Comme après septembre 2002, la crise ivoirienne devrait bénéficier aux ports de la sous-région au détriment de celui d’Abidjan, principale plateforme avec 24 millions de tonnes de marchandises en 2010, loin devant ses concurrents. Selon le directeur commercial du port autonome de Dakar (PAD), Momar Ba, « les navires thoniers ont commencé à être déroutés vers Dakar par leurs armateurs ». Si la crise perdure, il s’attend aussi à une augmentation du trafic des biens de première nécessité à destination du Mali. « Sucre, riz, lait, véhicules… Tous ces produits seront amenés à passer par le PAD », assure Momar Ba. La plateforme dakaroise pourrait également récupérer une partie des exportations cotonnières maliennes qui passent par Abidjan. De quoi accroître davantage encore l’activité du PAD, qui a déjà, augmenté de 60 % depuis le premier semestre 2010.
Même son de cloche au Togo. « Compte tenu de la crise ivoirienne et du choix des importateurs nigériens de travailler avec nous, nous rencontrons actuellement des problèmes de congestion, explique Kwame Wili Néné, directeur commercial du Port autonome de Lomé. Nous misons sur un trafic de 8,5 millions à 9 millions de tonnes en 2011, contre 8 millions en 2010. » On observe également un regain d’activité sur les plateformes de Takoradi et de Tema, au Ghana, ainsi qu’au port de Cotonou, au Bénin. Toutes les activités connexes en profitent : transitaires, transporteurs, sociétés de service logistique… « On s’attend à ce qu’une partie du cacao ivoirien transite par le Ghana », précise un opérateur. Mais le déroutement des marchandises a un prix. Pour la fibre de coton, la Sofitex estime que l’évacuation par le port de Lomé entraîne un surcoût de 20 à 25 F CFA par kilo.
Hormis l’activité portuaire, cetains misent sur la délocalisation de grands groupes vers le Ghana et le Sénégal. Cela pourrait notamment bénéficier au secteur immobilier. « Il est encore trop tôt pour le dire, estime un agent de la Mission économique française à Abidjan. Beaucoup ont parlé de ces délocalisations après la crise de 2002. En réalité peu de sociétés sont parties. »
Par Pascal Airault et Michael Pauron,
Jeune Afrique




