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Sites d’orpaillage dans le Tuy : Bombi, le nouvel eldorado

Chaque année, le gouvernement interdit l’orpaillage sur les sites d’exploitation traditionnelle en hivernage pour empêcher que des Burkinabè ne meurent sur ces sites par suite d’éboulements. Mais la mesure de fermeture est foulée au pied chaque année par les orpailleurs sur la plupart des sites. Dans la province du Tuy où l’on dénombre plus d’une quinzaine de sites, les orpailleurs ignorant donc superbement la mesure. C’est ce qu’il nous a été donné de voir à Bombi, village situé à une vingtaine de kilomètres de Houndé, où nous nous sommes rendu le 9 août dernier.

Là-bas, environ 5 000 personnes ont dévasté plusieurs hectares de brousse, commencent à s’y installer pour s’adonner à coeur joie à l’orpaillage. Découvert il y a de cela une dizaine de jours, le site d’orpaillage dans la brousse du village de Bombi dans la commune de Houndé a déjà accueilli plus de 4 000 personnes à la recherche de l’or. Ce nouveau site est le lieu de convergence de tous les orpailleurs de la province du Tuy et même d’ailleurs. Sur la route de ce site, impossible de faire un kilomètre sans se faire dépasser par les orpailleurs qui à moto, qui en véhicule ou charrette, qui foncent vers ce village devenu subitement un eldorado. Sur place, on est saisi par la coupe abusive du bois qui a déjà dévasté plusieurs hectares de végétation. Il y a aussi les nombreux trous recouverts de plastiques bleus et noirs qui assaiment la brousse. Ce sont des lieux de traitement et de récupération du métal jaune par l’usage du mercure et du cyanure.

L’autorité de l’Etat défiée

A exactement 25 km de Houndé, en pleine brousse, l’orpaillage se mène tranquillement. A côté des trous, des gens s’affairent pour construire des hangars, d’autres pour installer des moulins. Des orpailleurs affluent chez les bouchers et les restaurateurs, des acheteurs s’engouffrent dans les hangars. Bref, le site était très animé en cette matinée du mardi 9 août. Pourtant, depuis le 1er juin dernier, tous les sites d’orpaillage de la région des Hauts-Bassins et, partant ceux du Burkina, sont censés fermés, selon un arrêté conjoint du ministère de l’Administration territoriale et de celui des Mines et des carrières. Dans cette région et en raison de la forte pluviométrie, le risque d’éboulement est très élevé et il faut préserver la vie de citoyens. Mais c’est mal connaître les orpailleurs. « Je meurs, ou celui qui m’interdit de chercher mon argent meurt », a déclaré un des orpailleurs, le corps toujours boueux, que nous avons rencontré. Comme ce dernier, plusieurs autres venaient à peine de sortir des trous pour se restaurer et l’un d’eux qui refuse de se faire prendre en photo, laisse entendre qu’il est informé de la fermeture des sites en cette période. Effectivement, un communiqué de madame le haut- commissaire avait été diffusé en boucle sur une radio locale pour rappeler le contenu de l’arrêté d’interdiction aux populations. Les orpailleurs sont dans l’illégalité et ils le savent bien.

Black out sur les éboulements

Selon des indiscrétions, un orpailleur serait mort dans un des trous et son corps avait commencé à pourrir. « Il se dégage une odeur bizarre d’un trou depuis hier mais il semble que c’est un des nôtres qui est dedans », nous a confié un orpailleur. En pareille circonstance, les éboulements ne sont pas signalés aux autorités par crainte de représailles. Il y a de cela deux semaines, nous avons appris de sources dignes de foi la mort d’un autre orpailleur sur le site de Dossi par suite d’éboulement. Ce drame n’a pas aussi été ébruité par les responsables du site. La province du Tuy a enregistré de fortes précipitations ces derniers temps qui favorisent les éboulements. Mais sur le site de la brousse de Bombi, on n’en a cure. Sur la route du retour, il faut être très prudent pour ne pas se faire renverser par une « Apache », cette marque de grosse moto prisée par la plupart des orpailleurs. Nous avons rencontré quatre véhicules communément appelés 10 tonnes chargés de moulins, de paille, de caisses de bière, etc., en direction du nouveau site. Ces véhicules ont quitté le site d’or de Dibien dans la commune rurale de Koti, toujours dans la province du Tuy, pour migrer vers celui de Bombi. Or, quand tu nous tiens !

Yelkabo Rodrigue SOME

Lepays

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