Pour 4.958 postes disponibles, l’Etat burkinabè a enregistré au moins 297.109 candidats en 2005 soit un taux d’absorption de 1,7%. C’est en effet ce qui ressort du rapport sur l’emploi au Burkina Faso en 2006.
La problématique de l’emploi est un véritable casse-tête chinois. Les offres d’emplois disponibles sont véritablement en deçà des demandes. Et cette demande va grandissante au regard du taux d’accroissement naturel qui est de 3%. Selon l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), la population active de 15 ans et plus devrait augmenter de 140 000 à 150 000 personnes par an jusqu’en 2010. Le secteur privé, l’autre employeur à côté de l’Etat, a recruté au moins 2500 agents en 2006. Or, on sait que dans ce secteur précis, l’exigence de l’expérience professionnelle exclut un bon nombre de candidats.
Pour ce faire donc, l’urgence en matière d’initiatives créatives d’emplois des jeunes doit être une politique au cœur du programme du gouvernement. Pour l’heure en tout cas, la question occupe les grands débats sans que le remède ne soit définitivement trouvé. A travers ateliers, séminaires et autres colloques, le gouvernement s’exhibe à démontrer aux chômeurs, qu’il est proche d’eux. La dernière rencontre est celle du Conseil d’Administration du Secteur Ministériel (CASEM) tenue du 17 au 18 décembre 2008 à Bobo-Dioulasso. Les conclusions de cette rencontre comme toutes les autres ne serviront qu’à garnir la documentation. Car Dieu seul sait combien d’ateliers ont été tenus sans que le problème du chômage ne soit jugulé. L’impression qui se dégage est que ces genres de rencontres avec un budget élevé (perdiems, restauration, déplacement et que sais-je encore) ne s’inscrit que dans une logique d’enrichissement des personnes déjà riches au détriment de nombreux Burkinabè qui sillonnent les couloirs des services et des ministères à longueur de journée pour se faire un ‘‘petit emploi’’.
Pour notre part, la création d’emplois n’a pas une obligation de passer par une quelconque rencontre. Il faut tout simplement créer des écoles professionnelles desquelles pourront sortir des jeunes aptes à s’auto employer. Il faut soutenir les jeunes ambitieux dans leurs efforts quotidiens sans leur exiger des conditions qui puissent les recaler. Le pêché mignon du Burkinabè, c’est de politiser toute activité. Toute chose qui nous conduit chaque fois à des échecs perpétuels. Par exemple, pour bénéficier d’un soutien pour une subvention pour faire un projet, il faut être soutenu par un parrain ou un mentor issu de parti au pouvoir. Y’aurait-il meilleur parrain ou mentor que l’Etat ? Evidemment que non !
Pour mieux appréhender le sujet sur la politique d’emploi à travers les ateliers, nous avons approché quelques jeunes de la capitale. Lisez leur propos.
Traoré Karim âgé de 28, niveau seconde, gérant de cybercafé
« Pour moi, c’est toujours bien d’organiser des rencontres pour bien orienter les fonds. Mais ce qu’on remarque, c’est que ces rencontres ne donnent pas les résultats attendus. Par exemple, moi j’ai voulu déposer mes dossiers pour un projet que le gouvernement a lancé pour former les gens et leur donner de quoi pouvoir démarrer, mais je n’ai pas eu un parrain pour garantir afin que je puisse avoir la formation et le crédit. Donc au final, j’étais découragé et je n’ai pas déposé mes dossiers. Sans vous mentir, c’est trop dur d’avoir un emploi ».
Nikiéma Adama âgé de 23 ans, étudiant
« J’ai remarqué que dans les pays comme les Etats-Unis, la France…, la question de l’emploi fait partie des priorités, mais je n’ai jamais vu à la télé qu’ils organisaient des ateliers pour résoudre la question. A moins que nos gouvernants nous disent qu’ils sont les plus intelligents. Pour moi, la question du chômage ne se résoudra jamais ni par des ateliers ou par des colloques. Les gars organisent ces trucs pour s’en mettre plein les poches. Nos faux riches refusent de créer des emplois à travers la création des PME (Petites et Moyennes Entreprises) ».
Traoré Balkissa âgée de 25 ans, gérante de kiosque, niveau 4ème
« Vraiment, il faut dire que l’Etat n’accompagne pas sérieusement les gens dans leurs initiatives. Organiser des ateliers ou des séminaires, c’est bon si on appliquait les conclusions de ces rencontres. Aussi, ces rencontres ne sont pas destinées en tant que telles, aux concernés. Vous allez dans un atelier de ce genre, ce sont des gens qui ont déjà un emploi qui s’y trouvent. C’est normal qu’ils ne puissent pas satisfaire un chômeur. En tout cas, il faut que le pouvoir revoie la situation. Sinon ça ne va pas ».
Issouf Sidibé
Source : sanfinna.com




