise vide dans ce débat.
François Vignal | Publicsenat.fr




