Lassina WARI est chauffeur employé au Ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité. Par jour, il évalue entre 500 et 700 francs, la somme qu’il débourse pour son petit déjeuner et son déjeuner. « L’aller retour tous les jours me coûterait deux fois plus cher. Il m’arrive de sauter le déjeuner par manque d’argent », ajoute-t-il. Dans le maquis de Mme SANGARE, il reste encore quelques clients venus prendre leur petit déjeuner. Cet établissement au chiffre d’affaire non négligeable se situe dans l’enceinte même du ministère de la communication.
« Etant tenue d’être au bureau à 7h du matin, je n’ai pas le temps de prendre un petit déjeuner chez moi. C’est pourquoi je descends vers 9h pour manger un bout avant de retourner travailler », confie Aline ILBOUDO, secrétaire de direction au ministère de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité (MATDS). « Du lundi au vendredi, à raison de 300 francs par jour, c’est donc 1500 francs que je laisse ici à la cafeteria à la fin de la semaine », ajoute-t-elle. De nombreux fonctionnaires restent sur leur lieu de travail pour déjeuner, même si cela creuse un trou dans leur budget mensuel alloué à l’alimentation. Pour eux, c’est encore mieux de débourser 1000 francs par jour en restant à proximité du lieu de travail, que de brûler du carburant et s’exposer à des accidents, aux embouteillages et au soleil. « Les gérants des maquis ne peuvent pas faire autrement avec les prix des plats.
Il faut bien qu’ils fassent des bénéfices. Il ya quelques années, avec 100 francs, on pouvait bien manger mais aujourd’hui, il faut minimum 400 francs », se plaint un chauffeur au MATDS. La clientèle de Mme SANGARE est constituée d’habitués et de quelques clients occasionnels. « Entre le 25 et le 1er du mois, il m’arrive de doublerle volume des plats servis. Je passe de 150 à 300 plats par jour. » Parmi les solutions envisagées par les fonctionnaires qui estiment dépenser trop cher pour se nourrir sur leur lieu de travail, certains parlent d’augmentation du salaire. Autres pistes : des indemnités ou une cantine au sein de chaque ministère. « Les travailleurs pourront manger à des prix sociaux et la différence serait prise en charge par l’employeur », estime le journaliste Adjima David THIOMBIANO. « On pourrait également recourir aux tickets restaurant. Le travailleur sait qu’il a 500 francs par jour, et s’il veut consommer plus, la différence est à sa charge. Si dans d’autres pays on le fait, je ne vois pas pourquoi chez nous cela ne marcherait pas chez nous », complète-t-il.
En attendant, dans le maquis de Ami situé dans l’enceinte de la RTB télé, et à l’instar d’autres cafétérias de la place, les agents ont adopté un système de « cahier ». « Les gens n’ont pas très souvent de la liquidité sur eux. Alors je leur permets de manger et ils viennent payer à la fin du mois. Leurs noms sont inscrits dans un cahier. Nous suivons en temps réel leurs dépenses. Il est également possible de payer à l’avance pour le mois. Plus de la moitié de nos clients ont adopté cette méthode. » En conclusion, un fonctionnaire qui déjeune hors de chez lui le midi, dépense entre 8.000 et 10.000 francs CFA par mois. En 2009 , le salaire mensuel minima interprofessionnel garanti des travailleurs, à l’exception des employés agricoles et des personnes liées à leur employeur par un contrat d’apprentissage, sont fixés à trente mille six cent quatre vingt quatre (30 684 FCFA). Si le développement du capital humain influe fortement sur la productivité et le rendement, ne serait-il pas judicieux, de (re)penser le système d’allocations sociales pour les agents de la fonction publique au Burkina ?
Peggy GUIGMA/OUEDRAOGO YAY DIANE SANOU
RTB




