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Pénurie d’électricité: A quel saint faut-il se vouer ?

La tradition aura été bien respectée en ce mois d’avril où le thermomètre affiche les températures les plus insupportables au Burkina. C’est peu de dire qu’on a même frôlé le seuil de 50° à l’ombre. Alors qu’on se prépare à fêter, en grandes pompes, le cinquantenaire de l’(in)dépendance, on n’a pas encore trouvé le moyen de parer à la forte canicule qui nous brûle le crâne et nous étouffe pendant toute cette saison particulièrement éprouvante.

Le pire, c’est que les sources d’énergie auxquelles nous nous sommes accrochés durant toutes ces années se révèlent désormais insuffisantes. La nationale d’électricité est débordée avant que le mercure ne monte. Et pourtant, le soleil, qui fait monter ainsi la chaleur, est une source d’énergie renouvelable, donc inépuisable, que nos politiques énergétiques n’ont toujours pas réussi à apprivoiser. Erreur de casting, mauvais choix stratégique, incapacité financière?

Les avis sont partagés. Le débat sur la pertinence économique de l’énergie solaire n’est pas facile à mener avec ceux qui ne jurent que par les turbines, l’énergie atomique et autres groupes électrogènes et centrales électriques. Mais force est de reconnaître que dans le cas du Burkina, l’option faite jusque-là n’a permis d’électrifier qu’environ 23% du territoire national. Quand on sait que l’énergie du développement passe par le développement de l’énergie, il y a de quoi s’inquiéter sur la capacité du pays à rattraper un tel retard. Le pire, c’est que les principales sources d’énergie qui sont jusque-là utilisées pour relever le défi de l’électrification sont de plus en plus problématiques.

A cause du dérèglement pluviométrique, les principaux barrages ne sont plus en mesure de tourner en plein régime. Du reste, les populations de Ouagadougou ont durement ressenti l’année dernière les déficits d’eau qui ont quasiment paralysé les barrages de Bagré et de la Kompienga. Malgré les prières et les «Inch’Allah», ces infrastructures acquises à plusieurs milliards de francs fonctionnent désespérément en deçà de leurs capacités du fait du manque d’eau dans les turbines. Les centrales électriques sont désormais d’autant plus incertaines qu’il suffit d’une panne pour que toute la capitale soit plongée dans le noir, pendant quelques jours dans le meilleur des cas, et pendant plusieurs jours lorsqu’il faut aller au-delà des mers pour trouver la pièce défectueuse. Tout compte fait, les sources actuelles d’énergie nous plongent dans un cercle vicieux.

La dernière alternative pour pallier le déficit de production intérieure d’énergie a été l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. Là également, le fiasco n’a pas tardé à se révéler. Il a suffi que des centrales électriques tombent en panne en Eburnie pour que le Burkina ne sache plus à quelle source s’éclairer. Cela fait plusieurs semaines que ça dure et les abonnés de la nationale d’électricité sont obligés de trouver des alternatives aux longues coupures de courant auxquelles ils sont désormais soumis. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, ce sont les vendeurs de groupes électrogènes qui se frottent les mains. Pour ne pas voir leurs marchandises périssables fondre sous leurs yeux, les supermarchés mais aussi les entreprises «à feu continu» n’ont plus d’autre choix que de se doter d’une source d’énergie plus sûre. Impossible de se fier aux programmes de délestages que la Sonabel distille dans les journaux. Les coupures sont plus imprévisibles que jamais et peuvent même atteindre 10 heures par jour, voire plus.

C’est face à cette situation on ne peut plus catastrophique qu’une délégation conduite par le sinistre burkinabè en charge de l’Energie, Abdoulaye Abdoul Kader Cissé, s’est rendue dimanche dernier à Abidjan pour quémander quelques kilowatts. Quand on sait que la société ivoirienne d’électricité est elle-même sous la pression du fait d’une forte demande difficile à satisfaire, on se demande de quoi peut bien accoucher la mission burkinabè. En tout cas, même si elle arrivait à convaincre les Ivoiriens de lâcher un peu de jus, on ne devrait pas y compter pour longtemps. Du moins, cela ne suffirait pas à juguler totalement les délestages, même à y pallier de façon provisoire. Les prophéties de la nationale d’électricité qui consistaient à dire que «les délestages prendront fin en 2010» sont rudement mises à l’épreuve. Lorsque c’est la Côte d’Ivoire (ou le Ghana) qui dispose et lorsque la Sonabel propose, il faut avoir l’humilité de reconnaître que nous dormons toujours sur «la natte des autres».

Le plus grand défi est et demeure d’arriver à une source domestique d’énergie et de la fiabiliser. C’est une exigence de souveraineté mais aussi de nécessité vitale. Car, en ville, et surtout à Ouagadougou, la vie est plus que dure sans électricité. Certains ont peut-être la faiblesse de croire que la solution viendrait de l’énergie solaire qui, de surcroît, «est versée partout» et ne demande qu’à être exploitée. Comme le soulignait, si pertinemment, le sinistre Cissé à l’inauguration vendredi dernier de la centrale solaire de la Société générale des banques au Burkina (SGBB), «le Burkina bénéficie d’un ensoleillement moyen de 5 kilowattheure par m2 et par jour et cela pendant 3 000 à 3 500 heures au cours de l’année». En clair, le Burkina a du soleil à revendre. N’est-ce pas la volonté politique de son exploitation qui manque le plus? Pourquoi aller mendier une énergie qu’il suffit de transformer chez soi?
La question est probablement plus délicate qu’on ne l’imagine. Mais, il faut aller au-delà des turbines et des centrales qui dégagent des fumées polluantes sur nos villes et campagnes pour ne même pas nous fournir suffisamment d’énergie. Sans renoncer aux sources traditionnelles, il est peut-être temps de ne plus mettre tous les œufs dans le même panier. Le projet de construction d’un site expérimental de production de l’énergie solaire d’un mégawatt à Kaya est un signe qui ne trompe pas. Encore faut-il ne pas s’arrêter à une simple expérimentation.

F. Quophy

Source : journaldujeudi.com

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