Nous avons reçu d’un de nos lecteurs, cette véhémente analyse sur la situation à Inata, un important site minier au Burkina Faso. Le ministère en charge des mines a récemment publié des chiffres qui démontrent la fulgurante ascension de ce secteur dans l’économie nationale. Cet écrit lève un coin du voile sur la situation assez inquiétante dans les sites miniers où se déroule un apartheid qui ne dit pas son nom. Il interpelle l’Etat sur ses obligations tant en ce qui concerne le respect scrupuleux du cahier des charges que sur la nécessaire observance des lois sociales au Burkina.
Que se passe-t-il à Inata, et plus généralement dans le Soum, dans le jardin de la Société des mines de Bélahourou s.a. (SMB) ! Cahin cahan, des échos de frustration arrivaient à remonter à la surface. Mais depuis quelques temps, la situation connaît une accélération dangereuse, avec les populations qui menacent de s’attaquer physiquement aux infrastructures. Entre outrances des uns et ressentiments des autres, le climat social est dangereusement plombé. A l’État burkinabè de prendre ses responsabilités. Mais comment??
Côté jardin : un management littéralement « ?à la rue? », le directeur des opérations accusé de « ?racisme? », des évaluations de personnel qui devaient donner lieu à un changement d’échelon rejetées du revers de la main par ce même directeur parce que semblant être trop favorables aux employés, des délégués du personnel prompts à l’insurrection, des employés sur les nerfs, des expatriés tels des mercenaires lorgnant plus que jamais sur leur « ?package financier? » (sait-on jamais)…
Côté cour : une population qui donne à la compagnie un ultimatum qui expire à la fin de cette semaine, prête si elle n’est pas satisfaite à passer à une phase « ?supérieure? » plus violente ; des leaders locaux désabusés, et furieux d’avoir été roulés dans la farine par des langues « ?mielleuses et fielleuses? »; une administration locale inquiète de la tournure que prend les choses dans un contexte que tout le monde connaît au Faso…
Ceci se passe à Inata dans la province du Soum. Les esprits bouillonnent et ce n’est pas l’intensité de la chaleur qui en est la principale cause. Révélations et documents à l’appui, le tableau dressé est littéralement… stupéfiant.
La descente aux enfers démarre après le départ du premier directeur, David McNee, et la double arrivée aux commandes de la SMB de Colin J. S. Belshaw (Directeur des opérations) et de Saïdou Idé (Directeur national ; il est aujourd’hui casé comme chef de projet de la mine de zinc de Perkoa).
Sur le banc des accusés
Il est reproché au premier nommé de n’avoir aucun sens des relations humaines. Il serait rigide et méprisant à l’égard des francophones. Son mode de management aurait été également décrié au Mali auprès des employés locaux. .
Adepte de Bacchus, lors de ses cuites, il se lance dans une interminable diatribe contre les francophones i: insultes et médisances au menu. Il n’est pas le seul à participer à la curée?: d’autres (tous des anglophones) se joignent à la danse. Sous leur appatam, le « Gazibo » qu’ils disent, c’est quasiment chaque soir, beuveries et défoulement comme thérapie collective. Une anecdote qui en dit long?: Récemment, Colin Belshaw a promis payer toutes les primes auxquelles les employés locaux ont droit. Quelques jours après, il se dédit en disant qu’il avait peut-être dit cela sous l’effet de l’alcool. Pas étonnant s’il a réussi à fédérer contre lui la quasi-totalité du personnel local. En début d’année, une journée de grève lui a été spécialement dédiée sans que son employeur, Avocat, n’en saisisse la portée.
Saïdou Idé a été la « caution nationale » à ce niveau de responsabilités. Fort de son titre, il a promis aux populations et à l’administration tant locale que centrale, plus qu’il n’en pouvait. Mauvaise pioche?: au fil de ses promesses non tenues, sa parole prenait moins de valeur que les cailloux qui jonchent le chemin menant à la mine comme l’a admirablement dit un élu local. Extrêmement sensible à la flagornerie, Saïdou Idé gère par affinités et sensibilités. Derrière les fourneaux du recrutement, il s’est mis à faire sauter les filtres de l’équité et de la transparence. En première ligne?: complaisance, favoritisme, manipulations, intrigues, intimidations, menaces et rancunes. Deux camps?: ceux qui sont avec ; et ceux qui ne sont pas avec. À ceux-là qui n’ont pas (plus) ses faveurs, dans sa palette?(non exhaustif): tentatives de déstabilisation, mesures arbitraires, « mise au placard » ou « licenciement » sous tout prétexteii. En juin 2010 a eu lieu une augmentation salariale. Générale ? Oh que non ! Quelques uns n’ont pas été concernés par?la mesure car faisant partie de la liste des « proscrits ». Cette révision salariale a été faite loin de toute concertation avec les délégués du personnel et elle a bien entendu fait la part belle à se protégés. Touchant !
Pas étonnant si aujourd’hui, la SMB a la côte à l’inspection du travail et dans les cabinets d’avocat. Tout ceci se tient et se passe avec la complaisance ou en parfaite ignorance (soyons charitables même s’il est difficile de cocher cette option) des bonzes d’Avocet. Dans les cénacles miniers du Faso, on se gausse volontiers à haute voix devant autant d’incompétence et d’amateurisme au sommet de la SMB.
Gouvernance à deux vitesses
En plein Burkina, SMB a réussi le tour de force de discriminer ses employés en fonction de critères qui lui sont propres.
Pour loger les travailleurs du site, ni une, ni deux, deux camps ont été créés. Le premier abrite les occidentaux et certains africains qui leur sont réputés proches et fidèles. Ce camp est situé en plein dans l’empreinte géographique naturelle du site minier. Il a bien entendu toutes les commodités et le confort requis ; il est aux exigences occidentales. Le deuxième abrite ceux que l’on peut qualifier des damnés de la compagnie. Il n’abrite que des africains et le confort y est rustre. Il est situé en plein village de Sona, dépourvu de toute infrastructure. Touche distinctive: si dans le camp abritant les occidentaux, les 3 repas sont gratuits et de qualité, ce n’est pas le cas dans l’autre camp?: 1 repas gratuit et les 2 autres sont payants. Il n’y a pourtant pas photo dans le niveau de revenu entre les employés des deux camps.
Colin Belshaw n’a aucune confiance aux capacités locales. Il ne s’en cache pas. Sous son instigation, et sans opposition de Saïdou Idé, la SMB est allée chercher des compétences au Ghana et au Mali. Cerise sur le gâteau?: ces compétences sont souvent moins qualifiées que les Burkinabè déjà en place. Ce qui entraine départ et démotivation au sein des géologues locaux. Le plan de formation visant la mise à niveau des compétences locales est non seulement torpillée mais il n’est aucunement mis à exécution. Ce qui a un impact sur le processus de nationalisation des postes des expatriés par les cadres nationaux, alors que cet aspect est compris dans les engagements de la SMB vis-à-vis de l’État.
Se payer sur la BTE
La SMB n’a aucune procédure fiable de contrôle interne. Alors, à tous les étages, ceux qui le veulent, profitaient de la mansuétude de la direction. Le processus de recrutement est ainsi biaisé. Il se fait sur des bases familiales ou de connaissance. Encore plus grave, des sommes d’argent sont exigées. Chaque membre du service des ressources humaines a ainsi réussi à faire recruter son frère, sa sœur, son cousin, sa cousine ou autre membre de sa famille pour amoindrir sa charge familiale. Pas étonnant que les communautés locales estiment que le processus de recrutement est plus que biaisé.
Colin Belshaw a battu le rappel des compagnons dès son arrivée à la tête de la mine. Il a été fortement encouragé par certains membres du conseil d’administration d’Avocet. Colin Belshaw ne peut opposer le critère de la compétence parce que non seulement la main d’œuvre est disponible mais en plus, les Burkinabè qui occupent les postes d’assistants à tous ses expatriés travaillent avec plus d’efficacité.
Mesures d’urgence
SMB a réagi. A sa manière. Elle a sacrifié un et ménagé l’autre?: Saïdou Idé est parti, il y a à peine plus d’un an après sa nomination ; Colin Belshaw, lui est toujours en place. Pas assez à l’aune de l’enjeu. Pas assez au regard des manquements. Tant à l’interne, qu’à l’externe, la situation est d’une rare explosivité même pour une entreprise du secteur, secteur pourtant habitué à ce que les vents des jugements durs soufflent fort.Trop peu.La SMB n’appartient pas qu’à Avocet. Chaque Burkinabè est partie prenante de son patrimoine. Le champ de la bonne gouvernance est pollué d’exigences vis-à-vis de l’État. Quid des sociétés privées ? La SMB aujourd’hui tangue. Il est de la responsabilité de l’État de mettre de l’ordre. Mais quand l’État est à la rue ou à d’autres priorités plus immédiates (du fait de l’actualité), quels sont les recours ? Laisser chacun y aller avec ses forces et ses armes ? Au risque des (inéluctables) dérapages ?
D’ailleurs du fait des promesses non tenues et des maladresses commises par la SMB, le Directeur du développement durable et les membres de sont équipe sont interdits dans les villages entourant la mine. Pis, dans une note adressée à Colin Belshaw en fin avril, ces populations réclament le départ des agents de ce département.
Du côté de l’État, deux actions sont impérieuses?: diligenter un audit et nommer un remplaçant à Saïdou Idé. Ce qui est écrit peut être pris comme une instruction à charge. Soit ! Qu’un audit conforme aux exigences soit alors mené. Et que les conclusions soient rendues publiques.
Le Burkina Faso a le code minier le plus intéressant en Afrique. C’est un fait. Il est surtout extrêmement favorable aux investisseurs. C’est une réalité. Pour l’avoir compris, le nouveau pouvoir guinéen en est aujourd’hui à réviser son code minier. La part de l’État devrait grimper à 33, 33 % (contre 10%), à prendre ou à laisser. En définitive, le plus important, ce ne sont pas les royalties. Mais le respect des règles qui fondent et font la République. Dans le secteur minier, comme ailleurs.
Calixste Ouédraogo
i Les occidentaux francophones du site, comme les Québécois, ne sont nullement épargnés. Tout au contraire?!
ii Bien aidé par un service des ressources humaines aux ordres.
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