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Prix des denrées essentielles : Pour les commerçants, il faut d’abord diminuer la douane et le carburant

Le mardi 3 mai 2011 a eu lieu une rencontre tripartite entre le gouvernement, les opérateurs économiques et les consommateurs (NDLR : dont les travaux en commission se poursuivent) avec pour objectif de parvenir à un terrain d’entente sur la baisse du prix des produits de grande consommation notamment le riz, les céréales locales, la farine boulangère, l’huile alimentaire, le lait et le savon. Mais quelle est la faisabilité pratique de cette baisse ? C’est là la question, à laquelle nous avons tenté de répondre à travers ce reportage auprès des commerçants de ces produits et des consommateurs, le mercredi 4 mai 2011. Pour la majorité, avant que le prix des produits de grande consommation ne baisse, il faut un certain nombre de préalables dont la baisse des frais de douane, du prix du carburant, du transport, etc., mais aussi une gestion transparente du monopole des différents produits.

« Ça m’étonne que l’Etat dise qu’il va baisser le prix du riz. En quoi faisant ? » Accoudé au comptoir de son établissement mitoyen du marché Sankaryaré, drapé d’une chemise pagne, David Bayili est des plus sceptiques quant à la baisse du prix des produits de grande consommation promise par le gouvernement.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il sait de quoi il parle puisque sa société, Doudou Transport et Commerce, importe des produits de grande consommation notamment le riz, le sucre, le lait, le ciment et la farine de blé.

Calculatrice en main, David nous explique le processus de fixation du prix du riz dans son commerce dont le sac de 50 kg de la meilleure qualité coûte 21 000 F CFA : « Mon fournisseur me vend la tonne de riz à 520 dollars US soit 252 500F CFA. A cela s’ajoutent le transport du port de Lomé à Ouagadougou (45 000 F CFA) ainsi que le transit, les frais de douane et du laboratoire national de santé publique. Au finish la tonne vous revient à 322 200 F CFA soit 16 110 F CFA le sac. Sans compter les 2 % pour les impôts. Faites l’addition et vous verrez qu’on tourne autour de 21 000 F CFA avec une toute petite marge de bénéfices ».

Et d’égrener le chapelet des difficultés liées à l’importation du riz : « En plus de cela, pour importer le riz il faut une autorisation de la Chambre de commerce qu’on peut ne pas vous signer sous prétexte qu’il faut une importation minimum de 1000 tonnes soit pas moins de 300 millions de F CFA. C’est un monopole qui ne dit pas son nom et c’est ça qui réduit le nombre des personnes qui importent le riz. Si les importateurs étaient plus nombreux, la concurrence aurait forcé à baisser le prix. S’ils veulent vraiment baisser le prix du riz, ils n’ont qu’à en reprendre le monopole comme le faisait la CGP avant. L’Etat fera alors la commande et nous, nous irons acheter chez eux. Là, on peut dire que le prix restera stable puisqu’ils pourront vérifier les marges appliquées. Actuellement, moi, j’achète cher à Lomé, quelqu’un d’autre plus nanti achète directement à la source, c’est-à-dire moins cher en Chine ou à Taïwan . On ne peut pas vendre au même prix. Ce n’est pas possible ! »

Il est également sceptique sur une éventuelle subvention du riz par l’Etat : « Ça va être difficile. Si l’Etat te dit vendre ton riz de meilleure qualité à 15 000 F CFA au lieu de 21 000 F CFA, le manque à gagner il va te le payer, d’accord. Mais ils vont te payer quand ? On connaît la lenteur de l’Etat. Et puis cet argent-là, il va le sortir d’où ? »

‘’Si on ne supprime pas Cotecna là…’’

Foi de M. Bayili, pour qu’on puisse aboutir à une baisse des produits de grande consommation, il faut obligatoirement une baisse des frais de douane : « C’est trop cher ! Par exemple pour le bidon d’huile que vous achetez à 13 095 F CFA, il vous faut payer 3250 F CFA de frais de douane. Pour la tonne de farine de blé que vous allez acheter à 311 600 F CFA, la douane vous revient à 130 500 F CFA. On vous répondra que ces frais sont fixés ainsi pour protéger les sociétés burkinabè qui produisent ces produits. » Pour lui, il faut revoir également l’implication de Cotecna qui « ne les aident pas du tout » et avec qui « ça ne négocie pas ».

Difficulté de subvention du riz par l’Etat, frais élevés de douane et surtout politique de protectionnisme sont également les problèmes évoqués par Issa Ouédraogo, lui aussi importateur de produits de grande consommation dont l’huile, le sucre, la farine de blé et le lait : « Quand on dit par exemple qu’on taxe cher la farine de blé pour protéger la GMB, moi je dis que c’est un faux problème. Ça fait combien de temps l’usine ne fait que fermer et de rouvrir ? Ne parlons pas du sucre de la SN-SOSUCO ou de l’huile de la SN-CITEC qui manquent à chaque fois. Si au moins on pouvait s’approvisionner auprès de ces usines.

La production de la plupart de nos sociétés nationales qu’on dit protéger, ne peut même pas satisfaire la demande de Ouagadougou seulement. Alors à quoi ça sert ? » Selon Issa, Cotecna est venu « gnagami » leurs affaires : « Walaï ! si on ne supprime pas Cotecna là, nous, on ne pourra pas travailler et les prix ne peuvent pas baisser. Imaginez-vous : tu payes ton produit à 10 000 F CFA en Europe et tu viens, Cotecna va dire que le produit coûte 15 000 F CFA et ce sont ces 15 000 F CFA que la Douane va utiliser pour fixer leur prix. Eux ils ont leur prix, nous on a nos prix. Comment on peut travailler ? »

‘’Si les prix baissent, on pourra augmenter notre ration’’

Comme s’ils s’étaient donné le mot, les commerçants font les mêmes récriminations (Politique de protectionnisme et action de Cotecna) et souhaitent les mêmes mesures (baisse du prix du carburant et des frais de douane). Moussa Kouanda, détaillant de céréales locales, notamment le maïs et le petit mil, lui, pense qu’il faut une bonne saison des pluies et surtout une baisse du coût des intrants agricoles par l’Etat afin de permettre aux agriculteurs de vendre moins cher leurs récoltes.

Lui qui s’approvisionne en province juge qu’une baisse du prix du carburant permettrait de faire chuter le prix du transport des céréales et partant de leur prix sur le marché où le plat de maïs coûte actuellement 400 F CFA contre 5 00 F CFA pour le petit mil. Les prix des denrées étant tributaires de ceux du carburant, du transport et de l’engrais.

Même son de cloche chez Ablassé Kaboré, grossiste de maïs : « Les céréales locales sont des produits nationaux. La baisse de leur prix dépend donc de celle du carburant et du transport. Aujourd’hui, les agriculteurs sont eux-mêmes des commerçants, donc il faut repartir à la base et baisser les prix des engrais pour qu’ils vendent moins cher leurs produits. Si tout ça baisse, il n’y a rien à faire, le prix du maïs va baisser. Il manque une coordination dans la fixation des prix au niveau des producteurs et des commerçants. »

Au niveau des consommateurs, qu’importe le procédé, la baisse des prix est nécessaire. C’est en tout cas ce que pense Etienne Nana pour qui la ration familiale suit le cours des denrées : « Comme c’est cher actuellement, on est obligé de diminuer la quantité à cause de la modicité de notre poche. Si les prix baissent, on pourra augmenter notre ration et manger à notre faim. Les prix sont tellement élevés que même si quelqu’un veut t’aider, c’est difficile. »

Jonas Tapsoba, un autre consommateur, nous confie que la vie chère l’oblige à payer « en détail » son riz : « Je ne peux pas payer au comptant les 20 000 F CFA pour le sac. Alors je suis obligé de donner 10 000 F CFA comme avance à mon boutiquier avant de prendre mon sac de riz et à la fin du mois je paye le reste. Heureusement qu’on se connaît depuis des années et qu’on s’arrange pour qu’il me laisse payer au détail sinon je ne sais pas comment j’allais faire. »

Pour lui également qu’importe les mesures : « Nous, on ne connaît pas le système ni le procédé de Cotecna dont les commerçants parlent tout le temps. Ce que nous on veut tout simplement, c’est qu’on baisse le prix du riz. Ce qu’on produit au Burkina, on n’arrive même pas à payer parce que c’est trop cher. Le sac de 25 kg coûte 7 500 F CFA. »

En ce qui concerne la ligue des consommateurs du Burkina (LCB), son président, Pierre Nacoulma, en pleins travaux de commission dans le cadre de la rencontre tripartite du mardi 3 mai, nous confiera au téléphone qu’ils sont confiants quant à la baisse promise (lire encadré). Participant à cette même réunion, des responsables institutionnels n’ont pas souhaité s’exprimer avant la publication par le gouvernement des conclusions de leurs travaux.

Quoi qu’il en soit, pour tenir sa promesse, le gouvernement devra sans doute respecter un certain nombre de préalables. Suffiront-ils à baisser les prix ? Wait and see.

Hyacinthe Sanou

&

Moumouni Simporé

Lepays.bf

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