lundi, octobre 5, 2026
Google search engine
AccueilActualitéPrivatisation de la Sonabel et de l'Onea : Le virage inexpliqué de...

Privatisation de la Sonabel et de l’Onea : Le virage inexpliqué de l’Etat

L’Onea et la Sonabel retirés de la liste des sociétés à privatiser, c’est l’une des dernières décisions des autorités burkinabè avec le vote, par l’Assemblée nationale il y a quelques jours, de la modification de la loi sur les privatisations des sociétés d’Etat. Les Burkinabè, qui n’ont eu guère d’explications officielles, spéculent toujours sur les motivations profondes de ces mesures. Les uns espèrent que c’est le début d’un retour à la sagesse et au bon sens de nos dirigeants. Les autres craignent par contre que tout cela ne soit qu’un “blagué tué”, le temps que l’élection présidentielle passe pour que la privatisation de ces deux sociétés reparte de plus belle.

Les interminables délestages observés ces derniers temps, principalement à Ouagadougou, ont fait craindre un dérapage incontrôlable, au cas où la Sonabel serait passée sous l’escarcelle du privé. Pour autant, la démarche gouvernementale est entourée d’un certain flou et difficile à décortiquer.
En effet, par cette dernière décision de retrait, les autorités font une remise en cause de leur conviction d’hier. Aussi bien le Parlement que l’Exécutif, animés depuis le début de la IVe République par la même majorité, avaient soutenu dur comme fer que ces deux sociétés devaient passer à la casserole de la privatisation, malgré le rappel par l’opposition du caractère ultrasensible de ces deux sociétés. La majorité était restée inflexible, comme si ces privatisations étaient une question de vie ou de mort pour le pays des Hommes intègres. Aujourd’hui, avec ce virage à 180 degrés sans mea culpa de la part des gouvernants, on se demande si les décisions de l’époque avaient des fondements solides, ou s’il s’agissait d’être dans le mouvement, en privatisant sans discernement.

Quelle qu’ait été la motivation, le plus important est de retenir que la nationale de l’électricité ne sera plus vendue (pour le moment en tout cas), tout comme l’Office national de l’eau et de l’assainissement. Le gouvernement pourrait se saisir de ce tournant de sa nouvelle vision économique pour engager une réflexion profonde sur sa politique de privatisation.

Les critiques portées contre le gouvernement ne signifient nullement un rejet en bloc de la privatisation. Il s’agit d’un appel à la vigilance et au discernement. En effet, si le retrait de ces deux sociétés a fait plaisir à l’opinion, celle-ci reste sur sa faim quant à la suite des événements. A-t-on pris des dispositions pour que ce qui avait justifié l’inscription de l’Onea et de la Sonabel sur la liste des sociétés à privatiser ne se reproduise plus? Car ce retrait ne constitue visiblement pas un renoncement du Burkina à la vente des sociétés à caractère stratégique puisque au même moment, le gouvernement s’apprête à ouvrir le capital de la Sonabhy au privé.

Certes, le ministère en charge du Commerce martèle que l’Etat y restera majoritaire, mais qui sait si ce n’est pas qu’un premier pas vers la cession complète de toutes ses parts? On est donc en droit d’attendre de l’Etat qu’il prenne ses responsabilités. Chacun a conscience que l’Onea et la Sonabel ont des insuffisances certaines qui, si elles ne sont pas solutionnées, conduiraient à d’autres impasses. A moins que cette décision de retrait s’explique par l’impossibilité pour le Burkina de trouver des repreneurs crédibles. Auquel cas, la modification de la loi qui porte sur les privatisations des sociétés d’Etat n’est qu’une halte pour créer les conditions d’une meilleure privatisation de la Sonabel et de l’Onea, à travers peut-être une révision des termes de référence et un assouplissement des conditionnalités de l’achat. Vivement alors que l’Etat précise sa pensée. Tout le monde y gagnerait et les Burkinabè se feraient moins d’illusion.

A. Igor

Source : journaldujeudi.com

RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular