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Pénurie de gaz butane au Burkina Faso : Le calvaire des consommateurs

Jeudi 9 septembre 2010, il était 9h 47 mn lorsque notre équipe de reportage est arrivée au dépôt « SODIGAZ » à Gounghin au secteur n°8 de Ouagadougou. Une longue file indienne de bouteilles « SODIGAZ » (3,6 et 12 kilos) avec des propriétaires attendait. Les uns étaient assis, les autres debout à côté de leurs bouteilles.

Tous avaient la mine froissée comme s’ils étaient à un enterrement. Les parkeurs et les vendeuses de friandises, profitant de la situation pour se faire des « sous » ne nous laissaient pas facilement le passage. Devant le lieu de distribution, impossible de franchir le portail. Une foule de consommateurs s’était attroupée, chacun attendait d’être servi de ce précieux combustible.

Des propos de mécontentement fusaient de partout. Le vocabulaire du jour était riche en injures. « J’étais là depuis la semaine passée, j’ai dormi ici la nuit, je romps mon carême chaque soir sur ce lieu, mais ma bouteille est toujours plantée à sa place, elle ne bouge pas, il y a un tâtonnement dans la distribution du gaz, c’est inadmissible ». Ces mots, on pouvait les entendre à profusion la veille de la fête de Ramadan au lieu de dépôt à Gounghin. Hamidou Ouédraogo, une bouteille de gaz de 12 kilos pleine, chargée sur l’épaule, avait le sourire aux lèvres.

« Cela fait deux semaines que je fais des va-et-vient avec ma bouteille. J’avais perdu espoir et le mercredi, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis revenu aux environs de 13 heures m’aligner. Ce n’est que ce matin, le jeudi que j’ai eu le gaz, donc je suis très content » , a-t-il signifié. Mais à côté, Yannick Naré, vigile de profession, ne partage pas cette joie. Presque tous les propriétaires des bouteilles de gaz qui attendaient ont incriminé la distribution du produit.

Ils ont souligné que pour avoir le gaz, il faut d’une part, être fort physiquement pour supporter les bousculades et d’autre part, connaître quelqu’un au niveau de la distribution. « Chaque jour, à 3h du matin je suis là, cela fait mon 3ème jour aujourd’hui Jusque-là, rien. Il y a des gens qui escaladent les barrières pour rentrer. Il y a un monsieur qui est venu en véhicule avec 5 bouteilles de gaz sans faire le rang comme nous mais il a eu le gaz. J’ai voulu me plaindre il m’a menacé de mort. J’aurais préféré que les forces de sécurité soient là pour maintenir l’ordre.

Je dois aller au service à 18h et je ne suis pas sûr que je serai servi aujourd’hui », a rétorqué M. Naré. En outre, malgré le retour à compte-gouttes de bouteilles à gaz dans les stations de distribution, et chez les distributeurs agréés, les nouveaux stocks peinent à couvrir la demande des clients.

Face à cette difficulté de se ravitailler, et la gestion malsaine selon les consommateurs, c’est le personnel du dépôt qui est accusé. Yassia Sawadogo, agent commercial à la SODIGAZ a expliqué que depuis la crise, la société fournit des efforts pour qu’il y ait au moins 1500 bouteilles de gaz par jour. Tous les secteurs de Ouagadougou selon lui, ont été ravitaillés ; le seul siège à Gounghin était réservé aux secteurs environnants.

« Si les gens se comportaient bien, quelle que soit la quantité fournie, chacun allait avoir au minimum une bouteille » a ajouté M. Sawadogo. Issaka Ilboudo qui a fouiné dans les boutiques de son quartier à Tampouy et dans les différents dépôts SODIGAZ a indiqué qu’il a été informé qu’au siège à Gounghin il y avait du gaz provenant de la Côte d’Ivoire.

Malheureusement il est venu trouver que c’était les petites bouteilles qui ont été arrachées en moins d’une heure alors que lui possède celle de 12 kilos. Il attendait toujours. « Avec le problème actuel de Cotonou, le gouvernement burkinabè aurait dû faire une prévision de 3 mois de gaz pour parer à tous ces désagréments », a-t-il ajouté. Yassia Sawadogo, l’agent commercial a déploré le cas de vol de bouteilles vides sur les lieux et les revendeurs non agrées qui viennent se ravitailler et repartent spéculer, vendant une bouteille entre 6000 à 10 000 F CFA aux clients.

Flambée des prix sur les autres combustibles

Chaque année, en saison pluvieuse, la demande en gaz butane croît de façon exponentielle. Vu le manque de gaz butane, certains consommateurs se sont rabattus sur le charbon ou le bois de chauffe. Face à la demande, les commerçants ont vite fait d’augmenter le prix du sac de charbon de bois de 5000 à 7500F CFA environ. Pour la plupart des consommateurs, le gaz se complétait avec les autres comestibles, mais maintenant que le gaz butane est devenu un luxe, le problème se complique davantage.

« On interdit de couper le bois, nous nous sommes détournés vers le gaz et qui lui aussi devient difficile d’avoir accès », a lancé une consommatrice en colère. La SONABHY entend de son côté consentir des sacrifices afin de rendre ce précieux combustible accessible et disponible aux populations. Mais jusqu’à quand cette situation va-t-elle perdurer ? En attendant, les consommateurs doivent prendre leur mal en patience.

Afsétou SAWADOGO et Ousmane PARE (Stagiaire)

Source : Sidwaya.bf

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