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Salif Kossouka : Voici comment ce complice de l’Etat a mis la SN-GMB à genoux

Où se trouve en ce moment l’homme d’affaires Salif Kossouka et que devient-il, après sa sortie de prison ? Même si certaines confidences avancent sa présence dans un pays voisin, ce qu’on peut retenir surtout et dont nous ne voudrions pas douter, c’est qu’il demeure en un lieu où la justice pourrait aller le chercher au moment voulu. C’était en tous les cas la garantie donnée par le procureur lors de sa mise en liberté provisoire. On le sait, Salif Kossouka Ouédraogo est surtout suspecté dans la tentative d’assassinat de M. Bandyan Travaly, représentant de BAT (British American Tobacco) au Burkina. Arrêté dans le cadre de la procédure d’enquête puis relâché, BAT et d’autres partenaires comme Nestlé ont déjà rompu leur collaboration avec lui.

Depuis lors c’est tout l’empire qui s’écroule. Kossouka, c’est le PDG d’une grande holding qui comprend des sociétés comme NESKO, SKV, STCK, SONITRAK, BILIA, SIDIREP, CANDY, d’autres et surtout la SN-GMB. Cette dernière dont la place de choix dans notre économie, n’est pas à démonter. Suite à une gestion artisanale, à la manière d’un « tablier » du village, Salif Kossouka a de nouveau plongé la SN-GMB, née de la défunte GMB, dans une période sombre. Il faudra aussi noter la complicité de l’Etat dans cette situation.

Pour la deuxième fois dans l’histoire de la privatisation des GMB (Grands Moulins du Burkina) devenus (société Nouvelle) SN-GMB, l’industrie a encore fermé les portes. Officiellement le mot « faillite » n’est pas encore prononcé mais la situation sur place à Banfora y est déjà bien semblable. Depuis le 21 avril 2009, l’usine est à l’arrêt et le 15 octobre 2009, il y a eu la résiliation de la convention qui lie la SN-GMB au Syndic (le représentant des créanciers de l’ancienne société) . Les déboires de Salif Kossouka, PDG de la holding à laquelle appartient la SN-GMB, ont définitivement mis au grand jour l’amateurisme et la légèreté dans la gestion régulièrement décriée par les travailleurs. Des tares qui ne pouvaient que finir par mettre la société à genoux. La première expérience de privatisation des GMB a eu lieu en 1993. Dans les dispositions, le groupe SOBA (Société Barro ) était l’actionnaire majoritaire avec 51% de parts, puis suivait l’Etat avec 25%. Malgré des conditions favorables au plein épanouissement de la société (surtout en termes de marchés), des erreurs de gestion l’avaient entraînée à un dépôt de bilan en décembre 2002. A partir de janvier 2003, elle fut placée sous redressement judiciaire. En 2005, c’est une nouvelle expérience de privatisation, la deuxième. Pour l’occasion les GMB deviennent la SN-GMB et passe sous la propriété de trois actionnaires dont le majoritaire est le Groupe Kossouka avec jusqu’à 85% des parts. Les autres étant les français des Grands Moulins de Strasbourg (10%) et MAES avec 5%. Des leçons avaient été tirées de la faillite de 2002 et, dans le nouveau départ, des dispositions et des engagements avaient été pris pour éviter à l’industrie de tomber dans les mêmes travers. Parmi les engagements les plus décisifs, le cahier de charges de la reprise exigeait des repreneurs d’injecter un capital de 2 200 000 000 de Francs CFA suivant une part définie pour chaque actionnaire. Kossouka devait verser 85% de ce budget. Dans le registre des investissements de relance, il a été recommandé l’installation d’un nouveau moulin de marque Bulher. Ce moulin moderne d’une capacité de 150 tonnes par jour a été effectivement acheté, grâce à un prêt de 3 200 000 000 FCFA pour renforcer les capacités de productions de l’usine. La convention de redémarrage de la SN-GMB lui accordait également un allègement fiscal doublé d’un abandon de créances de l’Etat sur l’ancienne société. En revanche, les nouveaux repreneurs devaient s’engager à accepter la réhabilitation des moulins pour maïs et aliments de bétail. Il y avait également l’obligation faite de reprendre au sein de la nouvelle structure le personnel GMB disponible. Sur une période de 10 ans, la SN-GMB devait rembourser les dettes de l’ancienne société sous forme de crédit-bail. Presque tous les ingrédients étaient réunis pour assurer à la Société Nouvelle des Grands Moulins du Burkina un avenir long et radieux. C’était sans compter avec les indélicatesses du PCA, un aventurier nommé Salif Kossouka Ouédraogo. Pour une convention signée, en 2005 ce n’est qu’en mars 2008 que les activités de la SN-GMB ont commencé. Les raisons de ce retard pouvaient logiquement s’expliquer par les sérieuses difficultés de trésorerie que la maison a éprouvées dès le départ. Et la question qu’on peut tout de suite de se poser, face à cet obstacle intervenu dès les premiers jours, c’est celle de se demander si réellement Kossouka a entièrement libéré et versé sa part du Capital dans le compte BIB de la SN-GMB, comme le prétend l’acte notarié publié dans un quotidien de la place dans sa parution du 14 novembre 2006. Ce doute n’est pas infondé quant on sait désormais les actes de gangstérismes et de supercheries bancaires dont Salif Kossouka s’est fait l’auteur. Il faut dire que malgré cette déclaration du notaire, aucun relevé bancaire n’a permis de voir les traces de ce versement. Dans tous les cas, si ce Capital avait été versé entièrement, la société n’aurait pas souffert de problèmes de trésoreries dès son démarrage. Durant tout son fonctionnement, la société a été incapable de tirer profit de ses investissements, de les rentabiliser et par conséquent arriver à rembourser ses dettes. L’ardoise à payer pour le compte des ses fournisseurs est très lourde et beaucoup d’engagements n’ont pas été respectés comme le voulait la convention de reprise. Nous reviendrons sur la part à payer aux fournisseurs et aux banques auprès de qui des prêts ont été contractés.

Une gestion digne d’un vendeur de cacahuèttes

Malgré l’environnement favorable au bon développement de la SN-GMB, les difficultés financières du début ont fini par se doubler de problèmes structurels. Il faut rappeler que le marché de farine (maïs, blé) est très favorable à la production de la SN-GMB. Les spécialistes sont unanimes à reconnaître que les produits d’origine SN-GMB sont de très bonne qualité. Même avis chez les consommateurs qui apprécient bien les produits. La demande était au point que la société n’arrivait pas à couvrir les besoins dans l’espace et le temps. Mais l’Etat burkinabè avait choisi de confier les destinées de cette valeur sûre de notre économie à quelqu’un qui n’avait ni les ambitions, ni les compétences de la conduire sa destination : « rentabilité pour tous ». Pourquoi alors une telle privatisation suicidaire ? La carte politique de Salif Kossouka ou la casquette de la FEDAP-BC dont il est coiffé a -t-elle été la caution qui lui permettait de parachuter sur la gestion de la SN-GMB ? On peut comprendre que dans un régime miné par le clientélisme, de telles raisons aient prévalu à la privatisation. Mais de là à scier les branches sur lesquelles ce même pouvoir est assis, il y a eu de la naïveté ou de la sournoiserie de la part de ceux qui ont jeté la SN-GMB dans les mains de Kossouka. La preuve, c’est une industrie qui manque aujourd’hui à l’économie burkinabè, des familles qui vivent désormais dans l’angoisse parce que des travailleurs ont été mis au chômage sans aucun préavis et sans salaires. Le PCA Salif Kossouka abusait de sa position. Il était fortement impliqué dans la gestion courante de la société au point de confisquer les prérogatives de l’administration en place, notamment celles du Directeur Général. Cela a fini par engendrer des blocages dans le fonctionnement de la société. Parmi les abus les plus illustratifs, le PCA est signataire de certains comptes de la société. Il ordonne des dépenses à l’insu de la Direction Générale et ce, en ne respectant pas pour la plupart du temps les engagements contractuels de la société. Il oblige la Direction Générale à certaines dépenses sans aucun lien avec la marche de la SN-GMB. Certains produits de la vente ne sont pas reversés à la SN-GMB. Le PCA a souvent administré des ventes de la société et cela, parfois dans des conditions autres que celles conformes aux normes de la gestion, notamment le choix des clients et le respect des structures de prix étudiés. Sur les fonds de la SN-GMB, le PCA a ordonné certaines dépenses au profit d’autres entreprises du Groupe Kossouka, de tierces personnes et de lui-même. Quant aux transferts de fonds sans objet justifié et sans précision de la destination, sur injonction du PCA, ils sont légions et les traces existent pour l’attester. L’ensemble des fonds perdus par la SN-GMB (ventes non reversées, transferts au profit du PCA et d’autres entreprises du Groupe Kossouka) s’élève à près de 3 500 000 000 de FCFA. Nous reviendrons très prochainement sur les détails. Ce qui arrive actuellement à la SN-GMB révèle comment l’Etat ou les hommes forts du régime confient des pans de l’économie (des secteurs d’activités économiques) de notre pays à des aventuriers au mépris de l’intérêt général. La seule explication qui peut en sortir étant la volonté de leur donner l’occasion de s’enrichir et de soutenir leurs mentors au niveau politique. Nous reviendrons sur d’autres bouts de cette affaire.

Samba Bila

Source : independant.bf

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